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Articles taggués ‘Critiques à Wikipédia’
13 commentaires 02/07/2011

L’AFP interdit d’utiliser Wikipédia comme source : entre évidence et ironie

L’Agence France-Presse (AFP) a mis en ligne un document intitulé « Règles d’utilisation des réseaux sociaux pour recueillir de l’information » (mise en ligne annoncée par communiqué de presse).

Entre autres choses y figure ce passage :

Rappelons enfin qu’il est interdit d’utiliser Wikipédia comme source de documentation, encore moins d’en reproduire des passages. Le mode de rédaction participative de cette encyclopédie en ligne ne répond pas à nos critères de fiabilité.

Macaques japonaisse baignant dans les sources chaudes de Jigokudani, Préfecture de Nagano, Japon.

Une source est à utiliser avec intelligence.
(Yosemite, CC-BY-SA)

Une démarche logique, étant donné que Wikipédia est une encyclopédie, autrement dit un outil de synthèse des connaissances existantes sur un sujet. Comme toute encyclopédie, Wikipédia n’est pas en elle-même à l’origine des informations : elle constitue une source secondaire, ou plus souvent une source tertiaire. Ce qu’elle contient n’est pas pour autant à rejeter ! Ce contenu peut être une piste de départ pour croiser des sources et ainsi vérifier une information. D’autant que « Citez vos sources » est un des principes cardinaux imposés aux rédacteurs de l’encyclopédie.

Cependant, cette injonction de ne pas citer Wikipédia est quelque peu entachée par certains exemples récents de plagiats par l’AFP, rendant la démarche légèrement ironique. Ainsi a-t-on vu récemment des dépêches reprendre presque mot pour mot un article de Wikipédia sans citer leur source : le décès de Wouter Weylandt a notamment été annoncé accompagné d’une liste des cyclistes morts en course, reprise par bien des médias, tel que Yahoo, et dont la source était un article de Wikipédia, non crédité dans la dépêche ! En outre, on notera que la liste en question comporte un bandeau d’avertissement aux lecteurs et le comportait déjà le jour où la dépêche fut envoyée. Celui-ci les informe du fait que cet article ne cite lui-même pas suffisamment ses sources. Malgré cet avertissement, donné par Wikipédia, le contenu fut ré-employé tel quel par les journalistes…

Rappelons donc qu’il est tout à fait possible d’utiliser du texte de Wikipédia (et des images de Wikimedia Commons) à condition de respecter la licence (CC-BY-SA) et de citer les auteurs. Par ailleurs, bien que Wikipédia soit en perpétuelle actualisation, il est possible pour un journaliste ou un chercheur de citer une version précise et stable de l’article voulu, à l’aide d’un permalien, qu’on peut obtenir dans la colonne de gauche de l’encyclopédie en ligne, section boîte à outil, puis adresse de cette version. Enfin, un journaliste cherchant à remonter aux sources d’une information saura à partir d’un article de Wikipédia ou de ses versions dans différentes langues, trouver les sources qui ont été utilisées. Il est donc facile d’avoir une utilisation périphérique de Wikipédia : certains médias, tel que Rue89, utilisent l’encyclopédie pour compléter et développer certains contenus qu’ils publient, en plaçant dans le corps de texte des liens renvoyant à un article Wikipédia. Wikipédia est alors un outil pratique, permettant de fournir une illustration à une information de première main.

Wikipédia est par conséquent un outil de complément intéressant pour les professionnels de l’information, et nous ne pouvons que les encourager à l’utiliser, lorsqu’ils le font à bon escient. Ce rappel déontologique fait par l’AFP était certes légitime, car, pour être publiée, une information doit être validée par plusieurs sources croisées, comme sur Wikipédia. Ce qui, espérons-le, n’empêchera pas l’AFP de reconnaître les services que lui rend l’encyclopédie en ligne.

Et peut-être, un jour, cette vision d’un des membres de Wikimédia France se réalisera-t-elle :

Je ne serais pas surpris de lire un jour sur le fil AFP :
« Telle personnalité vivant dans un pays coupé du monde est morte cette nuit, rapporte Wikipédia, citant un site peu connu dans un dialecte local que l’agencier de l’AFP ne comprend pas. »


Mise à jour (6 juillet) : Après discussions avec l’AFP, lire ce billet « Mise au point conjointe Wikimédia France / AFP ».


Ce billet a été rédigé collaborativement par Trizek, Aude, Jean-Frédéric, Ofol, Rémi M. et Wikinade.

5 commentaires 23/05/2011

Wikipédia au collège, ami ou ennemi ?

Salle multimédia du CDI du lycée Pierre-et-Marie-Curie

Le CDI du lycée Pierre-et-Marie-Curie, Indre.
(Lycée PMC, domaine public)

La revue de l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS), Documentaliste / sciences de l’information, propose, dans sa livraison de mars 2011, un article d’Anne Cordier intitulé « Les collégiens et la recherche d’informations sur Internet : entre imaginaire, contraintes et prescriptions ».

Doctorante en sciences de l’information et de la documentation à l’université de Lille 3, l’auteur s’appuie sur deux ans d’observation au sein de trois collèges différents, plus spécialement auprès d’élèves de sixième. Elle en déduit que les élèves n’ont le sentiment de se livrer à une recherche sur Internet que lorsque celle-ci se fait dans un cadre formel, soit au collège soit pour le collège ; inversement l’utilisation d’Internet a des fins personnelles n’est jamais perçue comme une recherche, alors même que la démarche relève souvent d’une recherche d’information. L’étude montre aussi que les jeunes collégiens comprennent relativement bien la nécessité d’une utilisation d’Internet sous surveillance d’un aîné (grande sœur, enseignant ou parent), mais pas forcément la manière dont celle-ci s’exerce.

Car il semble bien qu’Internet suscite une certaine méfiance de la part du corps enseignant et spécialement des professeurs documentalistes : accès à Internet soumis à autorisation, nécessité d’indiquer l’objet de la recherche, surveillance accrue. Cela peut aller plus loin : à un élève demandant son aide devant un écran de résultats d’une recherche de site, un documentaliste va tout simplement fermer le navigateur et renvoyer l’élève sur l’outil BCDI (logiciel documentaire du CDI). Selon l’auteur de l’étude, cette attitude des enseignants aurait deux buts : développer chez les collégiens une forme de « culture livresque », mais aussi contribuer à légitimer leur propre rôle professionnel.

Or, il ressort aussi de l’étude que Wikipédia est un des sites qui cristallise les différences d’attitudes entre les collégiens et leurs enseignants. Les premiers semblent apprécier l’encyclopédie collaborative, les seconds goûtent moins que leurs élèves s’en servent. Cela se traduit par des stratégies d’évitement ou de contournement de la part des adolescents. C’est ainsi que Chloé (collège B) prend des infos sur Wikipédia… mais affiche le plus vite possible une autre page, car, dit-elle, le professeur « va pas aimer ça du tout » !

Bibliothèque de la Kenneth Comprehensive School

Bibliothèque de la Kenneth Comprehensive School, Angleterre.
(Robertvan1, CC-BY)

Il faut bien sûr se garder de tirer des conclusions hâtives de la lecture d’un article ne faisant que résumer une recherche dont le travail de terrain porte sur trois collèges. Il semble tout de même que ces professeurs documentalistes, ont, dans leur approche avec les élèves, des attitudes pratiquement conservatrices voire réactionnaires dans la mesure où elles se construisent en réaction aux démarches « documentaires » des élèves. Quant à la défiance vis-à-vis de Wikipédia, ses causes sont sans doutes multiples, mais résident sûrement en grande partie dans le supposé manque de fiabilité d’une encyclopédie où chacun peut écrire, et donc rédigée par des amateurs. Sans doute aussi au fait que les enseignants ne souhaitent pas que les élèves bornent une recherche à un ou deux articles de l’encyclopédie collaborative. Il serait sans doute utile de sensibiliser davantage les professeurs documentalistes au cours de leur formation initiale et continue, comme lors de la journée réalisée il y a deux ans à Poitiers. Sans oublier le rôle que peut jouer Vikidia auprès des élèves et de leurs enseignants.

un commentaire 12/05/2010

Wikimedia Commons, la médiathèque libre utilisée par Wikipédia supprime des contenus pornographiques

Alors que le nombre total de contributions pour l’ensemble des projets Wikimédia vient de dépasser le milliard, la chaîne conservatrice américaine Fox News a entamé une campagne de lobbying auprès des donateurs au mouvement Wikimédia, parmi lesquels figurent de grands noms comme Google, Yahoo!, l’Open Society Institute ou la Fondation Ford. Il s’agit de les interpeller par des lettres ouvertes leur demandant si “elles sont conscientes de l’étendue” des images “illégales” et “pornographiques” stockées sur les serveurs de Wikimédia.

Une image parmi celles hébergées sur Commons
(Neitram, CC-BY-SA)

Ce n’est en fait pas Wikipédia qui est mise en cause, car son contenu est plus étroitement surveillé par la communauté, mais certaines images parmi les cinq millions de fichiers hébergés sur Wikimédia Commons. Cette base de données multimédia centralise des médias libres, tels que des photographies, des dessins, des schémas, des musiques, des animations ou bien encore des vidéos qui ont une utilité pour au moins un des projets de Wikimédia (Wikipédia bien sur mais aussi Wikisource, Wikiversité, Wikispecies, etc.). La richesse et la variété de son contenu, placé sous licence libre, fait que cette médiathèque en ligne est aussi utilisée par certains sites d’informations en ligne pour illustrer leurs articles.

De fait, la communauté de Wikimédia Commons est depuis longtemps consciente du problème et mène des actions ayant pour objectif de supprimer les images pornographiques sans dimension culturelle ou éducative. Cette tâche est compliquée car la sexualité constitue un pan entier de nos civilisations sur lequel on ne peut faire l’impasse. Sa perception est différente suivant les cultures, les religions ou les générations. La question de la limite entre art et pornographie est également posée, ainsi que celle de la censure. En effet, Commons est une médiathèque internationale et les législations varient selon les pays, certains d’entre eux censurant des images autorisées par d’autres. Quant aux serveurs de Wikimédia Commons, ils sont hébergés en Floride et voient en moyenne chaque jour un import massif de dizaines de milliers de nouvelles images.

Cette polémique, lancée en avril par l’un des deux co-fondateurs de Wikipédia, Larry Sanger, qui a depuis quitté le projet, et avivée par Fox News a relancé ce débat de longue date… et provoqué la suppression immédiate de certaines catégories d’images qui avaient été identifiées comme potentiellement choquantes. Mais le débat se poursuit parmi les contributeurs de Commons pour savoir si ces suppressions, notamment effectuées par Jimmy Wales, l’autre co-fondateur de l’encyclopédie en ligne, n’ont pas été trop larges et si certaines images doivent être restaurées.

Aucun commentaire 02/11/2009

WikiTrust, l’extension évaluant la fiabilité des articles de Wikipédia

Il y a quelques jours de nombreux articles sont publiés sur Internet concernant une « nouvelle » extension qui devrait permettre de mieux déterminer la qualité des articles de Wikipédia. L’extension en question, WikiTrust, est développée par un chercheur italien, Luca de Alfaro travaillant pour l’université de Californie, Santa-Cruz.

Étant donné que des erreurs se sont introduites dans les différents articles publiés, que ce soit par des blogs très lus ou des médias classiques, il a semblé indispensable de publier un article les rectifiant.

Qu’il y ait des erreurs au sein d’un article d’investigation peut se comprendre, mais la majorité des articles publiés sont de simples reprises d’articles déjà existants. Il est alors, selon moi, très surprenant de trouver des erreurs factuelles.

Afin que les internautes aient l’information la plus correcte possible voici un rapide correctif.

Une des erreurs factuelle de premier ordre, est la mention de la fondation Wikipedia qui va mettre en place cet outil. Il est assez peu probable que ce soit le cas puisque la fondation Wikipedia n’existe pas. Wikimedia Foundation, le vrai nom de la fondation concernée, est une fondation de droit américain qui héberge l’ensemble des projets Wikimedia, dont fait partie Wikipédia. En tant qu’hébergeur, la Wikimedia Foundation a toujours pris la précaution de ne pas s’impliquer dans le fonctionnement éditorial des différents projets.

Tout comme pour la mise en place des FlaggedRevisions, Wikimedia Foundation se contentera de conseiller à la communauté, seule souveraine sur le fonctionnement des projets, de mettre en place une telle extension.

C’est d’ailleurs ce que précise Jay Walsh, Directeur de la Communication de Wikimedia Foundation, dans sa réponse, tronquée, à Wired qu’il nous a transmis :

WikiTrust is one of thousands of extensions available within the MediaWiki library. As with other extensions, including flagged revisions, which has been the subject of quite a bit of attention over the past few weeks, extensions are tested and evaluated by members of the volunteer community before being implemented on any of the Foundation’s projects, including Wikipedia. Many of these extensions are part of ongoing research by outside developers and volunteers who want to look at ways of improving the quality of content on Wikipedia and other wikis using MediaWiki. When WikiTrust makes its way through testing and analysis it may be made available as an optional tool that Wikipedia users can activate through their user settings. That timeframe has still not been set. The Foundation is also looking at introducing a number of visible trust/quality metric tools, which may include tools familiar to many users, including ‘rate this article’ tools on Wikipedia pages. These enhancements would be introduced in the spirit if letting readers and editors better understand which articles, facts, or edits need to be reviewed for quality and accuracy.

Donc repartons sur de bonnes bases.

Même s’il est présenté comme une nouveauté, WikiTrust est en fait en développement depuis début 2007 et Luca De Alfaro l’a présenté durant la Wikimania 2007 à Taipei. Août 2008 correspond à la première version packagée comme une extension de Mediawiki.

Ce projet a pour but, au moyen d’un algorithme, de mettre en exergue, via un code couleur, les parties des articles de Wikipédia estimées comme non-fiable.

WikiTrust calcule en temps réel, ou presque, la fiabilité des contenus et ce grâce à plusieurs critères.

Premier critère : la réputation de l’auteur. Celle-ci est calculée au travers de différents paramètres, par exemple moins les contenus d’un auteur sont modifiés, plus celui-ci est considéré comme fiable. Par contre, les auteurs dont les modifications sont très rapidement supprimées verront leur réputation chuter. De fait, le système fait en sorte que plus un auteur a un comportement productif, meilleure est sa réputation.

La « réputation » du texte est le second critère. Celle-ci est calculée en se basant, notamment, sur la réputation des différents auteurs qui ont participé à son élaboration. Il va de soi que plus un texte reste longtemps en ligne plus celui-ci est estimé comme fiable.

Exemple d'article avec coloration des contenus par WikiTrust

Exemple d'article avec coloration des contenus par WikiTrust

WikiTrust est un travail de recherche universitaire qui pourra devenir très utile pour améliorer les contenus des divers projets Wikimedia mais qui pourra également servir à d’autres projets collaboratifs comme aux FLOSS manuals pour déterminer les parts de revenus de chaque auteur, ou à des projets comme WikiTravel pour ne garder dans les auteurs dont le contenu est présent dans l’article final.

Pour plus d’information vous pouvez consulter le site du projet : http://wikitrust.soe.ucsc.edu/

un commentaire 12/10/2009

Critiques sur Wikipédia : de la fiabilité des articles pharmaceutiques

Des titres racoleurs l’ont annoncé : les malades feraient bien de se défier de Wikipédia pour chercher des informations médicales.

Mais est-ce bien cela que l’étude sur laquelle se basent les articles disait ? Le journaliste ayant rédigé ce titre n’a pas du lire la même étude que nous, puisqu’au final le résultat de l’étude est assez différent de celui annoncé par ce titre racoleur : Wikipédia peut nuire à votre sante.

Un tube de pilules renversé sur une table avec des pilules bleues et blanches en sortant.

Photographie par Tom Varco, CC-BY-SA-3.0

L’étude citée compare des articles sur des médicaments prescrits sur ordonnance pris d’une part dans des bases de données destinées aux professionnels de santé, sur Wikipédia d’autre part.

Cette étude n’a relevé aucune erreur factuelle dans les articles de Wikipédia examinés (alors qu’elle en a relevé dans des articles professionnels). En revanche, elle a relevé des omissions sur certains articles : pas d’indications de posologie ou de liste exhaustive d’effets secondaires.

Rappelons que, normalement, un patient, pour obtenir des médicaments sur ordonnance, doit voir un ou plusieurs médecins ainsi qu’un pharmacien, lesquels sont les mieux placés pour donner un avis à un malade. Un ouvrage de référence, même le plus « professionnel », ne peut remplacer un médecin.

C’est ainsi que l’on distingue habituellement les ouvrages destinés au grand public, qui décrivent les symptômes des maladies et les médicaments en termes généraux, mais se gardent bien de donner des indications trop précises de prescription pour les médicaments sur ordonnance, et les ouvrages destinés aux professionnels de santé.

En bref, ce que cette étude montre n’est pas que les patients ne devraient pas consulter Wikipédia, c’est que les médecins et pharmaciens doivent rester abonnés à des bases de données pharmacologiques complètes.

Imaginons maintenant que Wikipédia ait des posologies et des listes réputées complètes de contre-indications. Gageons que dans ce cas, les critiques diraient que c’est un site irresponsable qui encourage à l’auto-médication sauvage !

Une querelle semblable a opposé ceux qui désiraient que Wikipédia ne publie pas d’informations trop détaillées  sur certains tests psychologiques, au motif que ces informations sont normalement réservées aux professionnels, et ceux qui faisaient remarquer que ces informations se trouvent dans des ouvrages accessibles au grand public, que ce soit en librairie ou en bibliothèque.

On constate bien qu’ici, comme dans d’autres domaines, Wikipédia est soumise à des attentes irréconciliables. Si de nombreuses critiques à l’égard de Wikipédia sont parfaitement fondées, notamment celles contre l’écriture décousue de certains articles, il n’en reste pas moins qu’on ne peut attendre qu’un même document propose une documentation nécessaire aux spécialistes tout en cachant certaines choses que le grand public devrait ignorer.  Peut-être le mieux est de supposer que le public est adulte et a un minimum de bon sens ou d’esprit critique, et comprend par exemple qu’on ne s’improvise pas médecin parce qu’on a lu une description de maladie dans une encyclopédie, même la meilleure et la plus exacte.

par David Monniaux
Categories: Wikipédia
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