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Articles taggués ‘Critiques à Wikipédia’
4 commentaires 11/09/2009

Wikipédia, Obama, les menteurs et la boule de cristal

D’abord, les faits : Joe Wilson, représentant au Congrès des États-Unis d’Amérique a traité publiquement le président Barack Obama de « menteur » lors d’un discours de ce dernier lorsqu’il a affirmé que son plan de couverture santé ne bénéficierait pas aux immigrants illégaux. Il s’agissait là d’un grave manquement à l’étiquette parlementaire.

Cela, personne ne le conteste : l’incident a été filmé, des membres du Congrès des deux partis ont condamné le caractère insultant de ces propos, et Joe Wilson s’est excusé de son manque de civilité. La biographie de Joe Wilson sur Wikipédia se contente de rapporter ces faits.

Cependant, comme nous le rapporte un blog du New York Times, la mention de cette affaire sur Wikipédia a provoqué des débats internes à ce site :

  • Cette interjection mérite-t-elle mention ? Après tout, on ne mentionne pas toutes les bêtises que les gens racontent, quand bien même ils sont membres du Congrès des États-Unis.
  • Sur le fond de la dispute entre MM. Wilson et Obama, qui a raison ? Le plan proposé bénéficierait-il aux immigrés illégaux ?

Le point 1 a été réglé par le fait que les médias américains se sont largement fait l’écho de l’affaire, et donc que celle-ci mérite mention. Le point 2 a été plus délicat, et Wikipédia a finalement choisi de ne rien dire sur le sujet de la dispute, se contentant d’exprimer les points de vue des deux protagonistes et de noter que la section 246 de la loi exclut les immigrés illégaux de certains financements fédéraux.

Certains intervenants du blog reprochent cette pratique à Wikipédia : selon eux, Wikipédia aurait dû prendre parti et dire si oui ou non le plan de santé de M. Obama bénéficierait aux immigrants illégaux. Bien entendu, ils en concluent que « Wikipédia n’est pas fiable » ou qu’« ils ne permettraient pas à leurs étudiants de citer Wikipédia » en raison de cela.

Relevons tout d’abord le manque de cohérence logique entre cause et conséquence. Personne ne conteste que les faits donnés sur Wikipédia sont exacts ­- il ne s’agit donc pas d’un manque de fiabilité. Mais venons-en au fond : Wikipédia aurait-elle dû prendre parti ?

Il serait facile de caricaturer l’attitude de Wikipédia en « une minute pour Churchill, une minute pour Hitler ». Ce serait cependant ignorer la difficulté du sujet. Le projet de loi de réforme de l’assurance maladie aux États-Unis soutenu par Barack Obama fait, dit-on, plus de 1000 pages (je n’ai pas eu le courage de parcourir tous les fichiers et calculer la somme de leurs longueurs). Un paragraphe exclut les immigrés illégaux de certains financements fédéraux — mais sont-ce les seuls avantages que ceux-ci pourraient retirer de la loi ?

Non seulement il y a la complexité du texte, mais aussi son contexte juridique. Ce texte s’insère au milieu d’une multiplicité de lois fédérales et de lois des états fédérés, fort complexes. De plus, les États-Unis sont un pays de « common law », où les juges ont une grande latitude d’interprétation des lois et créent de nouvelles règles ; autrement dit, nous n’aurions sans doute la réponse à cette question qu’après des décisions judiciaires qui interviendraient dans plusieurs années.

Autrement dit, on exige de Wikipédia qu’elle joue le rôle d’une boule de cristal magique.

Le fait que le droit soit binaire (illégal/légal, autorisé/non autorisé…) est une fiction certes utile pour une compréhension initiale, disons cours d’instruction civique pour école primaire, mais qui ne correspond pas à la réalité. Les lois sont souvent obscures, incohérentes, mal écrites, verbeuses ; ce n’est pas moi qui le dit, mais les plus hautes autorités du droit français. Il en est de même du droit américain. Quand vous demandez à un juriste si telle chose est illicite, vous obtenez une réponse, souvent péremptoire ; mais parfois, vous obtenez une réponse différente d’un autre juriste.

Dans ces circonstances, je ne vois pas ce que Wikipédia pourrait faire, à part rappeler les principales « opinions » exprimées par les politiciens qui voteront la loi et les juristes qui l’ont commentée, et l’existence de la section 246.

2 commentaires 09/09/2009

Umberto Eco se demande quand il faut faire confiance à Wikipédia

Umberto Eco, universitaire et romancier italien (auteur du roman Le Nom de la rose) se pose la question, dans un article publié dans L’Espresso, de savoir quand et s’il faut faire confiance à Wikipédia.

Marié sur Wikipédia ?

Dans cet article, Umberto Eco revient sur ce qui fait la force de Wikipédia, le travail collaboratif et le fait que des milliers d’yeux sont braqués sur les pages de l’encyclopédie, prêts à supprimer les erreurs introduites par des contributeurs mal intentionnés ou tout simplement ne disposant pas d’informations à jour ou vérifiables.

Il y aborde aussi les possibles dysfonctionnements du système, notamment le fait que là où le processus communautaire est pratiquement sans faille sur des articles à haut trafic et à grande visibilité, il l’est sans doute moins sur des articles plus confidentiels.

Son analyse se nourrit d’exemples qui le touchent de près, puisqu’il s’est trouvé (de façon erronée) marié à la fille d’un couple de ses amis par la lubie de quelque auteur en mal de fantasmes, qui a inséré cette information dans son article sur la Wikipédia italienne. Il avait auparavant relevé quelques erreurs dans son article, telle l’affirmation qu’il était l’aîné de treize enfants, alors que c’était son père qui l’était.

C’est d’ailleurs pour éviter ce genre d’erreurs que les projets Wikimédia se posent la question d’introduire ou non les « flagged revisions » comme outil de protection des articles.

Il faut croiser l’information, toujours et encore

Ces déboires, bien réels, n’empêchent pas Umberto Eco de faire confiance à Wikipédia… comme devrait le faire tout un chacun, sous certaines conditions.  En tant que chercheur, M. Eco est habitué à croiser ses sources, plusieurs fois si possible, afin de bien saisir les tenants et les aboutissants du sujet qui l’intéresse. Il fait de même avec Wikipédia et donne même quelques astuces pour bien utiliser l’encyclopédie en ligne.

Tout d’abord, toujours chercher ailleurs pour voir dans quelle mesure une information est reprise par des sources indépendantes. Que ce soit dans un magazine, une bibliothèque ou d’autres sites Internet, il importe de pouvoir trouver l’information ailleurs. Cette démarche est cependant vraie pour toute information que l’on souhaite utiliser, qu’elle soit dans Wikipédia ou sur un quelconque autre site web. Ensuite il propose une idée propre à Wikipédia, celle de chercher à comparer les articles sur un même sujet dans les Wikipédia en d’autres langues. Parfois, l’éclairage donné sur un sujet varie selon la culture et la langue. Pour peu que vous parliez espagnol, chinois ou anglais, suivre les liens vers le même article dans d’autres langues peut vous aider à voir les choses de façon différente.

Umberto Eco reconnaît que ces façons de faire, qui sont (ou devraient être) des automatismes chez un universitaire, ne sont pas forcément les premières choses qui viennent à l’esprit des lecteurs quotidiens de Wikipédia. Lui préconise la mise en place d’un « conseil de la surveillance d’Internet » qui  aurait pour mission de surveiller des pages par thème. Cependant, il se rend à l’évidence, surveiller 2 millions de pages retournées par Google sur une recherche sur Napoléon, voire même 552 000 sur un auteur italien moins connu, cela relève de l’utopie.

Alors, quelles solutions ? La question est laissée ouverte par Monsieur Eco, qui se rend compte à quel point trouver la réponse est difficile.

Mon avis est que c’est exactement là une partie de la mission de Wikimédia. Outre assurer l’accès libre à la connaissance libre, nous nous efforçons de développer et diffuser auprès des acteurs de l’éducation notamment, mais aussi du grand public, des outils et de l’information qui permettent de comprendre comment fonctionne un site comme Wikipédia.


N.B. L’article de L’Espresso est en italien, pour une traduction voir Google translate.

Aucun commentaire 29/08/2009

Les modifications malveillantes, source des critiques de Wikipédia, comment s’en protéger ?

Il y a quelques jours je vous parlais des “Flagged Revisions“, un outil permettant de limiter les risques de modifications malveillantes sur Wikipédia. Si cette solution est intéressante, il en existe d’autres déjà fonctionnelle.

Quelles alternatives y a-t’il ?

Ce système de validation semble séduisant, même s’il a des défauts. Il pourrait, très clairement, éviter un certain nombre de maladresses ou de modifications malveillantes, ou même tout simplement de reprendre (et répandre) trop vite certaines informations erronées fournies par les médias traditionnels (souvenons-nous de la mort de Pascal Sevran, annoncée par Europe 1, reprise sur Wikipédia, puis démentie).
Il est aussi activé comme outil de chasse au vandalisme.

Alors pourquoi ne pas le mettre en place ?

Parce qu’il y a d’autres outils qui pallient au moins une part des soucis évoqués. Outre la surveillance constante des modifications récentes faite par de très nombreux contributeurs, via une page spéciale, la Wikipédia francophone dispose par exemple de deux outils puissants :

  • l’outil LiveRC : grâce à cet outil, les contributeurs qui surveillent les modifications récentes disposent d’un certain nombre d’informations sur les contributeurs (nouveau ? ancien ? administrateur ?), et sur les contributions (nombre d’octets ajoutés ou enlevés, création d’article…).
    Ils peuvent voir si ce contributeur a déjà été averti pour des modifications problématiques. Cela permet de faire un tri rapide dans les contributions à surveiller, de défaire rapidement celles qui sont problématiques et d’avertir les contributeurs « à problèmes » que leur modification a été défaite. Cet outil a été développé par plusieurs contributeurs et est disponible sur une petite dizaine de versions linguistiques de Wikipédia.
  • le robot Salebot. Développé par un contributeur francophone, Gribeco, ce robot axe sa surveillance sur une recherche des modifications problématiques.
    Il va, par exemple, détecter automatiquement des ajouts ou retraits massifs de textes. Muni d’une sorte de « dictionnaire » de mots orduriers, injurieux ou problématiques, il détecte les modifications contenant ce vocabulaire. Il peut alors défaire automatiquement ces modifications.
    Pendant un certain temps, il listait également sur une page spéciale toutes les modifications contenant un champ lexical se rapportant à la mort d’un personnage, afin de signaler les potentielles annonces saugrenues de décès (cette expérience a été stoppée à cause de l’énorme quantité de « faux positifs » par rapport aux très rares cas problématiques).

Ces deux outils permettent donc 1) de repérer rapidement des contenus à problèmes et 2) de limiter au maximum la durée de visibilité de ces contenus inappropriés.
Bien entendu ils ne sont pas infaillibles et la vérification individuelle, par la communauté des contributeurs, du contenu des pages, reste un des points fondamentaux de l’amélioration de la qualité de Wikipédia.

Mais la question reste posée, et le sera sans doute encore pour un certain temps. La décision doit se faire (ou ne pas se faire) en toute connaissance de cause, en évaluant les avantages et les inconvénients, en réfléchissant à toutes les implications d’une mise en place ou non de ce système.
C’est aux participants, et à eux seuls, de prendre ou pas cette décision.