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Articles taggués ‘Présentation des projets Wikimedia’
Aucun commentaire 06/01/2012

États généraux du multilinguisme

Du 14 au 18 décembre dernier, l’Outre-Mer s’est rassemblé en Guyane, à Cayenne, autour des problématiques des langues locales. Les États généraux du multilinguisme dans les Outre-Mer, organisés par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), ont rassemblé environ 250 personnes venant de tous les départements et territoires d’outre-mer. Linguistes, enseignants, élus locaux, représentants de communautés linguistiques, professionnels de la culture, tous avaient en commun de s’intéresser et / ou de pratiquer les dizaines de langues locales qui sont parlées dans la France d’outre-mer.

Spectacle d'ouverture des États Généraux

Wikimédia France a été invitée en tant que soutien d’un vecteur désormais essentiel pour la valorisation et la diffusion des cultures et des langues : les projets Wikimédia, et particulièrement Wikipédia et le Wiktionnaire.

Les langues d’outre-mer sont encore très peu présentes sur des projets majeurs comme Wikipédia, 5e site le plus consulté au monde, ou le Wiktionnaire. Il n’y a par exemple que deux versions de Wikipédia en langues d’outre-mer. Le Wiktionnaire francophone, qui contient des définitions de mots de 987 langues, ne compte pas d’alternative en langue d’outre-mer.

Pourtant, les projets Wikimédia peuvent être un outil fondamental et populaire de transmission, légitimation, diffusion et stabilisation des langues. Participer à un projet collaboratif de transmission des connaissances peut aider à lutter contre un certain « complexe » des langues principalement orales et servant à décrire l’informel. Ce constat, fait au cours des sessions et des discussions avec les différents intervenants, que les langues d’outre-mer n’étaient pas forcément utilisées pour transmettre des connaissances « savantes » et que cela freinait leur appropriation et leur transmission, nous a motivé pour encourager les locuteurs et enseignants de ces langues à s’emparer des projets Wikimédia.

Les projets Wikimédia pourraient donc être utilisés pour transmettre la connaissance, locale et générale, dans les langues d’outre-mer et langues maternelles des locuteurs des territoires d’outre-mer, tout en faisant en même temps un travail de valorisation des cultures, savoirs et traditions d’outre-mer sur les projets Wikimédia en français.

Après avoir présenté en séance plénière les projets Wikimédia et leur développement dans les langues d’outre-mer, nous avons animé un atelier montrant concrètement comment contribuer sur Wikipédia, se créer un compte, et quelles étaient les étapes nécessaires à la création d’une version linguistique de Wikipédia. Il s’agissait avant tout de lever certaines barrières dues à la méconnaissance du fonctionnement de Wikipédia, et de susciter l’envie de créer des versions de Wikipédia en langues locales, en fournissant les informations de base et les contacts utiles. L’intérêt des participants du colloque était massif, nous avons pu répondre à beaucoup de questions et distribuer de nombreuses brochures d’initiation à Wikipédia.

Salle de conférence des États Généraux

Toutefois, un certain nombre de questions restent à régler :

  • Comment faire naître des communautés locales ?
  • Comment dépasser la vision « informelle » des langues locales, qui ne servent pas en général à exprimer des concepts « savants » ?
  • Comment faire contribuer à l’écrit dans des langues qui, même graphiées, sont principalement utilisées à l’oral ?
  • Que faire avec les nombreuses langues dont la graphie n’est pas encore fixée ?
  • Comment restituer des connaissances issues des cultures locales quand les sources disponibles sont essentiellement orales ?

Si nous avons plaidé que les projets Wikimédia peuvent être un excellent outil collectif d’appropriation écrite des langues, il ne faut pas s’illusionner sur les difficultés qui subsistent.

Les contacts pris, tant chez des personnes de métropole que de l’Outre-Mer, nous permettront certainement d’expérimenter bientôt la création de projets Wikimédia en langues d’outre-mer, où nous pourrons certainement régler au jour le jour ces questions.

Les États généraux du multilinguisme s’étaient fixés pour objectif de soumettre une série de recommandations au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui était présent à la clôture pour les écouter. Nous avons eu le plaisir de voir le rapporteur présenter au ministre, dans le volet « numérique » des recommandations, les projets Wikimédia comme vecteur essentiel des langues et de la culture, et plaider pour un usage massif de ces projets dans la valorisation numérique des langues et des cultures d’outre-mer.

Clôture des EGM 2011 par Robby Judes

Après ces quelques jours d’une grande richesse humaine et intellectuelle, nous sommes maintenant prêts à accompagner les locuteurs des langues d’outre-mer dans leurs futures contributions sur les projets Wikimédia et nous espérons qu’ils seront nombreux à nous rejoindre !

Pour aller plus loin :

  • Nous avons préparé, pour ces États généraux, un rapport sur Les langues d’outre-mer dans les projets Wikimédia. Il est disponible sur notre site, en complément de notre rapport sur Le français sur les projets Wikimédia, réalisé en mai 2011 sur demande de la DGLFLF.
  • L’ensemble des vidéos des séances plénières du colloque, ainsi que des soirées d’ouverture et de clôture, sont à visionner sur Dailymotion
  • Si vous souhaitez des informations pour contribuer sur la culture ultra-marine ou les langues d’outre-mer (création d’une Wikipédia, cours de langues, dictionnaire, etc.), n’hésitez pas à nous contacter à info@wikimedia.fr

Les illustrations de ce billet ont été reproduites avec l’aimable autorisation de la DGLFLF.

Aucun commentaire 29/08/2009

Les modifications malveillantes, source des critiques de Wikipédia, comment s’en protéger ?

Il y a quelques jours je vous parlais des “Flagged Revisions“, un outil permettant de limiter les risques de modifications malveillantes sur Wikipédia. Si cette solution est intéressante, il en existe d’autres déjà fonctionnelle.

Quelles alternatives y a-t’il ?

Ce système de validation semble séduisant, même s’il a des défauts. Il pourrait, très clairement, éviter un certain nombre de maladresses ou de modifications malveillantes, ou même tout simplement de reprendre (et répandre) trop vite certaines informations erronées fournies par les médias traditionnels (souvenons-nous de la mort de Pascal Sevran, annoncée par Europe 1, reprise sur Wikipédia, puis démentie).
Il est aussi activé comme outil de chasse au vandalisme.

Alors pourquoi ne pas le mettre en place ?

Parce qu’il y a d’autres outils qui pallient au moins une part des soucis évoqués. Outre la surveillance constante des modifications récentes faite par de très nombreux contributeurs, via une page spéciale, la Wikipédia francophone dispose par exemple de deux outils puissants :

  • l’outil LiveRC : grâce à cet outil, les contributeurs qui surveillent les modifications récentes disposent d’un certain nombre d’informations sur les contributeurs (nouveau ? ancien ? administrateur ?), et sur les contributions (nombre d’octets ajoutés ou enlevés, création d’article…).
    Ils peuvent voir si ce contributeur a déjà été averti pour des modifications problématiques. Cela permet de faire un tri rapide dans les contributions à surveiller, de défaire rapidement celles qui sont problématiques et d’avertir les contributeurs « à problèmes » que leur modification a été défaite. Cet outil a été développé par plusieurs contributeurs et est disponible sur une petite dizaine de versions linguistiques de Wikipédia.
  • le robot Salebot. Développé par un contributeur francophone, Gribeco, ce robot axe sa surveillance sur une recherche des modifications problématiques.
    Il va, par exemple, détecter automatiquement des ajouts ou retraits massifs de textes. Muni d’une sorte de « dictionnaire » de mots orduriers, injurieux ou problématiques, il détecte les modifications contenant ce vocabulaire. Il peut alors défaire automatiquement ces modifications.
    Pendant un certain temps, il listait également sur une page spéciale toutes les modifications contenant un champ lexical se rapportant à la mort d’un personnage, afin de signaler les potentielles annonces saugrenues de décès (cette expérience a été stoppée à cause de l’énorme quantité de « faux positifs » par rapport aux très rares cas problématiques).

Ces deux outils permettent donc 1) de repérer rapidement des contenus à problèmes et 2) de limiter au maximum la durée de visibilité de ces contenus inappropriés.
Bien entendu ils ne sont pas infaillibles et la vérification individuelle, par la communauté des contributeurs, du contenu des pages, reste un des points fondamentaux de l’amélioration de la qualité de Wikipédia.

Mais la question reste posée, et le sera sans doute encore pour un certain temps. La décision doit se faire (ou ne pas se faire) en toute connaissance de cause, en évaluant les avantages et les inconvénients, en réfléchissant à toutes les implications d’une mise en place ou non de ce système.
C’est aux participants, et à eux seuls, de prendre ou pas cette décision.

7 commentaires 26/08/2009

Les « flagged revisions », qu’est-ce que c’est ?

C’est la nouvelle du jour, révélée par le New York Times : la Wikipédia anglophone s’apprête à adopter un système de versions validées (traduction de « flagged revisions ») pour certains articles sensibles.

Cette approche est en fait distincte de celle déjà en place sur la Wikipédia en allemand. Comme le New York Times, ainsi que de nombreux Wikipédiens, ont confondu les deux mécanismes, nous allons aborder ce sujet dans deux billets : dans celui-ci, nous parlerons du système déjà en place sur la Wikipédia en allemand ; dans le second, nous reparlerons de la version envisagée sur la Wikipédia en anglais.

« Bouche de dénonciation » (Venise)

« Bouche de dénonciation », Venise
(Domaine public, par Berthold Werner)

La Wikipedia en allemand a mis en place un système de versions validées depuis maintenant plus d’un an (mai 2008). Elle n’est pas la seule à le faire, d’autres projets l’utilisent également (Wikipedia en russe, Wikinews en français, etc.).

L’extension FlaggedRevs du logiciel MediaWiki a été développée pour permettre un contrôle a posteriori sur les modifications des contributeurs, limitant la mise en ligne directe aux contributeurs enregistrés et « de confiance ». En pratique, un contributeur non enregistré (appelé couramment « IP » sur Wikipédia, parce qu’il n’est identifiable que par son adresse IP) ou un contributeur récemment inscrit ou n’ayant pas un nombre significatif de contributions, doit attendre que ses ajouts aient été validés par un autre contributeur de confiance pour qu’ils se trouvent intégrés à la version visible de l’article.

Le processus est le suivant : le contributeur A ajoute du contenu dans un article, il sauvegarde. Le contenu visible de l’article n’a pas changé. Dans l’historique de l’article, on trouve cependant cette contribution. Il faut qu’un contributeur B (de confiance) valide cet ajout en cliquant sur un lien dans l’historique, et l’ajout du contributeur A apparaît alors sur la version consultable de l’article.

Ce système autorise toujours la libre contribution sur le site, mais il retarde sa mise en ligne. Le but est très clairement d’empêcher que des vandalismes se trouvent mis en ligne.

Sur la Wikipedia en allemand, ce système de versions validées est mis en place sur l’intégralité du contenu encyclopédique. Environ 7 500 contributeurs ont la possibilité de « valider » des contributions.

Le système « à l’allemande » pose aux communautés des contributeurs un certain nombre de questions. Il est fréquemment vu comme à la fois source de bienfaits et d’inconvénients.

Les points positifs d’abord :

  • Il permet d’éviter qu’un vandalisme pipi-caca se retrouve en ligne immédiatement (on n’imagine pas le nombre de personnes qui se croient très intelligentes en allant mettre des mots orduriers au beau milieu des articles…)
  • Il peut permettre un temps de vérification pour une information tendancieuse ou non-sourcée, typiquement une annonce fausse de décès ou un contenu à caractère diffamatoire.
  • Il ralentit peut-être la tentation du vandalisme, dans le sens où le « contributeur » aux intentions malveillantes n’a plus la satisfaction de voir son ajout directement en ligne.

Les points négatifs, ou simplement problématiques maintenant :

  • un certain nombre de contributeurs estime que ce système bride l’aspect ouvert des wikis et peut freiner l’arrivée de contributeurs ne comprenant pas ce système.
    Imaginons quelqu’un qui corrige un article, ou lui ajoute un contenu substantiel, il peut lui sembler étrange de ne pas voir sa modification s’afficher. D’expérience, les nouveaux contributeurs ont du mal à savoir véritablement comment fonctionne Wikipédia, et beaucoup ne reviennent pas s’ils n’ont pas compris la raison pour laquelle il y a une différence entre l’idée qu’ils se font de Wikipédia, et la réalité du contributeur.
  • Le système des versions validées ne peut fonctionner efficacement que si les contributeurs de confiance passent un temps certain à valider ces contributions.
    Il y a un temps de latence qui, pour ne pas brider la dynamique d’amélioration des contenus, doit être le plus court possible.
    Les statistiques disponibles pour la version germanophone de Wikipédia montrent qu’environ 1/3 des modifications sont revues dans l’heure, au bout de 8 heures la moitié est revue, et les 2/3 le sont au bout d’une journée.
    D’où quelques conclusions rapides : le tiers restant est revu beaucoup plus tard (y compris s’il s’agit de la correction d’une erreur présente dans un article. C’est donc une version « moins bonne » qui reste en ligne) ; pour être efficace il faut que les révisions soient faites le plus vite possible : il y a proportionnellement beaucoup plus de révisions faites dans la ou les premières heures qu’ensuite.

    Pour le dire simplement : si on ne valide pas l’ajout tout de suite, il y a des chances importantes pour qu’il ne soit validé que bien plus tard.

  • Quid de la responsabilité légale du « valideur » ? Est-il responsable s’il valide par erreur un contenu problématique ? Étant donnée la masse de contributions à valider, il est évident qu’il doit y avoir des erreurs ou des validations faites trop vite. Qu’en est-il alors de la responsabilité individuelle de la personne qui a validé ce contenu ? C’est une question importante dans le cas d’un ajout potentiellement diffamatoire ou mensonger sur une personne.

La question de l’intégration d’un nouveau type de contrôle des contributions sur la Wikipédia anglophone va inévitablement réanimer le débat dans la communauté francophone et peut-être également dans les médias. Pour l’instant, les contributeurs francophones se sont davantage exprimés contre l’intégration du système de « versions validées » à l’allemande que pour sa mise en place.
Mais la question reste posée, et le sera sans doute encore pour un certain temps. La décision doit se faire (ou ne pas se faire) en toute connaissance de cause, en évaluant les avantages et les inconvénients, en réfléchissant à toutes les implications d’une mise en place ou non de ce système.
C’est aux participants, et à eux seuls, de prendre ou pas cette décision.

un commentaire 13/07/2009

Wikinews, l’actualité en ligne

Logo de Wikinews

Logo de Wikinews
(Tous droits réservés, Wikimedia Foundation)

Wikinews est le cinquième projet de la Fondation Wikimedia et, certainement, le plus méconnu. Comme ses frères, Wikinews est un projet wiki dédié à l’actualité.

Le but du projet

À la différence de Wikipédia, Wikinews traite de l’actualité. Son mode de fonctionnement est radicalement différent. Wikipédia est un wiki dédié à l’encyclopédie dans lequel les articles s’enrichissent en permanence, comme cela fut le cas de l’article concernant la pomme. On commence par « Une pomme est un fruit » puis il finit par une page très complète au fil des ajouts par les différents contributeurs.

Wikinews traite, quant à lui, un évènement ponctuel et ne peut donc bénéficier longtemps de l’effet « Pomme », du moins pas plus d’une semaine… et encore. Ainsi, chaque jour suffit sa peine : l’actualité étant éphémère, il faut recommencer un nouvel article à chaque fois. Cependant, il est possible de constituer, au jour le jour, un dossier presse concernant un sujet particulier. Tel est le cas de la crise des CDS.

La version audio du projet vient de voir récemment le jour avec la mise en ligne, sous format .ogg, des principaux articles du projet.

L’architecture du projet

Tout comme les autres wikis, Wikinews dispose d’espaces similaires : Modèles, Project (Wikinews), Catégorie… Il dispose en revanche de pages spéciales :

  • Les portails portent la dénomination de « Page », comme les Pages Sport, Rugby, France, Espace.
  • Les Dossiers liés à un sujet particulier. Ceux-ci ne sont encore qu’à leurs premiers balbutiements. Ils ne doivent être que des dossiers de Presse et ne pas faire dans l’encyclopédie, bien que la frontière semble mal définie entre Wikinews et Wikipedia lors de certains évènements.

Les faiblesses du projet

La principale faiblesse du projet réside en son manque cruel de contributeurs réguliers. C’est là son principal handicap. La communauté est petite par rapport à l’exigence du projet. L’actualité couvre tous les domaines.

Son point fort

Wininews dispose de l’extension Intersection permettant de lister des pages à travers plusieurs catégorie, et selon l’ordre que l’on désire. Cette fonctionnalité n’existe que sur ce projet. Il permet la mise en page de l’accueil et des différents portails et dossiers de presse. Il permet un recoupement très utile pour le lecteur et le contributeur.

En outre, il dispose de la fonctionnalité portant sur la relecture des articles. Elle permet aux utilisateurs, ayant les droits en question, d’apposer leur visa pour toute création ou modification de page.

La contribution sur le projet

Écrire un article de presse est assez exigeant pour le néophyte, qui ne peut qu’écrire que quelques lignes. Être « wiki reporter » exige, en outre, un minimum de culture générale, une bonne mémoire, et des sources. L’une des voies pour contribuer, est la spécialisation dans un domaine particulier. Ainsi, un contributeur peut se cantonner dans les articles sportifs, tel est le cas pour le rugby à XV. Le projet suit les résultats des principaux championnats nationaux, allant du Top 14, au Super 14, en passant par le Premiership et la Ligue Celtique.

Plusieurs contributeurs se sont ainsi spécialisés : l’espace, le vélo, le football, le cinéma, la Météo et même le droit en France. C’est ainsi que le projet se construit peu à peu. Ce sont des filons que tout contributeur peut exploiter.

Pour en revenir à la rédaction d’un article, ceci exige beaucoup de temps. L’écriture d’un article nécessite de la rigueur si son auteur désire qu’il soit de la longueur d’un « papier », au sens journalistique du terme, tout en respectant la Convention de Berne en matière de protection des droits d’auteur. Les sources libres d’informations sont rarissimes, surtout en langue française. Il est aussi possible de créer des reportages originaux, d’après un travail personnel. Ainsi, un Wikinewsien, peut se retrouver au cœur de l’actualité et relater les faits… encore que la loi française interdise la mise en ligne de scènes de violence par toute personne n’ayant pas leur carte de presse.

Quelques chiffres

Au 7 juillet 2009, Wikinews dispose de 5760 articles de presse. Le projet comprend 7 administrateurs, 2 Bots qui disposent aussi de ce statut, et un bureaucrate.

un commentaire 26/06/2009

Un petit dessin vaut mieux qu’un long discours : connaissez-vous Wikimédia Commons ?

« Une image vaut mille mots » ; le projet Wikimedia Commons vaut donc environ 4 milliards et demi de mots.

Wikimedia Commons, c’est la médiathèque des projets Wikimedia. Elle contient 4,555,629 de fichiers : sons, vidéos, et surtout images. Tous ces fichiers sont « libres », c’est-à-dire que leur utilisation est permise sans restriction.

L’ensemble des projets de Wikimédia – l’encyclopédie Wikipédia, les actualités de Wikinews, les traités de Wikiversité, les documents de Wikisource – utilise les fichiers de Commons comme s’ils étaient hébergés localement. Un unique téléchargement sur Commons permet ainsi aux contributeurs d’irriguer toute la constellation des projets Wikimédia.

Commons n’est pas seulement un hébergeur pour les projets Wikimédia : c’est aussi un projet indépendant et surtout une immense mine d’images, certaines de très haute qualité, disponibles pour tous, et pour tous usages. On trouve ces images dans les journaux quotidiens, dans des livres, sur des tracts, des projets d’architectes, etc. Des images de haute qualité sur des sujets importants (lorsque des écoliers réalisent un exposé sur Louis XIV, par exemple) jusqu’aux sujets les plus particuliers (avez-vous jamais eu besoin de photographies de chars d’assaut gonflables ?).

Commons existe pour répondre à tous les besoins : de l’actualité aux reproductions de tableaux en passant par des pièces de musées, des portraits de célébrités ou des objets de la vie courante.

Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, château de Versailles

Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, château de Versailles

Toutes les images de Commons sont classées par thèmes dans des catégories et sous-catégories, où elles apparaissent sous forme de vignettes ; en cliquant dessus, on accède à la documentation de l’image qui fournit la légende, la licence, l’auteur, etc. Ces catégories sont accessibles depuis les articles correspondants de Wikipédia, ce qui permet une recherche rapide.

Char gonflable

Char gonflable
(domaine public)

Certaines images sont le travail de photographes professionnels ou d’amateurs avancés ; on trouve donc des images d’actualité ou d’histoire (le siège de Grozny par exemple), ainsi que les images de haute qualité en haute résolution. La qualité des images est sanctionnée par des labels : « image de qualité » pour l’excellence technique, « image de valeur » pour la meilleure sur un sujet donné, et « images remarquables » pour les plus belles et les plus frappantes.

Siège de Grozny, 1995 (Mikhail Evstafiev)

Siège de Grozny, 1995
(Mikhail Evstafiev, CC-BY-SA)

Les images de Commons proviennent d’abord de contributeurs bénévoles, tout comme les articles de Wikipédia. Il arrive que des projets spécifiques s’organisent pour systématiser des contributions : « Wikipedia loves art » (voir le billet de Pierre Beaudoin), où une journée de photographie est organisée dans des musées, en est un exemple.

Certains contributeurs de Commons partent aussi en reportage avec le soutien d’une association Wikimédia locale ; il a ainsi été possible de couvrir des manifestations culturelles ou politiques, et jusqu’au défilé du 14 juillet, comme une agence de presse – mais les photos sont libres.

Meeting du parti socialiste français, 2007. Photo : Marie-Lan Nguyen

Meeting du parti socialiste français, 2007.
(Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons, CC-BY)

Des groupes de contact entre Commons et des médiathèques publiques ont aussi amené la mise à disposition de fonds d’archives. A cet égard, la réussite la plus éclatante à ce jour est l’obtention par Wikimédia Allemagne de 250 000 images de la Deutsche Fotothek et 100 000 des Bundesarchiv, couvrant tout le XXème siècle.

Soldat devant le mur de Berlin, Deutsches Bundesarchiv

Soldat devant le mur de Berlin.
(Bundesarchiv, CC-BY-SA)

Une autre activité qui produit des images remarquables est la numérisation et la restauration informatique de gravures et photographies anciennes. Un petit groupe de contributeurs, les restaurateurs, s’est taillé une solide réputation dans le domaine : selon des archivistes professionnels, si un travail de cette qualité n’est pas techniquement hors de la portée des bibliothèques publiques, il serait en pratique trop cher à effectuer à grande échelle. Le travail des contributeurs de ce groupe sur Commons est dont remarquable.

Gekko Zuihitsu (esquisse de Gekko), une impression de Ukiyo-e à partir des « Vues du Mont Fuji » dOgata Gekkō

Gekko Zuihitsu (esquisse de Gekko), une impression de Ukiyo-e à partir des « Vues du Mont Fuji » d’Ogata Gekkō
(domaine public)

Que ce soit pour répondre à un besoin spécifique, par profession ou par loisir, ou que ce soit pour visiter un musée virtuel, le temps passé sur Commons n’est jamais vain. Et s’il y a en vous une fibre artistique, affirmée ou naissante, que ce soit pour le dessin, l’illustration d’information ou la photographie, Commons est aussi une fantastique école d’arts graphiques.