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3 commentaires 20/12/2012

Un premier bilan d’Afripédia

Le projet Afripédia a été initié à la fin de l’année 2011 entre Wikimédia France, l’Agence universitaire de la francophonie et l’Institut Français, avec le soutien et l’appui technologique de Kiwix.

Logo Afripédia

Logo Afripédia

Signé officiellement en juin 2012, il a pris une réalité concrète au début du mois de novembre 2012 lorsque le premier déploiement a été effectué à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

En quoi consiste le projet ?

Afripédia est un projet qui a pour ambition de permettre une consultation hors-ligne massive de Wikipédia, et également une formation à la contribution, dans les universités et écoles d’Afrique francophone.

Nous sommes partis du constat que les universités africaines commençaient à être bien équipées en matériel informatique mais que la connexion internet était trop souvent de mauvaise qualité, trop faible ou trop irrégulière pour permettre une consultation fréquente et naturelle de Wikipédia : débit insuffisant, coûts élevés, absence de connexion à domicile pour la majorité de la population, ces facteurs font que les étudiants et les enseignants n’ont pas la possibilité de consulter Wikipédia autant qu’ils le souhaiteraient.
Pour autant, internet est tout de même présent (même si de qualité médiocre) dans une grande part des universités notamment par le biais des campus numériques francophones de l’Agence universitaire de la Francophonie, et il nous semblait important de coupler la diffusion de Wikipédia à des formations d’apprentissage à la contribution, afin que les étudiants et enseignants puissent, lorsqu’ils en ont la possibilité, contribuer à Wikipédia et notamment enrichir les contenus concernant l’Afrique, notoirement sous-représentée sur Wikipédia (à peine 2% des contributeurs contribuent depuis l’Afrique, et pour une grande part ils viennent du Maghreb). Ainsi, lorsqu’un accès plus facile à un internet de meilleure qualité deviendra chose courante, il y aura déjà des contributeurs à Wikipédia sur ces territoires.

Dispositif de diffusion hors-ligne Afripédia

Dispositif de diffusion hors-ligne Afripédia - Photo Marie-Lan Nguyen - CC-BY-SA 2.5

Avec l’aide de Kiwix, qui depuis plusieurs années propose une consultation hors-ligne de Wikipédia, nous avons donc mis en place un projet de déploiement de plugs computers diffusant Wikipédia par des réseaux wifi hors-ligne. Ce dispositif, installé dans les universités d’Afrique de l’Ouest et Afrique centrale, permet aux personnes fréquentant l’université de se connecter facilement sur le réseau et de consulter Wikipédia à leur guise, sans avoir besoin de connexion ni d’occuper un poste informatique fixe.

Le projet est décrit plus longuement sur Wikipédia : projet Afripédia.

Concrètement ça se passe comment ?

Nous avons sélectionné avec l’aide de l’AUF une quinzaine de personnes venant des campus numériques francophones de 12 pays d’Afrique francophone : Sénégal, Bénin, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Tchad, Centrafrique, Mauritanie, Niger, Togo, Mali et Burundi. Du 5 au 9 novembre 2012, une formation a eu lieu au campus numérique francophone d’Abidjan (Côte d’Ivoire), situé au sein de l’université Félix Houphouët-Boigny à Cocody. Le schéma choisi est celui de la « formation de formateurs », afin de favoriser l’essaimage et la diffusion du projet.

Pendant 5 jours nous avons à la fois formé à l’utilisation et au déploiement des solutions de consultation hors-ligne de Wikipédia, mais également pris le temps d’apprendre à contribuer sur Wikipédia, expliqué les licences libres, présenté les différents projets Wikimédia etc. La semaine de formation s’est terminée par une conférence grand public ouverte aux étudiants (une centaine de personnes présentes) et un atelier de contribution pour ces étudiants, animé par les personnes formées dans la semaine.

Salle informatique CNF Abidjan

Formation au CNF d'Abidjan, novembre 2012 - Photo Kongraoul - CC-BY-SA 3.0

Cette semaine de formation a été extrêmement riche de rencontres humaines, mais aussi d’enseignements de chacun à propos de Wikipédia, de la situation des différentes universités en Afrique francophone, et plus généralement sur la contribution africaine à la mise en ligne de contenus à destination de tous sur Wikipédia ou ailleurs.

Ces quelques jours de formation commune nous ont permis également de faire remonter des pratiques ou des besoins qui n’avaient pas forcément été identifiés auparavant, parmi lesquels l’importance d’ajouter un export hors-ligne de Wikisource à la prochaine mise à jour des contenus (très utile pour l’accès aux textes classiques pour l’enseignement de la littérature francophone à l’université), mais également l’intérêt d’une installation de Wikipédia hors-ligne directement sur les serveurs des universités afin que la consultation puisse également se faire par intranet pour les personnes ne disposant pas de port wifi sur leurs ordinateurs.

Un accent particulier a été mis sur le suivi du projet, la remontée de statistiques de consultation et de contribution, mais également sur l’investissement personnel de chaque formateur formé, qui doit apprendre lui-même à bien maîtriser Wikipédia et les projets Wikimédia pour pouvoir efficacement relayer ces savoir-faire localement. Les objectifs ont été définis en commun à la fin de la formation et font l’objet d’un suivi régulier.

Un mois après, où en est-on ?

Volontairement ce compte-rendu arrive quelques semaines après la formation à Abidjan, pour pouvoir prendre un peu de recul sur le projet, une fois l’enthousiasme du moment passé.

La situation est différente selon les pays : au Burundi et à Abidjan notamment, des grèves à l’université ont fortement ralenti le déploiement du projet durant le mois de novembre. Ailleurs, installation et formation battent leur plein. Dans d’autres pays encore, pour des questions de contraintes d’emploi du temps, le projet ne démarrera réellement qu’en janvier.

Formation Afripédia à l'université de Ndjamena

Formation Afripédia à l'université de Ndjamena - Photo Francis Beninga Deouro - CC-BY-SA

Par exemple au Tchad, Wikipédia hors-ligne est accessible depuis mi-novembre au Campus numérique francophone de Ndjamena et des formations à l’utilisation de Wikipédia ont été organisées par Francis Beninga Deouro, responsable technique du CNF de Ndjamena.

De même au Mali, Michel Namar, responsable du CNF de Bamako, mène une action intensive sur le projet : déployé sur serveur à l’université de Bamako ainsi qu’à l’école normale supérieure, Wikipédia est également accessible par wifi grâce au plug computer. Des déploiements sont en cours d’organisation à Ségou (centre du Mali).

Michel a également mis en place des ateliers de contribution à Wikipédia tous les vendredis matin au Campus de Bamako.

Au Sénégal, Stéfano Amekoudi est très présent pour faire la promotion et l’information sur le projet, notamment lors du forum Carrefour des Possibles à Dakar à la fin de novembre 2012.

Benjamin Sia, responsable des formations du CNF de Ouagadougou au Burkina Faso, a installé le dispositif et créé des affiches dans les deux universités de la ville pour informer les étudiants de cette nouvelle possibilité de consulter Wikipédia. Des formations à la contribution sont prévues pour janvier.

En Mauritanie, le dispositif est installé sur serveur et au centre de ressources informatiques de l’université de Nouakchott grâce au travail d’Abdoul Kane.

Les premières statistiques de consultation de Wikipédia via les plugs hors-ligne sont attendues pour mi-février.

Chaque « formateur-formé » présent à Abidjan début novembre a également comme tâche non seulement de devenir un contributeur régulier, mais aussi de développer la contribution au sein de son université. Nous suivons donc la progression des contributions depuis un mois et le résultat est extrêmement encourageant :

  • en quittant Abidjan il y avait 15 contributeurs actifs identifiés comme contribuant grâce au projet Afripédia ; mi-décembre ils sont 44 contributeurs à avoir effectué au moins une contribution sur Wikipédia (et plus d’une soixantaine de comptes créés).
  • en un mois, 178 000 octets de texte ont été publiés sur Wikipédia, en près de 450 contributions distinctes. Plus de 60 articles ont été créés et plus d’une centaine modifiés.
  • plus d’une vingtaine de photos ont été téléversées sur Wikimédia Commons , illustrant notamment des pratiques quotidiennes ou des éléments architecturaux.
  • très peu d’articles supprimés, et un soutien attentif et bienveillant de la part de contributeurs anciens de Wikipédia, identifiés comme « Parrains Afripédia ».

Les contributions des participants au projet sont à suivre ici : Projet Afripédia/Contenus

On peut également suivre les informations sur le projet sur twitter : @Afripedia

Conclusion

Affiche Afripédia Bamako

Affiche Afripédia à Bamako

Un mois après le premier déploiement, un peu plus d’un an après le démarrage du projet, il est heureux de constater que celui-ci semble répondre à ses objectifs :

  • il répond à un vrai besoin d’accès aux ressources de Wikipédia en ligne et hors ligne, notamment pour certaines universités qui n’ont pas du tout accès à internet (au Niger par exemple)
  • les personnels des CNF formés à Abidjan se sont réellement approprié le projet, pour la diffusion comme pour la contribution, et leur dynamisme à leur retour dans leurs pays montre que le projet Afripédia peut être efficacement mené depuis les CNF d’Afrique centrale et de l’Ouest.
  • la semaine de formation à Abidjan a faire émerger de nouvelles idées, de nouvelles améliorations à apporter au dispositif, que nous essaierons de mettre en place rapidement.
  • le projet a été bien relayé par la presse francophone (technologique et africaniste) et les blogueurs ivoiriens. Mais il a également été diffusé dans les pays pour lesquels nous n’avons pas encore de présence, suscitant un intérêt marqué. Par exemple, le réseau CEDESURK en République démocratique du Congo, aidé par Wikimédia France et Kiwix, est en train de déployer Wikipédia hors-ligne sur ses serveurs dans les universités de Kinshasa et de Lubumbashi, avant de passer à un déploiement généralisé dans les 8 universités du pays et à un programme de formation à la contribution.

Un deuxième temps de déploiement est nécessaire pour élargir le projet aux pays d’Afrique francophone qui n’ont pas encore été intégrés dans Afripédia. Il aura probablement lieu au printemps 2013. Ce sera également l’occasion d’approfondir le projet avec ceux qui se sont déjà beaucoup investis, afin de développer encore l’accès à Wikipédia, et la contribution en provenance d’Afrique sur les projets Wikimédia.

par Adrienne Alix
Categories: Projets Wikimedia, Wikipédia
un commentaire 10/12/2012

Créer un éditeur visuel pour MediaWiki : en quoi est-ce complexe ?

Ce billet, Inventing as we go: building a visual editor for MediaWiki, a été écrit par James Forrester et publié sur le blog de la Wikimedia Foundation sous licence CC-BY, et a été traduit en français par Jean-Frédéric, Ælfgar, Emeric, R et Cha_Matou.


Logo du VisualEditorLa Wikimedia Foundation et Wikia, travaillent sur un Éditeur visuel (VisualEditor), pour Wikipédia et tous les autres sites utilisant le logiciel MediaWiki. Cela prend beaucoup de temps, et on nous demande souvent ce que le travail implique, si c’est difficile, et pourquoi c’est aussi long. Il nous semble donc utile d’expliquer quelques-unes des subtilités du projet de développement logiciel le plus ambitieux de la Wikimedia Foundation.

Qu’essayons-nous de faire ?

Nous créons un logiciel qui permettra aux utilisateurs de charger, de modifier et d’enregistrer les articles Wikipédia en mode visuel, en remplacement du système actuel qui requiert l’apprentissage d’une syntaxe wiki compliquée. Avec le nouveau système, les articles qu’ils éditeront se présenteront de la même manière que ceux qu’ils lisent : les modifications qu’ils feront seront visibles avant même de sauvegarder, à la manière de l’édition d’un document dans un traitement de texte.

Personne n’avait fait cela avant ?

Oui et non. De nombreux éditeurs de texte en mode visuel existent, certains d’entre eux sont même open source et capables d’éditer de manière assez satisfaisante des pages web. Mais ils demeurent insuffisants par rapport à nos besoins, pour plusieurs raisons.

Il est particulièrement important que notre éditeur puisse fonctionner dans de nombreuses langues. Il ne s’agit pas simplement d’intégrer les langues qui s’écrivent de droite à gauche, ou avec des idéogrammes, mais bien d’être compatible avec chacune des 290 langues que nous proposons actuellement. Nous voulons également permettre l’utilisation de plusieurs langues dans un même document, de manière entièrement transparente, pour mieux servir nos communautés multilingues. Certaines des langues que nous nous sommes engagés à proposer ont un support logiciel très faible, et nous sommes souvent l’une des plus importantes, sinon l’une des seules, sources de contenu écrit pour elles.

Le développement de la syntaxe wiki au cours des douze dernières années constitue un autre problème : elle intègre désormais de nombreuses fonctionnalités riches et complexes, qui ne sont pas « du HTML simplifié ». Nous pensions que la plupart ne seraient utilisées que de manière ponctuelle, mais elles ont souvent évolué pour se retrouver au cœur de la façon dont les pages MediaWiki sont maintenant écrites, par des utilisateurs toujours plus nombreux.

Parmi ces fonctionnalités avancées : la transclusion de contenu (insérer une copie en temps réel d’une page dans une autre), les modèles (transclusion dont certaines parties sont définies dans la page de destination plutôt qu’à la source), et les parser functions (pages affichant différentes choses en fonction de centaines d’options, comme le jour de la semaine ou l’existence d’une autre page). Essayer d’adapter un éditeur existant à ces fonctionnalités aurait été extrêmement difficile, et plus compliqué que de partir de rien.

Comment l’éditeur visuel et le Parsoid fonctionnent ensemble

Qu’est-ce que le parseur ?

Au bout du compte, il ne s’agit pas seulement de modifier les pages, mais de lire et sauvegarder les pages wiki existantes dans l’ancien wikitexte, et de continuer à travailler avec en parallèle du nouvel éditeur. Nous ne pouvons mettre à la poubelle l’immense travail accompli par nos communautés durant ces douze dernières années, aussi nous faut-il réécrire ce « traducteur ». Ce qui veut dire réaliser un « parseur » (ou analyseur syntaxique) à double sens : un logiciel qui convertit le wikitexte en HTML et inversement. Jusqu’à présent, nous n’avions qu’un parseur à sens unique ; la deuxième étape, convertir ce que l’on souhaite écrire en wikitexte, c’était aux contributeurs de le faire dans leur tête.

Cela signifie que nous avons dû créer un projet à part − le Parsoid − capable de traduire dans un sens comme dans l’autre : de la syntaxe wiki aux pages web et inversement. C’est loin d’être une tâche facile : il faut être très prudent lorsque l’on change de parseur, car il est de la plus haute importance de ne rien casser ! Le vieux parseur, et la syntaxe wiki qu’il interprète, se sont développés au fil des idées des contributeurs, sans véritable idée directrice. Il y a près de deux milliards de versions des pages dans les seuls projets Wikimedia, et ce manque de vision d’ensemble a donné naissance à un très grand nombre de petites règles que le Parsoid doit suivre pour éviter des « dirty-diffs » – des cas où la syntaxe wiki ne serait pas interprétée par l’éditeur visuel.

Explication du modèle HTML+RDFa utilisé par le Parsoid

Nous utilisons du test automatique pour transformer en « aller-retour » 100 000 pages prises au hasard dans la Wikipédia en langue anglaise (soit un bon échantillon de contenu wiki en alphabet latin) : prendre le wikitexte, le convertir en HTML, puis à nouveau en wikitexte, et comparer le résultat avec le document original. Cela nous aide à identifier de nombreux problèmes à résoudre pour que l’utilisation du Parsoid ne casse pas les articles. Nous en sommes aujourd’hui à 80% d’articles transformés en « aller-retour » sans aucune différence (au lieu de 65% en octobre), 18 % supplémentaires ne présentent que des différences mineures (espaces, guillemets, etc.), et les 2 % restants présentent des différences qui restent à résoudre (15% en octobre).

En savoir plus

Comme vous pouvez le voir, créer l’éditeur visuel dont ont besoin nos utilisateurs représente beaucoup de travail. Aucune technologie existante ne peut faire ce que nous voulons, nous devons donc travailler très dur pour y arriver. Nous attendons avec impatience les prochains mois pour montrer aux contributeurs comment ils pourront utiliser l’éditeur visuel et Parsoid. Pour leur permettre une meilleure expérience, libre de l’apprentissage des syntaxes compliquées, leur permettant de se concentrer sur le contenu et non sur les outils qu’ils utilisent pour écrire.

Si vous êtes intéressé, nous avons une brève présentation sur la façon dont l’éditeur visuel et le parseur fonctionnent, et ce à quoi ils ressembleront dans Wikipédia.

James Forrester
Product Manager, VisualEditor et Parsoid


Information de droit d’auteur : “VisualEditor-logo” Public Domain, ™Wikimedia Foundation, Inc., “Parsoid HTML-RDFa content model” par Jdforrester (WMF), sous CC-BY-SA 3.0, “VisualEditor-ModuleStack” par Trevor Parscal, sous  CC-BY-SA 3.0