Archive

Archives pour 04/2011
8 commentaires 20/04/2011

Mais qui sont les wikipédiens ? Résultats d’étude

Au tout début de l’année 2011, le laboratoire M@rsouin de TELECOM Bretagne a mené une grande étude sur les utilisateurs (lecteurs et contributeurs) de Wikipédia. Cette enquête a été réalisée dans le cadre du projet ANR CCCP-Prosodie (cccp-prosodie.org) et en partenariat avec Wikimédia France, qui a notamment participé à l’élaboration des questionnaires, afin que cette enquête puisse poser aux lecteurs et contributeurs des questions adaptées à leur expérience d’utilisation de Wikipédia.
Cette enquête est encore en cours d’analyse et de traitement par l’équipe de TELECOM Bretagne, mais Nicolas Jullien, qui a coordonné le projet en partenariat avec Wikimédia France, a souhaité nous livrer quelques premiers résultats, qui pourront déjà permettre de découvrir, bousculer ou conforter quelques idées qu’on pouvait avoir sur les usages de Wikipédia et la population de ces usagers. Les résultats définitifs de cette étude seront publiés dans les mois qui viennent, nous nous en ferons l’écho ici.


Cliquez sur les schémas pour les voir en taille réelle


Qui sont les répondants ?


Nous avons eu plus de 16000 réponses au questionnaire et 13627 réponses utilisables, 30,8% de femmes et 68,3% d’hommes (le reste n’a pas répondu), alors que la répartition des internautes entre hommes et femmes est de 51%-49%, en France1. La répartition des âges est la suivante (illustration 1) :

Répartition des âges des répondants à l’enquête Wikipédia

Cette répartition est à mettre en regard de la répartition des internautes (en France, en 2010) :

Répartition des internautes français par tranche d’âge (source CREDOC)

On voit que les wikipédiens qui nous ont répondu sont plus jeunes que la moyenne des internautes.
Ils sont aussi beaucoup plus nombreux que les internautes à avoir une « profession » où la recherche d’information tient une place importante : lycéens et étudiants (on retrouve l’effet âge), mais aussi les cadres, avec une grosse sous-représentation des ouvriers et des employés.

Répartition des wikipédiens répondants par catégorie socio-professionnelle

Sur cette population de répondants, la grande majorité sont de « simples » lecteurs.

Répartition des répondants suivant leur niveau de contribution à Wikipédia

Où l’on constate que la « règle » des 80-20 (80% d’utilisateurs et 20% de contributeurs) semble à peu près respectée dans Wikipédia aussi…

date de la 1ère utilisation de Wikipédia


Les usages de Wikipédia.


Constatons d’abord que Wikipédia est utilisé, avant tout, comme source d’information pour la culture générale, encore plus que pour le travail (Illustration 7). Si l’on prenait une image, il s’agirait plus d’une encyclopédie que d’un référentiel pointu des connaissances.

Opinion sur l’usage de Wikipédia

Au delà des usages, on peut se demander ce que les utilisateurs perçoivent du fonctionnement du projet, par exemple de ce que les utilisateurs peuvent faire avec les articles (la licence). Comme le montre l’Illustration 8, cela reste une connaissance assez abstraite, et, de toute façon, complexe : seul un tiers des répondants est capable d’en comprendre la signification.

Ce que les utilisateurs connaissent de la licence des articles Wikipedia


Qui sont les contributeurs ?


Il existe deux grands types de contributeurs : ceux qui ont fait un ou deux essais, et qui ne sont pas allés plus loin, et les contributeurs « réguliers », un peu plus de 300 se considérant même comme des « gros » contributeur (question A4).

Le profil de ces contributeurs est un peu différent de la population globale des répondants, comme le montrent les graphiques suivant :
Même si les jeunes restent majoritaires, les contributeurs sont plus âgés, et plutôt en emploi qu’étudiants ou scolaires.

Répartition des contributeurs par âgeRépartition des contributeurs réguliers par âge

Et ces personnes sont, encore plus que pour les lecteurs, des « manipulateurs d’information ».

Répartition des répondants contributeurs par catégorie socio-professionnelleRépartition des contributeurs répondants réguliers par catégorie socio-professionnelle

Notamment, la part des cadres supérieurs est significativement plus importante. Pour contribuer, il faut avoir des connaissances, mais aussi des compétences, des habitudes, de manipulation de données, d’écriture et de mise en forme. Par contre, la répartition des contributeurs selon leur ancienneté d’utilisation de Wikipédia ne semble pas très différente de celle des lecteurs, même s’il y a un léger décalage vers la gauche (les contributeurs sont un peu plus anciens que les lecteurs).

Enfin, l’activité de contribution est encore plus « sexuée » que l’usage, puisque les contributeurs sont à 80% des hommes, et les contributeurs réguliers à plus de 86%.

Répartition des contributeurs selon leur année de 1ère utilisation de WikipédiaRépartition des contributeurs réguliers selon leur année de 1ère utilisation de Wikipédia

Sur les objectifs, la façon dont on utilise Wikipédia, là encore, les contributeurs ne se différencient pas des lecteurs, avec un accent mis surtout sur la culture générale, bien plus que sur le travail.

Opinion des contributeurs sur l’usage de Wikipédia

Opinion des contributeurs réguliers sur l’usage de Wikipédia

Source : http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/rapport-credoc-2010-101210.pdf retravaillé sur les internautes par OPSIS/M@rsouin, comme tous les chiffres suivants donnés sur les internautes.

Aucun commentaire 11/04/2011

François Bon – sa vision de Wikipédia

Wikimédia France suit avec intérêt les réflexions et expériences innovantes dans le domaine de la culture numérique. Nous sommes donc honorés de publier ici ce texte de François Bon, écrivain et éditeur, fondateur de publie.net, déjà publié sur son blog le tiers livre, à l’occasion de la parution de Vie et mort de Tina l’exilée de Patrick Deville.

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu sur Wikipédia ?

Parce que nos encyclopédies étaient depuis l’enfance nos possessions les plus précieuses, familiales ou collectives. Chez Borges, l’article manquant dans une réimpression du tome Tlön-Uqbar de la Britannica génère l’existence de tout un peuple et son énigme. Et voilà qu’on prend le risque que tout s’écroule. Où était le scandale ? Ce que validait le processus de fabrication était confié à la foule des contributeurs, et accessible à tous, sans achat préalable. Il y a eu des histoires, pages détournées, attaques diffamatoires discrètement glissées, imprécisions dont il était facile de se moquer – mais quelle proportion par rapport au surgissement qui semble désormais accompagner la totalité de nos curiosités ? Wikipédia apprendrait progressivement à se doter d’une mécanique parallèle de validation : traçage des contributeurs, pertinence des révisions.

Mais pour le mécanisme même, pas de retour en arrière possible.

Et nous-mêmes, dans nos permanentes recherches, trions du premier coup d’œil la référence Wikipédia des ressources éventuellement plus spécialisées que nous recherchons. Mais la référence Wikipédia, on s’en servira comme synthèse, et de plus en plus comme répertoire de liens, réouvrant vers le web à un autre niveau que le moteur de recherche généraliste. Ainsi, l’encyclopédie ouverte, anonyme et gratuite a trouvé sa permanence et sa pertinence dans nos usages quotidiens, privés ou professionnels.

Wikipédia est une sorte de compagnon de proximité : non pas forcément pour les choses les plus pointues (comme on plaisantait autrefois du Monde que nous lisions tous, disant que c’était le meilleur journal, sauf en ce qui concernait la discipline de chacun). Là encore, des disparités, selon ce que les chercheurs en saisissent : il m’arrive des explorations complètement stupéfaites concernant des points scientifiques ou techniques. Je m’en sers pour retrouver instantanément un point de bibliographie, date de parution de tel livre de Duras, même si ensuite je prolonge ailleurs mes recherches. Les autres sources seraient à un niveau de validation plus fiable ? Je sais bien que là où elles s’élaborent, dans les maisons d’édition notamment, c’est Wikipédia et Google qui sont ouverts sur les ordinateurs.

Comme il était magique, autrefois, notre Petit Larousse, d’aller dans la page des noms propres et de trouver, même pour son propre village, après l’indication de la sous-préfecture dont nous dépendions, le nombre précis des habitants : on habitait nous-mêmes un peu le dictionnaire. Wikipédia est un outil spatial aussi puissant dans son genre que Google Earth dans le sien. Chaque lieu a son histoire, son bassin de liens, et une relation d’intimité aux contributeurs encore plus marquée que pour les points techniques ou culturels. J’ai affaire à une ville ou un lieu dans mes écritures personnelles, même une toute petite ville loin à l’étranger, et j’irai voir l’article Wikipédia.

Je ne suis jamais intervenu dans la page Wikipédia qui me concerne, je trouverais ça indiscret, vaguement obscène même. Quand on m’a communiqué les 4 ou 10 lignes que me valait mon travail dans l’Universalis ou le Quid, j’étais content de les transmettre à ma maman, ça vaut toujours mieux que vos propres livres pour votre réputation, mais l’article Wikipédia est bien plus renseigné. À voir comment y sont mises en avant mes activités dans la région ouest, j’imagine que le ou les contributeurs (pas cherché à déplier les liens) sont arrivés par là. Posant récemment cette question à un ami enseignant les bases informatiques dans une fac de lettres et langues, j’ai découvert qu’un des exercices obligatoires, et un moment fort du cours, que ce soit langues ou lettres, c’était de proposer collectivement aux étudiants (et les évaluer en conséquence) une contribution, ajout ou développement, à Wikipédia, en rapport avec le thème de leur section ou études. La prise en charge anonyme, large et collective de la validation même de Wikipédia, comme propriété commune, s’établit donc selon des processus vérifiables.

Un autre déplacement, en lui-même peu signifiant, mais qui me semble déterminant, c’est la pluralité des langues. Si nous avions accès aux dictionnaires et encyclopédies, à la maison, à l’école ou en bibliothèque, et quand bien même on trouvait (le Grand Larousse du XIXe siècle se lit comme un roman, tout rempli de crimes et d’horreurs) d’infinis prolongements à nos requêtes, c’était toujours dans notre propre langue. Wikipédia propose de lui-même l’extension à une recherche multilingue (Global Wikipedia), et le savoir intuitif de comment est construit un article, fait qu’on atterrit souplement dans la langue étrangère, et qu’on s’y reconnaît presque comme chez soi. On apprend, pour une information qui nous concerne de près, que la langue support compte peut-être moins que cette proximité même. Je ne parle ni ne lis l’espagnol, mais j’arrive parfaitement à me débrouiller d’un article Wikipédia en espagnol, si ma requête concerne un lieu ou un personnage d’Amérique du Sud.

Gardons-nous nos colères, nos impatiences ? Oui, bien sûr. Mais nous savons d’avance la réponse qui les désamorce : ah bon, l’article Wikipédia en français sur Julio Cortázar n’est pas à la hauteur de l’importance, la complexité, la richesse de cet écrivain ? Eh bien, que ne le complètes-tu toi-même… C’est une leçon du web que nous avons en permanence à réapprendre : le lire et l’écrire vont ensemble, et c’est ce qui dérange même les grandes figures artificielles de l’écrivain, du copyright et du droit d’auteur, de la publication – à nous de l’investir, humblement, anonymement, via notre mot de passe de contributeur.

Finalement, l’écran disparaît. Il est dans toutes les strates de notre relation au monde, de la recette de cuisine au voyage à préparer, du livre qu’on lit aux horaires du bus ou du train qu’on doit prendre. Nous utilisons d’ailleurs, téléphone ou tablette ou notre ordinateur fixe, une suite plurielle d’écran – depuis le musée, une interrogation sur une date, un nom, et l’article Wikipédia nous rejoint sans qu’on ait à attendre, interagit avec ce que nous regardons en temps et situation réels. En disparaissant, l’écran laisse une suite de strates transparentes : le moteur de recherche en est une, le dictionnaire Littré dans mon disque dur une autre, les ressources que je sais déposées dans mon disque dur (y compris les archives e-mails, les photographies) encore une autre. Wikipédia s’est imposé pour nous tous comme une de ces couches, familières, fines, mobile, plus ou moins pertinente qu’est-ce que cela fait, on la traverse nécessairement.

Questions qui se démultiplient pour un auteur : les textes proposés sur Wikisource sont extrêmement précis, puisque d’une part chaque contributeur a bichonné le texte proposé, d’autre part chacun peut apporter ses corrections, qu’on compare aux numérisations du Projet Gutenberg ou de Gallica pour voir. Et que Gallica (la Bibliothèque nationale de France) intègre cette collaboration, quelle bonne nouvelle. En même temps, ce ne sont pas des textes qui bénéficient du processus d’éditorialisation que nous apprenons à mettre en place : structuration de la table des matières oui, mais insécables, ergonomie de lecture, facilité à transporter ces textes sur des supports comme l’iPad, ce n’est pas le rôle des contributeurs de Wikisource. Pourtant, ces textes appellent cette éditorialisation pour que lire devienne vraiment plaisir, et pas consultation comme on le fait des articles. Et pour nous, auteurs, la question n’est pas principalement celle de la gratuité des ressources : nous proposons sur nos sites des ressources gratuites, elles s’associent avec les ressources rémunérées (livres numériques inclus), nous aident à nous positionner dans la vie sociale pour faire de notre écriture un métier (via autres commandes, lectures publiques etc.). Plutôt une question sur l’identité numérique : un texte que nous déposerions sur Wikisource ne séparerait-il pas nos visiteurs de notre site ? En même temps, j’ai l’impression que cette frontière devient fatalement poreuse : il n’y a pas un web de création, débat et polémique, complètement séparé d’un web de ressources validées et pérennes, les deux sont appelés de plus en plus à interférer.

Voilà ce qui m’a traversé la tête, quand Patrick Deville m’a proposé Vie et mort de sainte Tina l’exilée. Les romans de Patrick Deville, chez Minuit puis au Seuil, ont un soubassement commun : l’enquête, le voyage. C’était déjà chez Hérodote, très vieille fonction originelle de la littérature. Patrick Deville a trouvé depuis quelques années son point d’assemblage : d’un livre à l’autre, il remonte vers l’est, et ses romans vont ainsi recouvrir la terre. Pour chacun, l’Afrique noire l’an passé, le Cambodge dans celui qui vient, l’enquête s’ancre dans le contemporain, mais soude les livres l’un à l’autre par ce passé où interfère en permanence, en n’importe quel point du monde, l’histoire mondiale.

Sous ce grand voyage de fictions tournant autour de la terre, pour chacune les personnages réels interfèrent avec la fiction, quand seule l’autonomie de la langue permet d’inventorier l’inconnu du monde. Ces personnages ont une résistance, le roman ne les épuise pas, on les retrouve parfois passant de l’un à l’autre.

Ainsi de Tina Modotti : italienne, son père exilé aux États-Unis, elle le rejoint et devient petite couturière anonyme dans le grand brassage de Los Angeles. Puis taillant les costumes pour les tournages d’Hollywood, puis figurante, puis modèle du peintre Richard Weston. Elle vit au Mexique, devient elle-même photographe, laisse Weston pour le peintre en pleine ascension qu’est Diego Rivera. Alors c’est l’Histoire avec majuscule que croise la vie de Tina, de Trotsky à Malcolm Lowry ou Dos Passos, des danseurs de tango aux sombres affidés de Staline, des dictatures chamboulées aux anarchistes nomades, tout se rejoint parfois en un lieu, une poignée de jours – et la vie de ceux-là brûle.

Lorsque j’ai avancé dans ma première lecture du texte de Patrick Deville, que la lecture numérique autorise ce jeu permanent, dans l’intérieur du livrel, entre le texte et le réel source, j’en étais immédiatement sûr. Qu’il s’agisse de Mata Hari, du Komintern, du café Sorocabana de Buenos-Aires ou du cimetière Panteon de los Dolores de Mexico, si nous aimons lire numérique c’est pour cet axiome : plus on propose de sortir d’un texte, plus on aura plaisir à y revenir. Après tout, les livres imprimés qui ont été pour nous les plus précieux sont ceux qui nous ont fait le plus rêver pendant leur lecture même.

Ce que je ne savais pas, c’est comment Wikipédia me proposerait pour ce texte bref (36 pages), un parfait miroir du monde. Choisir tour à tour des liens dans Wikipédia et dans le web : mais ces liens sont dans les articles Wikipédia, qui intervient non pas comme tour de contrôle, mais presque comme un outil de dispersion, et libre à chacun d’aller vers telle piste ou telle autre. Le texte littéraire source alors troué de liens soulignés en bleu ? L’hypertexte ne doit pas abîmer la surface du texte, elle est un tissu aussi précieux que ces tissages des femmes mexicaines d’Oaxaca. Dans la version PDF, ils sont invisibles. Sur votre ordinateur, vous saurez le lien, sous le nom propre ou le mot technique, parce que le curseur de la souris deviendra une main, et sur votre tablette, une discrète inflexion de couleur. Mais avec 140 liens sous les 36 pages, c’est presque doubler le texte, comme un tissu (qu’on m’excuse de la redondance, les deux mots ont même étymologie), d’une nappe transparente, qui diffracte le texte vers le réel, avec chemin garanti de retour, au point même de lecture où vous étiez.

Il me semble qu’on ouvre ainsi à l’écriture non pas une technique (l’hypertexte, ce n’est pas d’aujourd’hui !), mais un autre espace de relation au monde, pour la raison suivante : c’est dès l’écriture, dans le temps de conception même, que l’auteur utilise ce miroir du monde, l’accroche à ses notes, sa documentation. On ne fait que sauver le processus même, rêve et recherche, de sa gestation.

Pris en défaut, Wikipédia ? Passe brièvement dans le texte un personnage au très étrange nom (il est canadien) Roubaix de l’Abrie Richey, aventurier et poète, « manière de Dylan Thomas ou de Thomas de Quincey », dit Robo. Un contributeur a ouvert une page à son nom dans Wikipédia anglophone, mais on en sait si peu sur ce personnage que la page est restée vierge. J’ai fait le lien quand même : et si un contributeur indiquait demain, dans la page de Robo le dandy, que le texte de Patrick Deville sur Tina Modotti en raconte un peu sur lui ? Et si au contraire, parce que ce lien est là comme un appel, quelqu’un complétait la page de Robo le dandy, nous-mêmes puissions actualiser le livrel de Patrick Deville (et chacun de nos lecteurs a bien entendu accès à cette mise à jour) ?

Gageons aussi que les contributeurs Wikipédia qui auront lu cette page iront d’eux-mêmes compléter la page de Patrick Deville.

Il me semble que nous sommes, ensemble, Wikipédia, l’auteur, et aussi l’éditeur numérique, dans un jour favorable. Et que le livrel, en se chargeant souterrainement de ses liens Wikipédia comme de ce miroir du monde, lui rend tout aussi bien hommage.

Merci de partager cette expérience.

3 commentaires 05/04/2011

Chercheurs : que faire sur Wikipédia ?

L’accueil des spécialistes constitue un sujet récurrent sur Wikipédia, nourri régulièrement par les réactions outragées de spécialistes à qui on demande de justifier leurs ajouts par des références à la littérature scientifique et non à leur qualité.

Un format exigeant

Dans la théorie comme dans la pratique, écrire un article sur Wikipédia constitue un exercice souvent plus exigeant que l’écriture d’un article de recherche. Dans ces derniers, il n’est pas rare de voir mêlés les conclusions de la littérature et celles de l’auteur, des références à un consensus général du champ sur un point donné ou encore des références imprécises (en économie, il est rare de donner la pagination précise pour un résultat dans un article). Rien de tout cela dans Wikipédia : les avis personnels sont à bannir et les références précises sont demandées. Un article de bonne tenue sur Wikipédia exige donc une recherche documentaire au moins égale à celle d’une bonne revue de littérature.

L’exercice est d’autant plus complexe que l’exercice de synthèse et de vulgarisation qu’impose la rédaction d’un article encyclopédique est inhabituel pour de nombreux chercheurs. Il s’agit d’être à la fois précis et accessibles, sur des sujets complexes et demandant parfois un important prérequis qu’on ne peut supposer au lecteur. C’est évidemment très formateur mais également très ardu pour qui veut « simplement » corriger une erreur et va être tenté de faire cela en insérant un fragment de son cours. S’ajoute à cela un problème de ton, l’exigence de neutralité s’étendant au style attendu alors que cours comme articles de recherche peuvent faire la part belle aux opinions tranchées.

La syntaxe particulière du wiki représente une troisième barrière à l’entrée. Si les modèles pour la bibliographie sont d’une immense utilité pour les contributeurs chevronnés, leur utilisation n’est pas intuitive.

Que peut alors faire un chercheur qui souhaiterait participer un peu à Wikipédia ?

Commencer par lire

De même que nous avons appris à rédiger des articles de recherche en les lisant, il n’est sans doute pas de meilleure introduction à ce que doit être un article que la lecture d’un « bon article » ou d’un « article de qualité », deux labels distinguant des articles répondant à un certain nombre de critères. Si on peut critiquer le formalisme de la procédure de labellisation, force est de constater que l’essentiel des articles promus font effectivement honneur à l’encyclopédie et surtout constituent un bon modèle à la fois sur le plan de l’organisation, du style et des outils techniques.

Je vous invite donc à aller parcourir la liste des articles, en trouver un qui vous intéresse (dans votre spécialité ou non, à ce stade ce n’est pas l’essentiel) et le lire avec attention dans l’idée d’un modèle plus que pour le contenu.

Écriture : le choix du sujet

Wikipédia dispose de nombreux moyens de circulation. En plus des hyperliens, il existe des catégories, visibles au bas des articles, ainsi que des portails, dont les palettes sont généralement elles aussi en bas des articles, ainsi que sur les pages de discussion (deuxième onglet en haut de la page).

En parcourant la liste des articles de la plupart des projets, une chose frappe : les articles de bonne tenue sont souvent consacrés à des sujets précis, tandis que les articles les plus généraux sont, au mieux, dans un état discutable. De fait, la rédaction des articles généraux constitue probablement un des problèmes les plus épineux de Wikipédia : c’est là que la qualité des sources est la plus variable (vous en connaissez, vous, de bons ouvrages de synthèse sur Qu’est-ce que l’économie ?) et que les règles du projet imposent de laisser une place à des sources que le chercheur moyen considèrera (à juste raison) comme inacceptables. Pour le contributeur débutant, il s’agit donc d’espaces à fuir.

Choisissez au contraire pour commencer un sujet pointu, bien délimité, pour lequel vous disposez d’une liste maniable d’ouvrages et d’articles, ou mieux, de deux ou trois revues de la littérature de bonne qualité : un chapitre de manuel, un Repères et une revue font parfaitement l’affaire.

Écriture : rédiger

Reste à créer l’article. La solution la plus simple à mon sens est de chercher l’article immédiatement plus général que celui qu’on envisage de créer (s’il n’existe pas déjà), insérer dans la rubrique « articles connexes » un lien vers l’article projeté, et en profiter pour recopier les catégories de l’article-père.

Arrivé à ce stade-là, la rédaction pose en général peu de problèmes : les synthèses sur lesquelles on s’appuie imposent peu ou prou la structure de l’article et on peut alors se familiariser avec l’introduction d’hyperliens ainsi qu’à l’usage des modèles.

Il est possible d’aller demander de l’aide aux contributeurs participant au projet concerné par l’article. Je ne suis pas sûr qu’il faille toujours commencer par là : présenter un article déjà un peu avancé me semble permettre une meilleure intégration qu’une déclaration d’intention, surtout quand on a commencé par prendre la peine de se familiariser avec l’encyclopédie.

Écriture : améliorer

Une alternative à la création d’article pour entrer sur Wikipédia est de dénicher un article sur un sujet qu’on connaît bien où le matériau serait déjà présent mais demandant une réorganisation assez importante ainsi que l’introduction des sources. Théorie des enchères constitue, au moment où j’écris ces lignes, l’exemple d’un tel article : énormément de contenu, tout un tas de références mais un manque criant de structuration, de synthèse des idées essentielles à destination du non-spécialiste et de développement des points plus précis en direction du spécialiste (par exemple le théorème d’équivalence des revenus).

Les contributeurs chevronnés auront remarqué que je propose de commencer par des entreprises de longue haleine. C’est que, il me semble, ces entreprises sont plus formatrices et aussi plus de nature à attirer rapidement l’attention et les respect des autres contributeurs que des corrections ponctuelles. Cela a aussi l’immense mérite, de mon point de vue, de tenir les débutants à l’égard des démoralisantes controverses de neutralité et autres guerres d’édition.

Pourquoi faire tout cela, d’ailleurs ?

Au fait, qu’est-ce qu’un chercheur a à gagner à faire cet effort ? À mon sens, le gain d’une contribution peut être considérable. Tôt ou tard en effet, un bon article ou un article de qualité (et il ne faut pas trop hésiter à se fixer cela comme objectif) va se retrouver en page d’accueil de Wikipédia. Cela signifie une exposition conséquente pour le domaine concerné (voir les statistiques de consultation pour l’article Histoire évolutive des lémuriformes, mis en lumière le 6 mars dernier), en-dehors du trafic provenant des recherches généralistes.

L’exercice constitue en outre un fin en soi : la discipline exigée par la rédaction d’articles sur Wikipédia m’a considérablement servi dans la rédaction de l’opuscule sur le prix unique du livre. Elle oblige aussi à balayer plus large que ce que couvre usuellement une revue de littérature, le cadre de l’encyclopédie obligeant à prendre en compte des éléments d’autres disciplines.

Enfin, inutile de se cacher derrière son petit doigt : l’utilisation d’un article ou d’un ouvrage comme référence pour un article (on parle de « source ») constitue une valorisation de l’ouvrage en question. Ce qui amène à une question : est-il légitime pour un chercheur de rédiger un article en s’appuyant sur ses propres travaux ? Je pense que oui, s’il s’agit effectivement déjà d’une synthèse et si d’autres sources sont également utilisées.

Ce billet étant déjà bien assez long, je parlerai un autre jour de la gestion des relations sociales.

Ce billet est repris du blog « Notes d’un économiste » tenu par Mathieu P. L’original et les commentaires sont disponibles ici. L’auteur a poursuivi sa réflexion dans un billet intitulé « Valoriser son temps de recherche sur Wikipédia ».

.

2 commentaires 03/04/2011

Partenariat de Versailles et photographies libres

La Wikimobile dans la cour du Château de Versailles.

La Wikimobile dans la cour du Château de Versailles.
(Fanny Schertzer, CC-BY-SA)

Benoît Evellin (Utilisateur:Trizek sur les projets Wikimedia) est en résidence au Château de Versailles depuis le 14 février et pour une durée de six mois. Son travail consiste notamment à coordonner des projets entre des contributeurs de Wikipédia et le Château. Le week-end des 26 et 27 mars, Fanny et moi avions prévu de venir sur Paris pour manger dans un restaurant finlandais avec nos collègues du Raid Paris-Cap Nord. Sachant Benoît à Versailles, nous avons monté un mini-projet de prises de vues photographiques. En voici un petit compte-rendu.

Le Château de Versailles a fait le choix de s’ouvrir vers le web collaboratif, cela passe notamment par cette présence de Benoît. Néanmoins c’est une très grosse machine (plus de 800 employés pour faire vivre tout ça), ainsi une certaine conscience professionnelle est nécessaire (rigueur, respect, précision, curiosité, etc.)

Acte 1 : Proposition, prise de contact

Dans un premier temps, nous avons fait connaitre nos disponibilités à Benoît. Nous lui avons proposé le vendredi 25 mars. En effet, de telles prises de vue demandent un peu de personnel du musée pour agir, un jour de semaine est plus opportun en ce sens. Nous avons ensuite ciblé des choix de choses à photographier (Petit Trianon et Petit appartement du roi). On transmet la demande à Benoît et le Château répond favorablement.

Acte 2 : Arrivée à Versailles, accueil :

Nous arrivons donc à Versailles vendredi matin. Nous y sommes accueillis par Benoît et Maïté, une collègue de Benoît. Nous avons beaucoup appriécié cet accueil. Le personnel, et particulièrement Maïté, a été très sympa avec nous. Il y a vraiment eu un échange mutuel. Des questions sur Wikipédia d’un coté, des questions sur le Château et ses activités de l’autre. Bref, très enrichissant. Le programme de notre tournage a été arrangé pour que nous fassions nos photos hors des visites touristiques, ainsi nous avons pu travailler dans des pièces vides. Merci !

Acte 3 : Prise de vues

Prise de vue « aérienne » au Cabinet des dépêches.

Prise de vue « aérienne » au Cabinet des dépêches.
(Trizek, CC-BY-SA)

Nous avons principalement fait de la photo d’intérieur. Ce sont des conditions d’éclairement spécifiques. Nous n’aimons pas faire de la photo au flash et de toutes façons vu les mesures de protection des pièces, le flash est à proscrire. Il faut donc travailler en basse lumière et sans flash.  Premier constat, le trépied est obligatoire. Sans cela il est quasi impossible de travailler. Autre chose, de nombreux objets sont protégés sous des parois transparentes en verre ou en plexiglass. Il faut travailler en faisant attention aux reflets, c’est passé plusieurs fois par le fait de fermer les volets et travailler dans l’obscurité avec de très longs temps de pose. La nécessité du trépied est encore flagrante ici.

Nous avons aussi testé une technique photo assez peu commune. Dans le Cabinet des Dépêches on trouve des tableaux en hauteur, comme le montre la photo ci-contre. Prendre les photos depuis le sol introduirait des déformations sur les clichés. Nous avons fixé l’appareil photo sur le trépied, j’ai porté le trépied pour mettre l’appareil devant le tableau. Fanny s’est occupé du déclenchement avec la télécommande. Ce n’est pas évident à faire, il faut penser travailler avec des temps de pose très rapides afin de s’affranchir des problèmes de mouvement de l’appareil dus au trépied tenu à la main. Bref, compliqué mais ça marche.

Acte 4 : Postraitement et bilan

Bibliothèque de Louis XVI dans le Petit Appartement du Roi.

Bibliothèque de Louis XVI dans le Petit Appartement du Roi.
(Fanny Schertzer, CC-BY-SA)

C’est le travail le plus chronophage, on est plein dedans. L’éclairage n’étant pas optimal il y a beaucoup de choses à corriger sur les photos. Nous conseillons vivement de faire les photos en .raw plutôt qu’en .jpg afin de pouvoir faire du retraitement plus propre derrière.

Vous pouvez trouver quelques photos dans la catégorie Commons qui va bien. Ca va prendre encore quelques jours mais on avance. Dans ce travail, il y a aussi à faire attention aux licences utilisées. Certaines photos comme celle ci-contre demandent un certain travail du photographe, savoir ou se placer gérer la lumière, etc. Une licence Creative Commons By SA se justifie dans un tel cas.

Tableau d'auteur inconnu dans le Cabinet des Dépêches.

Tableau dans le Cabinet des Dépêches.
(Auteur inconnu, domaine public.
Photographie par Ludovic Péron, CC0)

Ensuite, il y a les photos de tableaux. Ces tableaux sont dans le domaine public, car leur auteur est mort depuis plus de 70 ans. Nous réalisons des reproductions fidèles de ces tableaux, le domaine public est la licence adéquate, voir PD-Art. Petit exemple ci-contre.

Résumé

Versailles c’est comme Wikipédia, N’hésitez pas ! Pensez à cibler les besoins, proposez un projet à Benoît à l’avance. Et voilà. À votre tour !

Crédit des illustrations

  • La Wikimobile dans la cour du Château de Versailles.  Photo de Fanny Schertzer sous CC By SA
  • Prise de vue “aérienne” au Cabinet des dépêches. Photo de Trizek sous CC By SA
  • Bibliothèque de Louis XVI dans le Petit Appartement du Roi. Photo de Fanny Schertzer sous CC By SA
  • Tableau d’auteur inconnu dans le Cabinet des Dépêches. Tableau sous domaine public.