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Des scientifiques très favorables à Wikipédia

Wikipédia est souvent présenté comme un projet d’amateurs peu enclins à travailler avec des experts. Pourtant, il y a quelques jours nous vous avons fait part des premiers résultats de l’enquête qui tendent à montrer que les contributeurs à Wikipédia sont eux-même des experts.

Il y a quelques années, le projet Citizendium fut lancé par le co-fondateur de Wikipédia, Larry Sanger, afin de revaloriser la place des experts dans la rédaction collaborative d’une encyclopédie. Il écrit, à propos de Wikipédia, dans un des essais fondateurs de Citizendium :

Cette communauté dysfonctionnelle est extrêmement peu engageante pour certains des contributeurs ayant le plus de valeur potentielle, à savoir les académiques.

Ces avis subjectifs retranscris dans des essais se trouvent pourtant confrontés coup sur coup à deux études traitant des relations entre les scientifiques et Wikipédia. La première étude est un sondage lancé par Wikimedia Foundation dans le but de savoir si la communauté scientifique serait favorable à des actions d’incitation à participer à Wikipédia. La seconde est une étude (conduite par l’institut de recherche STATS, l’université George Mason et the Society of Toxicology (SOT)) sur le sentiment d’experts en chimie vis à vis des médias en général.

Dans les deux cas, le sentiment des scientifiques vis à vis de Wikipédia semble être bien loin de la défiance si souvent évoquée par ses détracteurs. Dans la première étude, 91% des scientifiques sondés sont favorables à Wikipédia. Dans la seconde, 45% des experts jugent que Wikipédia présente bien leur domaine, alors que ce pourcentage tombe à 15% pour les médias généralistes.

Voici la traduction du communiqué de la Wikimedia Foundation retranscrivant quelques résultats du premier sondage ainsi que la traduction d’un billet d’Andrew Lih évoquant tout l’intérêt de la seconde étude.

La communauté académique donne ses impressions sur Wikipédia

Erik Möller, Directeur Adjoint de la Wikimedia Foundation

En février, la Wikimeda Foundation lança un sondage avec le support de la Public Library of Science (PLoS, « bibliothèque publique de la science » en francais, NdT) afin d’explorer les dispositions et les croyances de la’ communauté scientifique « libre accès » (Open access en anglais, NdT), à l’égard de Wikipédia. Le mouvement de libre accès promeut la libre dissémination de la connaissance scientifique. PLoS et d’autres journaux scientifiques en libre accès, publient des articles scientifiques sous des licences Creative Commons permissives qui autorisent quiconque à télécharger et à réutiliser leur contenu. L’article de Wikipédia sur le « libre accès », qui pourrait lui-même être amélioré, rentre plus dans les détails.

Chez Wikimédia, nous pensons depuis un moment à des manières de travailler directement avec les scientifiques et les journaux en libre accès. Bien que des scientifiques contribuent déjà à Wikipédia dune manière auto-organisée (un exemple étant le Gene Wiki effort), nous n’avons jamais mené un effort systématique de grande ampleur pour les inviter à participer. Notre sondage exploratoire indique qu’une telle invitation serait accueillie à bras ouverts.

Disposition des scientifiques en faveur du libre accès vis à vis de Wikipédia, en février 2009

Disposition des scientifiques en faveur du libre accès vis à vis de Wikipédia, en février 2009

Le sondage a été publié sur le site web, le blog, le bulletin et le flux twitter de PLoS, et le lien vers le sondage fut également plus largement transmis, notamment dans le bulletin sur le libre accès de Peter Suber. 1 743 intervenants volontaires ont participé au sondage. Parmi eux, 223 s’identifient comme des auteurs dans les revues de PLoS. Ce sous-ensemble d’auteurs ne diffère pas particulièrement des réponses générales. D’une manière générale, les participants expriment une opinion très favorable (58,98%) et plutôt favorable (32,19%) à propos de Wikipédia, et 87,73% indiquent qu’ils utilisent Wikipédia fréquemment ou occasionnellement lors de leur activité professionnelle.

71,03% des participants soutiennent l’idée d’avoir des hyperliens depuis des publications en libre accès vers Wikipédia, et 91,51% soutiennent les liens de Wikipédia vers des publications en libre accès. 67,93% des participants indiquent soutenir un effort général pour inviter les scientifiques à devenir des contributeurs à Wikipédia, et 24,73% indiquent soutenir des expériences limitées. 81,82% ont répondu qu’ils participeraient à un tel effort pour améliorer Wikipédia, avec approximativement la moitié des participants indiquant qu’ils le feraient uniquement à titre professionnel.

Bien que le sondage ne soit aucunement scientifique (en dépit du sujet étudié, il n’était pas prévu de l’être), il indique que les efforts pour encourager plus de scientifiques à contribuer à Wikipédia seraient accueillis avec enthousiasme et soutien, particulièrement dans la communauté académique du libre accès. Nous avons eu quelques conversations initiales spécifiquement avec la Public Library of Science, et nous attendons avec impatience de les continuer, en gardant spécifiquement un œil sur des approches évolutives de collaborations futures.

Plus d’information :

Billet « Scholarly community gives feedback regarding Wikipedia » par Erik Moeller publié le 27 avril 2009 sur le blog de la Wikimedia Foundation. Texte sous licence CC-BY-SA 3.0 traduit de l’anglais par Johann Dréo.

Wikipédia l’emporte sur les médias papier ?

Andrew Lih, journaliste et spécialiste de Wikipédia

« Les scientifiques ont plus foi en Wikipédia qu’en les médias nationaux imprimés »

C’est l’une des conclusions d’un récent sondage d’environ 1 000 toxicologues quand ils furent interrogés sur la manière dont les médias d’information couvraient leur spécialité : la présentation au public des risques chimiques. (Le sondage fut conduit par l’institut STATS, le Center for Health and Risk Communication à l’université George Mason, et la société de toxicologie).

Étant donné la fréquente plainte sur le fait que Wikipédia dédaigne les « experts », et que l’information est produite par les gens « de la rue », les résultats sont fascinants quand on regarde les chiffres pour d’autres médias d’information professionnels et « traditionnels ». Le résumé du rapport indique :

WebMD et Wikipédia sont vus comme significativement plus exacts dans leur manière de présenter les risques chimiques qu’aucune autre source médiatique.

  • 56% affirment que WebMD présente correctement (accurately portray, NdT) les risques chimiques.
  • 45 % affirment que Wikipédia présente correctement les risques chimiques.
  • Par contre, pas plus de 15 % n’affirment que les principaux journaux nationaux, magazines d’information et réseaux de télévisions présentent correctement les risques chimiques.
  • Plus de 80% affirment que les principaux journaux nationaux, magazines d’information et réseaux de télévisions surestiment les risques chimiques.

[…]

… seuls 15 % décrivent la couverture semblable dans les médias nationaux imprimés (c’est à dire le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal) comme correcte. Cette tendance perd 6 % pour USA Today et 5 % pour les réseaux d’informations généraux.

À la conférence de presse, au club de presse national [américain], pour la sortie des résultats préliminaires de l’étude, le Dr. S. Robert Lichter, qui a dirigé le sondage, décrivit la conclusion sur Wikipédia comme une accusation envers les médias traditionnels — « il est troublant que l’homme de la rue puisse apparemment faire un meilleur travail que les médias ».

Avis dexperts sur la présentation des risques chimiques par les médias, étude STATS, mai 2009. La figure de gauche présente les médias selon leur score sur une échelle allant de 1 (risque très sous-estimé) à 5 (risque très sur-estimé). Les organismes indiqués en gris italique ne sont pas des médias mais ceux dont les scores sont les plus extrêmes. La figure de droite présente la répartition des réponses des experts dans le cas de Wikipédia.

Avis d'experts sur la présentation des risques chimiques par les médias, étude STATS, mai 2009. La figure de gauche présente les médias selon leur score sur une échelle allant de 1 (risque très sous-estimé) à 5 (risque très sur-estimé). Les organismes indiqués en gris italique ne sont pas des médias mais ceux dont les scores sont les plus extrêmes. La figure de droite présente la répartition des réponses des experts dans le cas de Wikipédia.

Je suis en désaccord avec le fait que Wikipédia est simplement le produit de n’importe quelle personne « de la rue », mais c’est un réel tournant dans ce que nous considérons comme faisant autorité et comment une information fiable peut être produite.

Même le meilleur score, WebMD, n’emporte l’approbation que d’une moitié des toxicologues interrogés, ce qui est déjà suffisamment surprenant en soi. Mon commentaire (note : non payé, non rémunéré) tel qu’il apparait dans le rapport :

« Cela me rappelle l’étude de Nature [lien] qui fût menée en décembre 2005, où ils constatèrent qu’en moyenne, Britannica avait 3 erreurs par article, et Wikipédia avait 4 erreurs » affirme Lih par email, « c’est surprenant car Wikipédia a fait bien mieux que prévu, étant donné son processus de travail inconnu et Britannica a fait bien pire. Les gens présumaient un certain niveau d’exactitude du fait de la réputation de Britannica, et elle fut abattu de ce piédestal. Pour moi les résultats de WebMD et de Wikipédia sont ici similaires — ils sont bien plus proches que ce qu’on aurait attendu. Wikipédia faisant mieux, WebMD moins bien. »

Mais peut-être que la partie la plus intéressante n’est pas WebMD, mais que les quotidiens professionnels déçoivent autant les experts. Cela semble renforcer le vieil adage : « Les journalistes font un assez bon travail pour couvrir les choses, excepté sur les sujets où vous vous y connaissez ».

Le commentaire d’Alissa Quart, contributrice au Columbia Journalism Review, est perspicace à propos des raisons pour lesquelles l’approche des médias traditionnels (communiquant sur la science tel un conteur pour les masses) est peut-être systématiquement défectueuse :

« Les journalistes tombent dans la scénarisation, parce que c’est ainsi que nous écrivons. Il y a trois narrations, que nous utilisons, qui peuvent nous rendre formidables mais aussi nous attirer des ennuis — une narration pour plaire à nos rédacteurs en chef, une pour plaire à nos lecteurs, et une qui se penche sur nos sources, car nous nous identifions à elles. Les contributeurs à WebMD et à Wikipédia sont déconnectés de la plupart de ces narrations — peut-être qu’ils essayent de plaire à certains lecteurs, mais ils ne sont pas “le lecteur”. Leur modèle de savoir ne demande pas d’histoires, ou de sentiment, ou de personnage. »

C’est une très bonne observation qui s’emboîte bien avec mes vues sur le rôle des relations publiques et la dangereuse narration des médias conduisant les reportages scientifiques. Quart et moi sommes arrivés à la même conclusion :

En résumé, l’argumentation l’emporte sur l’esthétique. Lih, un ingénieur de formation, est d’accord. Le conflit des narrations « informe également sur les motivations, en ce que la presse traditionnelle sera conduite par les rapports, les relations publiques les encouragent, ainsi que le marché et le désir des rédacteurs en chef (d’une manière hiérarchique) pour demander aux reporters de trouver une histoire au sein des dernières recherches, même si dans le plus large contexte du domaine, cela ne justifie pas tant d’attention. En ce sens, les motivations de Wikipédia sont différentes, en ce que la « foule » aide à modérer et même atténue le type de « nouveautisme » qui est si omniprésent dans la couverture des informations. »

Le résumé complet peut être trouvé sur le site Stats.org, ou vous pouvez consulter le PDF complet.

Billet « Wikipedia trumps print media » publié par Andrew Lih le 22 mai 2009 sur son blog personnel. Traduit de l’anglais par Johann Dréo.

  1. David Monniaux
    03/06/2009 à 10:36 | #1

    La remarque sur la scénarisation est importante. Un journaliste aime raconter une histoire humaine (voir aussi _Storytelling_ de Christian Salmon). Un scientifique raconte des faits, des concepts, des raisonnements, mais est au final très “chiant” pour une partie du public.

    Un des problèmes de la scénarisation est que parfois elle s’inspire de clichés fictionnels. Il semble difficile aux médias de traiter de sujets d’informatique sans recourir au cliché du geek boutonneux à cheveux longs, ou du “petit génie”, par exemple.

    Entre ça et l’idée que la Science, c’est faire des calculs comme un singe savant, le discours véhiculé est dans l’ensemble négatif.

    Il n’est peut-être pas indifférent que le journalisme est un débouché des études littéraires, et que dans le système français les mathématiques ont longtemps été un instrument de sélection. Autrement dit, les articles sont rédigés par des gens qui en partie ont été traumatisés par les disciplines scientifiques.

    Ce biais de sélection explique aussi que des erreurs non pardonnables au lycée soient commises dans les articles sur les problèmes scientifiques (confusion puissance/énergie etc.).

  2. Guérin Nicolas
    04/06/2009 à 21:55 | #2

    J’ai interrogé plusieurs collègues scientifiques à propos de Wikipédia : ils recommandent en effet à leurs étudiants la Wikipédia … en anglais! Par contre, pour la version francophone, ils sont beaucoup plus sceptiques concernant le contenu des articles scientifiques. Je rappelle donc que l’étude citée ci-dessus concerne les impressions de la communauté scientifique concernant la version anglophone, et non francophone. En conséquence, elle n’est pas vraiment valide concernant la version francophone. Il reste donc du travail, ce qui est encourageant c’est que si le projet anglophone à la confiance des académiques, le projet francophone aura surement cette confiance dans quelques temps, mais cela ne semble pas être encore le cas malheureusement. Donc j’encourage les gens à faire un gros effort sur les articles scientifiques, ou de traduction anglais vers français

  3. David Monniaux
    05/06/2009 à 10:22 | #3

    Idem pour mes collègues et moi, dans l’ensemble la Wikipédia en anglais est mieux que celle en français sur les sujets scientifiques. Peut-être est-ce parce que la langue internationale de la science est l’anglais, donc les scientifiques contribuent préferentiellement en anglais.

  4. Nemi Kazi
    12/06/2009 à 17:43 | #4

    Oui heureusement que la wikipédia anglophone est meilleure, nous sommes bien plus nombreux à la consulter et à y contribuer que la francophone ; c’est la preuve que la coopération fonctionne, puisque plus nous sommes et meilleur est le résultat !

  1. 26/08/2009 à 00:20 | #1
  2. 26/08/2009 à 00:20 | #2
  3. 03/02/2011 à 09:32 | #3