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Articles taggués ‘Wikipédia’
Aucun commentaire 29/04/2013

Lauréat 2013 du Prix Wikimédia France de la recherche

Wikimédia France a le plaisir d’annoncer le premier lauréat du Prix Wikimédia France de la recherche.

Il s’agit de Roy Rosenzweig pour ses travaux d’historien spécialiste de l’histoire numérique à l’université George Mason en Virginie.

Ce choix a été fait parmi une trentaine d’auteurs de publications scientifiques portant sur les projets Wikimedia et la connaissance libre. Il résulte de plusieurs mois de sélection, de discussions et de votes de la communauté Wikimedia, et de propositions faites par un jury de spécialistes.

L’histoire peut-elle être “open-source”? Wikipédia et le futur du passé

(titre original : Can history be open source? Wikipedia and the future of the past)

de Roy Rosenzweig, publié dans The Journal of American History, en 2006.

Dans cet article de 2006, l’auteur a analysé Wikipédia avec un point de vue d’historien, en mettant  l’accent  sur l’exactitude des faits, mais aussi sur la qualité de l’écriture et le contexte historique des thèmes concernés.

Après avoir détaillé la naissance de Wikipédia et les enjeux de ce projet collaboratif, Roy Rosenzweig a comparé plusieurs entrées historiques de l’encyclopédie en ligne Encarta et de l’American National Biography Online (ANBO) avec des entrées de Wikipédia.  Résultat : concernant le degré de fiabilité des articles,  Wikipédia s’est révélé plus riche qu’Encarta, mais la longueur des articles n’y atteint pas le niveau de ANBO. Sur la précision des entrées, l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia et Encarta sont équivalents.

Roy Rosenzweig a ensuite analysé l’influence de l’écriture collaborative sur la qualité des articles. Il a conclu que l’écriture collaborative à plusieurs mains est souvent moins convaincante et cohérente. Cela est dû au mélange de plusieurs styles, à une rédaction par à coups et  à des intérêts et motivations divergents conduisant souvent à une moindre cohérence (comparativement aux entrées ANBO, bien conçues et rédigées par des historiens professionnels et reconnus).

Les entrées Wikipédia peuvent être, pour la plupart, exactes mais sont encore souvent mal rédigées voire historiquement non pertinentes. Roy Rosenzweig considère cependant qu’il existe un challenge consistant à associer qualité d’écriture et accessibilité.

Sur la place des historiens professionnels sur Wikipédia, il n’a aucun doute :

Est-ce que les professionnels de l’histoire doivent se joindre à ces historiens amateurs et venir écrire des articles dans Wikipédia ? Ma réponse est oui.

Pour Roy Rosenzweig, les historiens ont le devoir de contribuer à améliorer ce media très consulté et en pleine expansion afin de fournir aux utilisateurs une information de qualité. Roy Rosenzweig pense aussi que les historiens peuvent apprendre de ce modèle de production ouvert et collaboratif.

Vous pouvez consulter l’article intégral de Roy Rosenzweig (en anglais), sa traduction en français et une synthèse de ses travaux.
Site Internet dédié au Prix Wikimédia France de la recherche : http://researchaward.wikimedia.fr

Roy Rosenzweig est décédé en 2007. Wikimédia France accordera la récompense de 2 500 euros au Roy Rosenzweig Center History and New Media qu’il a fondé en 1994.

Par ce prix international de la recherche sur Wikipédia et la connaissance libre, Wikimédia France souhaitait mettre en valeur des travaux de recherche notamment dédiés à Wikipédia, et leur offrir une plus large visibilité auprès de l’ensemble de la communauté Wikimedia. Une nouvelle édition du Prix aura lieu en 2014.

Aucun commentaire 08/08/2012

Projet Athena : le futur design de Wikipédia

Traduction de l’article « The Athena Project: being bold » de Brandon Harris, Senior Designer à la Wikimedia Foundation, publié le 6 août 2012 dans The Signpost (hebdomadaire d’information de la communauté Wikimedia)


Maquette d’Athena, telle que présentée à Wikimania 2012

En tant que Senior Designer de la Wikimedia Foundation, mon travail consiste notamment à animer le débat sur l’avenir de l’expérience utilisateur dans les projets Wikimédia. Cette tribune s’inscrit précisément dans cette optique, même si il ne s’agit pas d’une feuille de route stricte avec des étapes et des délais déterminés. Si vous voulez prendre connaissance de nos objectifs pour cette année, vous pouvez jeter un coup d’œil à nos objectifs 2012–2013.

Dans le cadre de la dernière Wikimania, j’ai donné une conférence intitulée Le projet Athena : Wikipédia en 2015 (transparents). Elle mettait en évidence plusieurs idées émises par la fondation concernant l’interface de publication et les modalités du travail encyclopédique. Nous nous attendons à ce que certains de ces changements soient bien accueillis. D’autres seront sans doute plus controversés.

Au cours de la session de questions, on m’a demandé si Athena devait être considéré comme un habillage (skin), un projet ou quelque chose d’autre. J’ai répondu : Vous devrez considérer Athena comme un coup de pied dans la fourmilière — car c’est exactement de cela qu’il s’agit : une remise en cause radicale et audacieuse de nos sacro-saints principes sur l’interface des projets Wikimedia.

Pourquoi nous devons évoluer

Maquette d’Athena, avec le système de notifications Echo, telle que présentée à Wikimania 2012

Je suis certain que beaucoup se demandent « Pourquoi devrions-nous changer ? En quoi est-ce important ? ». Pour dire les choses simplement : le logiciel est une barrière, et cet état de fait vous handicape.

Inutile de brandir des graphiques sur le déclin des contributeurs ou des chiffres sur la participation et le déséquilibre des genres − soit vous les avez vus et pensez qu’il faut faire quelque chose, soit vous les avez ignorés. Évitons ce débat et parlons de pourquoi ces changements profiteront à la communauté des contributeurs dans son ensemble, et pas simplement à un hypothétique groupe de nouveaux venus.

Davantage de contributeurs signifie moins de travail

Si nous pouvons attirer et conserver de nouveaux contributeurs, nous réduirons la charge de travail globale pour tout le monde. À quelle vitesse le travail en retard sera-t-il absorbé si nous avons ne serait-ce que 5000 nouveaux contributeurs ?

Un meilleur outil de travail signifie moins de travail

Maquette du système de discussion Flow, telle que présentée à Wikimania 2012

Au cours de l’année j’ai étudié les nombreuses façons de travailler sur Wikipédia, me suis entretenu avec des centaines de Wikipédiens. J’ai visionné des vidéos de contributeurs patrouillant sur les nouvelles pages, spectacle affreux qui m’a rempli de compassion envers ceux qui font ce travail. J’ai vu tant de personnes − qui pourraient être de bons Wikipédiens − abandonner le projet par frustration, simplement parce qu’utiliser Wikipédia est trop difficile.

Que conclure de tout cela ? Le support logiciel (ou son absence) est un frein. Il ne fait pas les choses correctement, il rend difficile des choses simples, et il cache des fonctionnalités et des informations qui devraient être au premier plan. Saviez-vous qu’il n’existe pas deux patrouilleurs qui travaillent de la même manière ? C’est parce que le logiciel est tellement mauvais que chacun doit arriver à se débrouiller avec pour travailler.

Nous devons repenser ces processus de travail. Nous devons faciliter la lecture, la contribution et la maintenance. De meilleurs outils permettent d’optimiser les processus, la façon de travailler, et donc d’avoir moins de travail.

Davantage de monde signifie de meilleurs articles

Accroître la taille de la communauté recentrera naturellement le point de vue, la voix de la communauté. Je ne crois pas que quiconque pense que nous devrions écrire depuis un ou deux points de vue seulement − nos articles de qualité le sont justement car ils ont eu de nombreux contributeurs. Attirer davantage de contributeurs créera une meilleure encyclopédie. Cela signifie que la voix de Wikipédia est plus forte de par sa diversité. La somme des parties est plus grande que le tout.

Les changements auxquels vous devez vous attendre

Regardons les choses en face : on croirait notre interface tout droit sortie de 2002. Or, nous serons bientôt en 2013. Nos contributeurs et lecteurs méritent une interface moderne avec des outils modernes. L’Éditeur visuel (Visual Editor) est un projet pour faire de cela une réalité. En voici d’autres :

Agora
Un projet pour créer un langage visuel unique pour tous les projets à venir de la Foundation. Cela est nécessaire car notre équipe de designers a beaucoup grandi, et nous avons tous notre propre style. Agora inclut une palette de couleurs commune, un jeu d’icônes commun, et des modèles de design communs, pour que nous puissions parler à l’unisson. Nous espérons que la communauté au sens large voudra utiliser cette voix commune.


Echo
Donnons aux projets un système moderne de notifications en temps réel. Echo est conçu pour coordonner les interactions entre tous les wikis et toutes les langues. Si quelqu’un vous laisse un message sur votre page de discussion sur Commons, vous en serez notifié sur la Wikipédia en anglais (ou tout autre projet sur lequel vous êtes en train de travailler). Un prototype d’Echo est d’ores et déjà disponible sur mediawiki.org.


Flow
Il s’agit d’un substitut aux pages de discussions utilisateur. Nos recherches montrent que la communication d’utilisateur à utilisateur est l’un des principaux obstacles à la participation pour les nouveaux contributeurs. Flow réglera de nombreuses questions : lorsque quelqu’un poste sur ma page de discussion, dois-je répondre sur la mienne ou la sienne ? Comment en seront-ils informés ?


L’habillage Athena
Cet habillage (skin) vise à laisser les gens faire ce qu’ils cherchent à faire. Il met en avant le contenu (ce que la plupart de nos utilisateurs veulent voir), et intègre le concept de « modes » distincts d’interaction. Athena sera le résultat final de nombreuses itérations d’un design centré sur l’utilisateur. Je dois préciser que les diverses maquettes existantes ne sont pas le produit final, mais visent à donner matière à l’imagination et à la discussion : nous voulons que ce soit un projet dynamique.


Mobile (tablettes comprises)
L’expérience utilisateur sur mobile s’améliore vraiment pour les lecteurs. En fait, c’est en travaillant sur l’ajout de fonctionnalités pour contribuer au site mobile que nombre de nos problèmes de conception sont apparus au grand jour. Le mobile nous force à réduire la complexité, ce dont nous avons terriblement besoin.


Global Profile
Des informations structurées sur vous, vos compétences et vos contributions vont élever votre « graphe d’intérêt ». Cela comprend repérer et partager vos compétences, ainsi que votre appartenance à des groupes et wikiprojets. Il se concentre sur vos contributions et comment vous vous êtes impliqués dans les projets.


Modes de travail
Si l’on prend un peu de recul, il devient clair que les gens interagissent avec Wikipédia dans l’un de ces « modes » : lecture, contribution/rédaction & maintenance/patrouille. Nous allons en faire des modes à part entière. Vous pouvez en voir les prémices avec notre nouvelle fonctionnalité de Page Curation, qui se concentre dans un premier temps, sur la patrouille dans les nouvelles pages mais deviendra à terme un éventail d’outils plus larges.

Wikipédia n’est pas et ne deviendra pas Facebook

Maquette d’Athena et de GlobalProfile, telle que présentée à Wikimania 2012

J’entends très souvent des gens exprimer leur crainte que Wikipédia devienne un « réseau social ». Pourtant, je ne vois pas cela comme une menace réelle : il y a une différence entre devenir un réseau social et avoir un logiciel moderne permettant la construction d’une encyclopédie.

Les Wikis sont des logiciels permettant la collaboration, ce qui en fait des logiciels sociaux (et même, des réseaux sociaux), par définition. Ce qui nous rend différent des autres réseaux sociaux, c’est notre but. Les sites comme Facebook et Twitter servent à créer des liens entre les gens, mais nous, nous voulons produire quelque chose : la meilleure encyclopédie du monde. Pour faire cela, nous avons besoin de relier des personnes aux tâches qui les intéressent.

Pour nous, des fonctionnalités telles qu’Echo, Flow, et Global Profile vont être utilisées afin de rendre le travail collaboratif plus facile et plus rapide. Elles le feront en reliant des graphes d’intérêt entre eux. Imaginez que le logiciel soit capable de détecter un {{Référence nécessaire}} sur l’article de la seconde guerre mondiale, et que les membres du projet Histoire Militaire en soient notifiés en temps réel à volonté, sans avoir besoin de consulter leur liste de suivi ?

En quoi cela sert-il la Cause

Imaginez un monde dans lequel chaque personne pourrait partager librement l’ensemble des connaissances humaines.

Quel puissant idéal. La Cause (et je lui mettrai toujours une majuscule) est l’important ici. Nous sommes ici pour instruire, pour ouvrir les esprits, pour rendre le monde meilleur. J’y crois tellement que je l’ai tatoué sur mon bras.

Indirectement, notre travail accomplira de grandes choses. En instruisant les personnes nous inaugurons le développement d’une nouvelle ère de la pensée. Nous nous adressons à des génies qui n’ont pas accès à l’instruction traditionnelle. Peut-être que l’un d’entre eux guérira le cancer, ou inventera le voyage à vitesse supraluminique, ou développera de nouvelles pensées philosophiques qui changeront le monde ? Nous pouvons changer le cours de l’histoire. Ici. Maintenant.

Nous le faisons en mettant nos contenus en avant. En les enrichissant, en les corrigeant, en les transformant. En en étant fier.

Pour cela, nous devons rendre le logiciel plus simple à utiliser. Nous devons faciliter la collaboration, la lecture, la contribution, la rédaction.

Ce qui veut dire que nous devons changer. Hélas, le changement est difficile et souvent douloureux. La bonne nouvelle, c’est que nos sortirons grandis de cette phase de cocon.

Il est temps de devenir un papillon.


  • Traduction par Alexander Doria, Jean-Frédéric, Léna et Cha Matou avec la contribution de AM 23, Auregann, Cantons-de-l’Est, Erdrokan, Goodshort, Lgd, et Warp3
  • Illustrations par Brandon Harris (Jorm) sous licence CC BY-SA 3.0

2 commentaires 30/05/2012

Monmouth, première ville Wikipédia

Les projets wikimédia font partie intégrante de notre vie quotidienne. Consulter un article, découvrir une image, vérifier une information sont devenus des gestes courants, presque banals. Pour autant, l’intégration de ces projets dans le quotidien vient peut-être de franchir un nouveau cap. On assiste ainsi depuis quelques mois à la naissance d’une entité nouvelle : la Wikipedia Town ou Ville Wikipédia.

Monmouth est une petite ville galloise, réputée pour abriter plusieurs hauts lieux touristiques datant de l’époque médiévale, dont le château de Monmouth ou le pont Monnow. C’est aussi, depuis peu, une ville expérimentale.

Désireuse de mettre en valeur un fond patrimonial pluriséculaire, la municipalité a contracté un partenariat ambitieux avec Wikimédia UK. Ce partenariat découle d’un pari un peu fou. Un résident de Monmouth, John Cummings, assiste en 2010 à une conférence sur les projets Wikimédia et les perspectives qu’offrent les QR Codes : lus par un téléphone portable, ces petits assemblages de carrés noirs et blancs permettent d’accéder immédiatement à une page web. Cummings interpelle les représentants de Wikimédia UK : « Pourriez-vous appliquer ces codes à l’échelle d’une ville ? » — « Non, mais VOUS pouvez le faire ». Ainsi est né Monmouthpedia

World’s First Wikimedia Town

World’s First Wikipedia Town (John Cummings, CC-BY-SA)

Monmouthpedia fait appel au savoir-faire et aux efforts conjoints de centaines de contributeurs bénévoles. En quelques mois 550 nouveaux articles sont créés dans 29 langues, 145 articles préexistants sont améliorés, 1000 nouvelles images sont téléversées. Un concours a été organisé pour l’occasion, le Charles Rolls Challenge, qui a récompensé quinze contributeurs et huit images de qualité.

De son côté, Monmouth se métamorphose en Wikipedia Town. Des centaines de codes QR ont été apposés sur autant de lieux et d’objets notables. Il peut s’agir de bâtiments historiques, mais aussi de routes, de lieux-dits, et même de livres — les bibliothécaires de Monmouth Library ont ainsi accolé des codes sur la page de garde de nombreux livres. Il suffit de scanner ces codes avec un téléphone portable pour accéder aux articles correspondants.

World’s First Wikimedia Town

Codes QR dans les livres de la Monmouth Library (Victuallers, CC-BY-SA)

Les codes ne font pas qu’apporter un supplément d’information. Ils redéfinissent la notion même de parcours touristique. La découverte ne naît pas seulement de la proximité géographique, mais aussi de la proximité thématique. L’initiateur du projet insiste dans une vidéo de présentation sur l’apport contextuel des codes QR et leur capacité à nous faire comprendre et apprécier les « choses qui nous entourent ».

La consultation des liens internes facilite la planification du trajet. La Monmouth Heritage Trail propose aussi une carte et une liste donnant une vision d’ensemble des principaux lieux touristiques. L’ensemble de ce dispositif amène à appréhender tout autrement l’espace social. Le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, souligne ainsi :

Je suis vraiment fasciné par le projet Monmouthpedia. Transplanter une ville entière sur Wikipédia est quelque chose de radicalement novateur […]. Je m’attends à ce que d’autres villes réalisent des projets similaires.

Ce projet n’est pas que l’apanage de la Wikipédia anglophone. Plusieurs versions linguistiques se sont associées au projet, au premier rang desquelles les Wikipédia en espéranto, en hongrois et, logiquement, en gaélique. On trouve aussi depuis peu toute une série d’articles sur le Monmouthshire dans la Wikipédia francophone. La plupart ne sont encore que des ébauches.

N’hésitez pas à les améliorer !

Aucun commentaire 06/01/2012

États généraux du multilinguisme

Du 14 au 18 décembre dernier, l’Outre-Mer s’est rassemblé en Guyane, à Cayenne, autour des problématiques des langues locales. Les États généraux du multilinguisme dans les Outre-Mer, organisés par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), ont rassemblé environ 250 personnes venant de tous les départements et territoires d’outre-mer. Linguistes, enseignants, élus locaux, représentants de communautés linguistiques, professionnels de la culture, tous avaient en commun de s’intéresser et / ou de pratiquer les dizaines de langues locales qui sont parlées dans la France d’outre-mer.

Spectacle d'ouverture des États Généraux

Wikimédia France a été invitée en tant que soutien d’un vecteur désormais essentiel pour la valorisation et la diffusion des cultures et des langues : les projets Wikimédia, et particulièrement Wikipédia et le Wiktionnaire.

Les langues d’outre-mer sont encore très peu présentes sur des projets majeurs comme Wikipédia, 5e site le plus consulté au monde, ou le Wiktionnaire. Il n’y a par exemple que deux versions de Wikipédia en langues d’outre-mer. Le Wiktionnaire francophone, qui contient des définitions de mots de 987 langues, ne compte pas d’alternative en langue d’outre-mer.

Pourtant, les projets Wikimédia peuvent être un outil fondamental et populaire de transmission, légitimation, diffusion et stabilisation des langues. Participer à un projet collaboratif de transmission des connaissances peut aider à lutter contre un certain « complexe » des langues principalement orales et servant à décrire l’informel. Ce constat, fait au cours des sessions et des discussions avec les différents intervenants, que les langues d’outre-mer n’étaient pas forcément utilisées pour transmettre des connaissances « savantes » et que cela freinait leur appropriation et leur transmission, nous a motivé pour encourager les locuteurs et enseignants de ces langues à s’emparer des projets Wikimédia.

Les projets Wikimédia pourraient donc être utilisés pour transmettre la connaissance, locale et générale, dans les langues d’outre-mer et langues maternelles des locuteurs des territoires d’outre-mer, tout en faisant en même temps un travail de valorisation des cultures, savoirs et traditions d’outre-mer sur les projets Wikimédia en français.

Après avoir présenté en séance plénière les projets Wikimédia et leur développement dans les langues d’outre-mer, nous avons animé un atelier montrant concrètement comment contribuer sur Wikipédia, se créer un compte, et quelles étaient les étapes nécessaires à la création d’une version linguistique de Wikipédia. Il s’agissait avant tout de lever certaines barrières dues à la méconnaissance du fonctionnement de Wikipédia, et de susciter l’envie de créer des versions de Wikipédia en langues locales, en fournissant les informations de base et les contacts utiles. L’intérêt des participants du colloque était massif, nous avons pu répondre à beaucoup de questions et distribuer de nombreuses brochures d’initiation à Wikipédia.

Salle de conférence des États Généraux

Toutefois, un certain nombre de questions restent à régler :

  • Comment faire naître des communautés locales ?
  • Comment dépasser la vision « informelle » des langues locales, qui ne servent pas en général à exprimer des concepts « savants » ?
  • Comment faire contribuer à l’écrit dans des langues qui, même graphiées, sont principalement utilisées à l’oral ?
  • Que faire avec les nombreuses langues dont la graphie n’est pas encore fixée ?
  • Comment restituer des connaissances issues des cultures locales quand les sources disponibles sont essentiellement orales ?

Si nous avons plaidé que les projets Wikimédia peuvent être un excellent outil collectif d’appropriation écrite des langues, il ne faut pas s’illusionner sur les difficultés qui subsistent.

Les contacts pris, tant chez des personnes de métropole que de l’Outre-Mer, nous permettront certainement d’expérimenter bientôt la création de projets Wikimédia en langues d’outre-mer, où nous pourrons certainement régler au jour le jour ces questions.

Les États généraux du multilinguisme s’étaient fixés pour objectif de soumettre une série de recommandations au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui était présent à la clôture pour les écouter. Nous avons eu le plaisir de voir le rapporteur présenter au ministre, dans le volet « numérique » des recommandations, les projets Wikimédia comme vecteur essentiel des langues et de la culture, et plaider pour un usage massif de ces projets dans la valorisation numérique des langues et des cultures d’outre-mer.

Clôture des EGM 2011 par Robby Judes

Après ces quelques jours d’une grande richesse humaine et intellectuelle, nous sommes maintenant prêts à accompagner les locuteurs des langues d’outre-mer dans leurs futures contributions sur les projets Wikimédia et nous espérons qu’ils seront nombreux à nous rejoindre !

Pour aller plus loin :

  • Nous avons préparé, pour ces États généraux, un rapport sur Les langues d’outre-mer dans les projets Wikimédia. Il est disponible sur notre site, en complément de notre rapport sur Le français sur les projets Wikimédia, réalisé en mai 2011 sur demande de la DGLFLF.
  • L’ensemble des vidéos des séances plénières du colloque, ainsi que des soirées d’ouverture et de clôture, sont à visionner sur Dailymotion
  • Si vous souhaitez des informations pour contribuer sur la culture ultra-marine ou les langues d’outre-mer (création d’une Wikipédia, cours de langues, dictionnaire, etc.), n’hésitez pas à nous contacter à info@wikimedia.fr

Les illustrations de ce billet ont été reproduites avec l’aimable autorisation de la DGLFLF.

2 commentaires 30/11/2011

Il y a urgence

Traduction d’un essai d’emijrp publié le 24 octobre 2011.

Emilio (User:emijrp) contribue à Wikipédia depuis août 2005, il y est notamment dresseur de robot, et participe à la catégorisation du savoir. Ce texte est adapté de son essai There is a deadline (« Il y a urgence »), dont le titre fait écho à un précédent essai intitulé There is no deadline Il n’y a pas d’urgence »).

Cet essai ne représente que les opinions de son auteur.

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l’incendie de 2006

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l'incendie de 2006.
(Oleg Syromiatnikov, CC-BY-SA)

Chaque jour, des pans entiers de la connaissance sont perdus à jamais, dont aucune trace ne subsiste. Lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat quelque part ou qu’une guerre éclate, beaucoup de bibliothèques, archives, musées, monuments, bâtiments de valeur, incunables et objets uniques sont détruits.

De nombreux exemples en attestent, antérieurs à l’existence de Wikipédia. La bibliothèque disparue d’Alexandrie, les encyclopédies chinoises perdues, les églises, monastères, couvents et blibliothèques ravagées lors de la guerre civile espagnole1, l’incendie des chambres fortes de la 20th Century Fox qui détruisit tous les négatifs des films tournés avant 19352, les centaines de bibliothèques et d’archives bombardées et brûlées durant la Seconde Guerre mondiale3,4, les plus de 6000 monastères tibétains dévastés au cours de la Révolution culturelle chinoise, dans lesquels se trouvaient des sculptures, tapisseries et manuscrits uniques5, la bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine bombardée et réduite en cendres avec ses milliers de textes irremplaçables6, pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis la création de Wikipédia, la destruction du savoir s’est poursuivie au moins autant qu’avant. La Bibliothèque nationale d’Irak ainsi que d’autres lieux dépositaires de la culture ont été pillés et brûlés lors de l’invasion de l’Irak de 20037, le Tsunami de 2004 dans l’océan Indien a endommagé, voire totalement détruit, les bibliothèques et les archives de plusieurs pays, la majeure partie du patrimoine d’Haïti a été touchée ou anéantie par le tremblement de terre de 20108, de la même manière qu’au Chili suite au séisme de 2010. Récemment, le Musée égyptien du Caire a été pillé au cours de la révolution égyptienne de 20119.

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933.
(Domaine public)

Mais les guerres et les catastrophes naturelles ne sont pas les seules à menacer le savoir, ainsi que l’ont prouvé l’incendie de la Bibliothèque de la duchesse Anna Amalia en 200410 ou l’effondrement de l’immeuble qui hébergeait les archives de la ville de Cologne en 200911.

Ces événements font à chaque fois disparaître d’importants témoignages de la connaissance humaine, et parfois des patrimoines culturels entiers. Aujourd’hui, de nombreuses langues dans le monde sont en danger.

Par ailleurs, des centaines de sites sont fermés chaque jour sur Internet, la durée de vie moyenne d’une page web n’étant que de soixante-dix-sept jours12. Ces sites sont utilisés dans bien des cas en tant que références sur Wikipédia, mais bien que des projets tels qu’Internet Archive ou WebCite et des groupes de bénévoles comme ceux d’Archive Team13 fassent des copies de sauvegarde de certains d’entre eux, beaucoup d’autres sont définitivement perdus.

Crapaud doré (Incilius periglenes).

Crapaud doré (Incilius periglenes), espèce désormais éteinte.
(Charles H. Smith / U.S. Fish and Wildlife Service, domaine public)

Wikipédia et ses projets frères peuvent et doivent contribuer à sauver toutes ces formes du savoir, par la création d’articles encyclopédiques, le téléversement d’images sur Wikimedia Commons, la préservation des langues au sein du Wiktionnaire ou encore la transcription de livres dans Wikisource. Des événements tels que Wiki Loves Monuments peuvent permettre d’immortaliser des monuments à travers le monde avant qu’ils ne soient dégradés ou détruits, mais l’édition 2011 ne couvrait que des pays européens14. Il faut d’urgence un Wiki Loves Monuments mondial.

Il y a urgence. C’est une bataille contre le temps.

Notes

  1. [^] El martirio de los libros: una aproximación a la destrucción bibliográfica durante la Guerra Civil (archivé sur WebCite).
  2. [^] $45,000 Fire Drives Families From Homes in Little Ferry », Bergen Evening Record, 9 juillet 1937, p. 1 ; cité par Richard Koszarski in Fort Lee: The Film Town, Indiana University Press, 2005, p. 339–341.
  3. [^] It Has Been Done Before! Reconstituting War-Ravaged Libraries (archivé sur WebCite).
  4. [^] Aftermath of the Warsaw Uprising, Planned destruction of Warsaw et Polish culture during World War II.
  5. [^] Tibetan monks: A controlled life (archivé sur WebCite).
  6. [^] Erasing the Past: The Destruction of Libraries and Archives in Bosnia-Herzegovina (archivé sur WebCite).
  7. [^] Photographies de la Bibliothèque nationale d’Irak (août 2003).
  8. [^] Haiti Cultural Recovery Project (copie archivée sur Wayback Machine).
  9. [^] Breaking: Images of Egyptian Museum Damage -UPDATE 34- King Tut Objects Damaged? (archivé sur WebCite).
  10. [^] Hilfe für Anna Amalia (archivé sur WebCite).
  11. [^] Archive Collapse Disaster for Historians – Spiegel Online International (archivé sur WebCite).
  12. [^] Internet Archive - Foire aux questions (archivé sur WebCite).
  13. [^] Site Archive Team (archivé sur WebCite).
  14. [^] Wiki Loves Monuments 2011 - Site web européen (archivé sur WebCite).