Archive

Archives pour 01/2013
un commentaire 29/01/2013

Hommage à Françoise Garandeau

C’est avec une grande peine que nous venons d’apprendre que Françoise, membre du conseil d’administration de Wikimédia France depuis décembre 2012, vient de nous quitter. À l’âge de 67 ans, elle vient de livrer son dernier combat contre la maladie.

Françoise (au centre) à la dernière assemblée générale de Wikimédia France (Thesupermat, CC BY-SA 3.0)

Françoise était contributrice à Wikipédia et Wikimedia Commons depuis 2005. L’âge de la retraite venu, il lui semblait en effet que le projet était un outil formidable pour partager ses connaissances et son goût de la nature, avec le plus grand nombre. Elle qui cultivait avec amour ses rosiers dans son jardin de Cherves-Richemont en Charente, elle y a trouvé son pseudonyme et son premier domaine de contribution. C’est pourtant sur le tard qu’elle s’est mise à l’informatique, elle qui, pendant sa carrière de médecin du travail, n’avait guère eu l’occasion de se confronter aux ordinateurs. Elle s’y est mise avec passion, avec l’aide de ses enfants et de wikipédiens. Elle est rapidement devenue une de ces personnes que l’on croise avec plaisir dans les discussions entre membres. Sans jamais se départir de sa bonne humeur, elle a, à plusieurs reprises entre 2007 et 2009, endossé la difficile tâche d’arbitre pour trancher les cas de désaccords les plus ardus qui surgissent dans la communauté des rédacteurs de l’encyclopédie.

Elle avait aussi plaisir à partager son amour pour sa chère Charente. Depuis quelques années, elle s’était prise au jeu de la photographie et parcourait son département à la recherche des nombreux monuments historiques. Sa disponibilité et sa gentillesse naturelle lui ont ouvert bien des portes et elle était fière d’annoncer que le département était le premier dont tous les 453 monuments historiques avaient été photographiés et mis librement à disposition des internautes sur Wikimedia Commons. Elle prenait d’ailleurs plaisir à participer aux rencontres des wikipédiens de l’Ouest, nous ouvrant à l’occasion les portes de sa maison pour nous accueillir. Elle faisait figure de doyenne du groupe, mais c’est elle qui nous entraînait avec sa joie de vivre et son dynamisme à travers les rues de Cognac, mais aussi de Nantes, Rennes ou Angers.

Françoise était aussi une femme de convictions, engagée dans la vie politique de sa commune et de la Communauté de communes de Cognac. Militante d’Europe Écologie – Les Verts, elle avait permis à une quinzaine de membres de Wikimédia France d’aller rencontrer le député européen Yannick Jadot à Bruxelles. Ce fut l’occasion d’une rencontre riche où nous avons pu mieux connaître le Parlement européen et son rôle.

Membre de l’association Wikimédia France depuis 2009, elle venait d’être élue au Conseil d’administration en décembre 2012. Son dernier grand projet aura été de favoriser la découverte de l’encyclopédie par les seniors. Un projet que la maladie l’a empêchée de mener à bien. Et c’est discrètement qu’elle nous a annoncé au début de l’année qu’elle avait besoin de passer quelques jours à l’hôpital. Elle comptait bien reprendre son rôle dès qu’elle irait mieux.

Son sourire restera longtemps présent pour ceux qui ont eu la chance de la connaître. Son dynamisme doit continuer à nous accompagner pour nos actions futures.

Wikimedia France présente ses sincères condoléances à Sarah, Yann et Pierre, ses trois enfants dont elle nous parlait souvent avec joie, et à tous ses proches.

Nacré de la ronce (Brenthis daphne)(Rosier, CC BY-SA 3.0)

par Conseil d'Administration
Categories: Projets Wikimedia
9 commentaires 23/01/2013

Numérisation de fonds anciens de la BnF avec exclusivité temporaire pour le prestataire privé

(Coyau / Wikimedia Commons / CC-BY-SA)

Il y a quelques jours, le ministère de la Culture annonçait la signature de deux partenariats public / privé entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et des prestataires de numérisation. Ces deux partenariats ont pour objectif d’assurer la numérisation de fonds de livres anciens, de presse, de littérature et d’un fonds sonore de la Bibliothèque nationale de France, tous ces documents appartenant au domaine public.

Cette annonce a soulevé de vives polémiques dans le monde professionnel des bibliothèques et chez les organismes défenseurs des « biens communs ». Une lettre a été diffusée pour dénoncer cet accord BnF/partenaire privé et les clauses de cet accord. Sollicitée par des partenaires, Wikimédia France a finalement décidé de signer cette lettre.

Cette décision a fait l’objet de longues discussions car nous n’avons pas l’habitude de réagir à chaque annonce dans ce domaine. Wikimédia France cherche à libérer la connaissance par des actions concrètes, par des partenariats, par la formation ; et ne constitue pas une force politique ou de lobbying. Nous souhaitons donc éclaircir notre position par ce billet de blog, et réaffirmer la mission que nous nous sommes donnée : défendre la libre circulation du savoir, de manière raisonnée et efficace.

Qu’est ce que la numérisation de documents du domaine public ?

La numérisation consiste à scanner des documents, à y joindre une description (métadonnées) et à les mettre à disposition sur un site Internet, de manière pérenne. Pour des raisons de droit, elle concerne souvent les documents du domaine public et présente un double intérêt : d’un point de vue de la conservation des dits documents et de celui de leur diffusion et réutilisation. En effet, ces documents vieux de plusieurs siècles sont souvent extrêmement fragiles, rares et précieux. Consulter une copie numérique permet de ne pas avoir à manipuler physiquement ces documents et de les protéger. Cela permet aussi de réutiliser plus facilement leur contenu voire même de l’augmenter, par exemple avec l’ajout de paratextes, d’annotations et de permettre au lecteur de zoomer.

Les termes du partenariat BnF/prestataire privé

Les budgets des organisations culturelles ont tendance à diminuer et les financements publics sont extrêmement difficiles à trouver, notamment lorsqu’il s’agit de fonds anciens, difficiles à mettre sous les feux de l’actualité. Avec cet accord public / privé, la BnF a choisi de se tourner vers des sources de financement et prestataires externes.
Ce partenariat aura pour résultat la mise à disposition payante des œuvres dans un format numérique. La consultation de ces documents sera gratuite depuis les espaces de la BnF, à Paris. La diffusion et l’exploitation en ligne des copies numériques fait en effet l’objet d’une clause d’exclusivité en faveur des partenaires chargés de la numérisation, afin que ceux-ci puissent les mettre à disposition sur Internet. L’accès sera alors payant.

Cette clause d’exclusivité est prévue pour une durée variable selon les fonds, de 7 à 10 ans en moyenne. Les œuvres numérisées étant dans le domaine public, elles rejoindront progressivement Gallica et seront toutes disponibles passés ces 10 ans. Cette manière de faire correspond notamment aux recommandations de l’Association of Research Libraries.

L’exclusivité concerne le scan proprement dit. Elle n’a bien sûr pas d’influence sur l’accès au document original ni à tous les usages qui peuvent être faits des textes eux-mêmes. Ces documents étant issus du commerce (il ne s’agit pas d’œuvres uniques comme dans les musées ni de documents officiels comme dans les archives), il est fréquent qu’une autre bibliothèque possède un exemplaire des éditions concernées, qui peuvent être numérisés au besoin (au risque de faire doublon à terme).

De tels partenariats sont menés par ProQuest depuis plusieurs années dans les bibliothèques nationales de plusieurs pays européens. La base de données ainsi constituée, appelée EEBO (Early European Books Online), a fait l’objet de l’achat (dans sa première mouture) d’une des premières « licences nationales » par l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES), ce qui signifie que tous les établissements publics français du supérieur y ont accès de manière égale et localement gratuite (financement national). Cette licence, récemment signée, n’a pas fait l’objet de contestations particulières en France.

Pourquoi une telle levée de boucliers ?

L’annonce par le ministère de la Culture de la signature des clauses de cet accord entre la BnF et des prestataires de numérisation ont soulevé de vives polémiques au sein d’associations et de collectifs œuvrant pour la diffusion libre de la culture, ainsi que dans des associations professionnelles liées au monde des bibliothèques.

Les associations et partis politiques signataires soulignent le danger de cette clause d’exclusivité, qui “enclot” les œuvres, pourtant dans le domaine public, dans une exploitation exclusive pendant de nombreuses années avant qu’elles ne puissent être réellement librement diffusables. Plusieurs associations liées au milieu du « libre » ont co-signé une lettre dénonçant l’action menée par la BnF, parlant de « privatisation du domaine public ». Le caractère exemplaire d’une institution nationale telle que la BnF a certainement donné à l’action une valeur symbolique supérieure à sa signification véritable.

Comment Wikimédia France se positionne par rapport à tout cela ?

Après de longs débats internes, il a été décidé de co-signer cette lettre bien que sa forme, et notamment son ton, n’ait pas fait l’unanimité au sein de Wikimédia France.

Sur le plan des principes, Wikimédia France adhère aux protestations qui ont pu s’élever, dans la lignée de l’Association des bibliothécaires de France ou de l’IABD. Ces livres appartiennent au patrimoine culturel commun. Il est temps que leur usage ne soit plus réservé à quelques chercheurs et érudits mais que la numérisation soit l’occasion de permettre leur accès à tous − depuis n’importe quel point du territoire français ou de l’étranger − accompagné d’une médiation efficace qui les rende compréhensibles et les remette en contexte.

Nous nous étonnons également du modèle économique choisi. Non à l’échelle de la BnF : cette dernière est appelée à obtenir des fonds propres ; c’est donc ce qu’elle fait. Mais l’État, lui, devrait être conscient que les principaux acheteurs d’une telle base de données seront les universités, dont les budgets d’acquisition de ressources documentaires sont déjà largement grevés par l’achat des revues scientifiques dont le coût augmente sans cesse. Au final, à petite échelle, cette solution ne consiste pas tant à créer de la richesse qu’à en transférer des universités à la BnF − toutes étant des institutions publiques dont les ressources reposent essentiellement sur l’impôt. Wikimédia France n’est pas opposée à une exploitation commerciale : nous avons toujours souligné au contraire l’extraordinaire levier de richesse que constitue le domaine public.

Nous contestons plutôt l’exclusivité offerte à ProQuest – au détriment d’un libre accès à ses œuvres ou de la recherche d’autres partenaires qui auraient été capables d’offrir un service plus ouvert. Nous regrettons également que la politique culturelle ne comptabilise que les coûts et recettes directs, en faisant fi des retombées indirectes que permet la mise en ligne immédiate (ne serait-ce que les économies faites par les étudiants et chercheurs qui n’ont plus à se rendre à Paris exprès). En oubliant aussi l’importance pour les institutions nationales françaises de diffuser notre culture dans un Internet qui risque de devenir exclusivement de culture anglo-saxonne. Ce type de partenariat ne peut servir le rayonnement des collections de la BnF parce qu’il freine la diffusion des collections, alors même que de plus en plus de grandes institutions internationales, notamment américaines, misent sur l’ouverture totale pour attirer vers leurs richesses de plus en plus d’utilisateurs et de réutilisateurs.

Pourtant, Wikimédia France a toujours cherché à accompagner les institutions dans la libération de leurs ressources et à proposer des solutions raisonnées, crédibles et viables économiquement. Dans une période de moindre financement, nous pouvons entendre qu’il vaut mieux mettre à disposition les scans de ces ouvrages dans dix ans que ne pas les numériser du tout.

Nous accueillerions donc avec joie un effort de transparence de la part de la BnF afin que soient présentées les pistes suivies afin de démontrer que le partenariat public/privé a été choisi en dernière instance car seule solution réellement implémentable.

Nous pensons également que le partenariat peut être amendé. En particulier, si nous nous réjouissons que les scans soient disponibles dans les murs de la BnF (où se trouvent déjà l’exemplaire originel), il nous semble important que des points d’accès existent dans les autres régions afin de promouvoir le principe d’égalité d’accès des citoyens aux services publics et à la connaissance. Or, la BnF travaille avec un réseau de bibliothèques, qui doivent donner accès au dépôt légal du web : y proposer les scans nous semble un projet raisonnable qui concilie les besoins des lecteurs et les contingences du prestataire.


Note : En raison du devoir de réserve auquel il est soumis, Rémi Mathis, président de Wikimédia France mais également conservateur en poste à la BnF, ne s’associe à aucun des propos de Wikimédia France en ce qui concerne cet accord de la BnF pour la numérisation de ses fonds anciens. Il n’a pas participé aux votes du Conseil d’Administration sur ce sujet.

un commentaire 18/01/2013

Wikivoyage rejoint les projets Wikimedia

La Wikimedia Foundation hébergeait jusqu’à présent une encyclopédie libre, Wikipédia, une banque iconographique, Wikimedia Commons, ainsi qu’une multitude d’autres projets visant tous à mettre à disposition des internautes des savoirs et données fiables, collectés et structurés bénévolement.

Aujourd’hui le projet Wikivoyage les rejoint, apportant avec lui un nouveau type de compilation d’informations : celles destinées aux voyageurs. En effet, Wikivoyage regroupe et structure des informations typiquement nécessaires au voyage, qui étaient jusqu’ici disséminées sur les autres projets Wikimédia ou qui simplement n’y trouvaient pas leur place, tels que conseils pour les visites culturelles, modes de transport, législations, etc.

Wikivoyage existait depuis 2006 et son aîné Wikitravel depuis 2003. Le changement récent est la décision de ces deux communautés de rejoindre les projets Wikimédia avec leur contenu. C’est donc un projet déjà bien établi qui arrive au sein de la galaxie Wikimédia.

Wikivoyage : aider les voyageurs

De même que Wikipédia est une encyclopédie et non une plate-forme d’hébergement de blogs ou d’essais personnels, Wikivoyage répond lui aussi à des missions précises. Le principal objectif est de « créer un guide de voyage libre, complet, à jour, et fiable », ce qui implique de respecter différents impératifs. Wikivoyage a pour but d’épauler les voyageurs, en amont de leur périple et pendant celui-ci. Il est conçu pour permettre d’imprimer des articles individuels, comme une liste de musées ou de bars karaoké qu’on peut emporter avec soi en cas de besoin ; fournir des guides de voyage ad hoc, de petits formats dédiés à un itinéraire particulier ; être intégré à d’autres ouvrages, en offrant des informations à jour aux éditeurs de guides de voyage. Il y a probablement des centaines d’autres utilisations possibles des articles de Wikivoyage. Nous essayons de garder principalement celles-ci à l’esprit lorsque nous réalisons et modifions des articles.

Par contre, tout comme Wikipédia a pour objectif de rester neutre, Wikivoyage n’est pas une anthologie des récits de voyage, ni une collection de journaux personnels ou de photos souvenirs de voyage ni même une brochure publicitaire. Le moteur de wiki MediaWiki utilisé pour Wikivoyage — comme pour les autres projets Wikimédia — permet, en outre, d’inclure des informations absentes des publications traditionnelles, ce qui en fait un guide plus complet, et non un simple supplément des guides existants.

Génèse d’un projet libre : de la scission d’avec Wikitravel à la planète Wikimédia

S’il rejoint maintenant les projets Wikimédia, Wikivoyage n’est pas un nouveau projet à proprement parler. Il a été créé en 2006 sous forme d’un « fork » de Wikitravel, c’est-à-dire issu d’une scission avec la communauté initiale.

Apparu en 2003, soit à peine deux ans après Wikipédia, Wikitravel parvient rapidement à fédérer une importante communauté de contributeurs bénévoles. Cette évolution encourageante est interrompue par un véritable accident de parcours : en 2006, les fondateurs du site décident de le vendre à une société commerciale, Internet Brands. Désireuse de rentabiliser son investissement, celle-ci introduit des publicités.

Non consultée, la communauté se révolte. Des contributeurs germanophones décident de créer un projet alternatif, Wikivoyage. Le développement de Wikitravel paraît assez durablement entravé et la version en italien fait à son tour sécession en 2007. Enfin, en 2012, les divergences entre Internet Brands et la communauté anglophone de Wikitravel atteignent un point de non-retour. Celle-ci cherche à migrer à son tour. Elle approche alors la Wikimedia Foundation pour lui demander un hébergement. Suite à un vote soumis aux communautés des projets Wikimédia, de Wikitravel et de Wikivoyage, le projet Wikivoyage a commencé depuis octobre dernier à migrer.

L’intégration à la galaxie Wikimédia permet de sécuriser l’hébergement du site, sans qu’il ne dépende d’un investisseur financier. La disparition des publicités devrait permettre de renforcer la qualité du site.

Des contenus librement réutilisables, encore et toujours

Wikivoyage est donc un projet de guide touristique mondial, mettant à la disposition de chacun, tout comme Wikipédia, des contenus collaboratifs sous une licence libre CC-BY-SA. Cela signifie que toutes les personnes ayant accès à ces contenus peuvent librement les réutiliser, même à des fins commerciales. Les seules conditions strictes sont de citer leur(s) auteur(s), et non Wikivoyage, qui n’est qu’une plate-forme de mise à disposition, et de les distribuer sous la même licence libre.


Auteurs de ce billet de blog : Alexander Doria, Ash Crow, Aude, Rémi B, Seb35, Wikinade
Logo : “Wikivoyage-logo-en-TTO-attemp” par Flanker et Yiyi sur Wikimedia Commons. Cette image est un des logos officiels utilisés par la Wikimedia Foundation ou un de ses projets. L’utilisation des logos et marques Wikimedia est soumis à la politique sur les marques Wikimedia ainsi qu’aux guides de style relatif à son identité visuelle et peut requérir une autorisation.

par Seb35
Categories: Projets Wikimedia