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Archives pour 05/2010
Aucun commentaire 25/05/2010

La documentation et Vikidia

Il y a maintenant plus de 80 ans, alors que l’échec scolaire posait déjà problème, des enseignants furent conscients des insuffisances du cours magistral obligeant tous les élèves d’une classe à travailler au même instant sur le sujet imposé, sans qu’on tienne compte ni de leur rythme individuel, ni de leurs intérêts personnels qui auraient pu stimuler leur enthousiasme au travail.

D’autre part, le cloisonnement par disciplines étanches, traitées dans des manuels distincts, ne permettait pas de tisser des liens divers entre toutes les connaissances et de susciter un élan imprévu vers d’autres aspects du sujet, non seulement le comment, le pourquoi, le combien, mais aussi le regard sur ce qu’il en était autrefois ou actuellement ailleurs, ainsi que les traces dans notre langage, parfois imagé, et même des ouvertures vers certaines œuvres littéraires ou artistiques.

Ces enseignants qui voulaient moderniser l’école imaginèrent de créer coopérativement des fiches documentaires sur papier que chaque enfant pouvait étudier à son gré. Certaines apportaient une information, généralement illustrée, d’autres une incitation à l’observation ou à l’expérimentation (ne présentant aucun danger), enfin certaines signalaient diverses pistes de prolongement du sujet. Parmi ces fiches diverses, étalées sur une table, les enfants choisissaient, s’échangeaient les documents et, lors de la mise en commun de ce qu’ils avaient appris, ils retenaient avec enthousiasme beaucoup plus de connaissances qu’après un bon cours magistral.

Des enfants qui choisissent des livres de la petite bibliothèque de leur école près de La Forge dans le Missouri aux États-unis.

Le coin bibliothèque d’une classe.
(Russell Lee, domaine public)

Cette documentation était alimentée par les apports de nombreuses classes, grâce à des enquêtes, des recherches multiples. Par exemple, un enfant racontant le va-et-vient des hirondelles dans leur nid, construit sous le rebord de son grenier, suscitait l’envie des autres, selon leur goût et sans obligation systématique, de rechercher à quoi sert ce nid et comment la couvée permet l’éclosion des oisillons, de comparer les nids de divers oiseaux, leurs différentes façons de se nourrir, de se questionner sur les migrations des hirondelles et d’autres oiseaux, de demander à des amis alsaciens de parler des cigognes, d’étudier si les oiseaux sont les seuls à se reproduire en pondant des œufs, etc. Aux fiches déjà existantes s’ajoutaient parfois de nouvelles, issues de ces recherches.

Autre exemple: sur l’éléphant avaient été créées de multiples fiches, d’origines diverses, proposant sa description, les chiffres de sa taille, de son poids, mais aussi de son alimentation, l’usage de sa trompe, ses défenses (y compris l’utilisation de l’ivoire), sa vie en groupe dans la brousse, sa domestication comme bête de somme en Asie et même son utilisation pour la guerre par Hannibal (avec un extrait de Salammbô de Gustave Flaubert). On connaissait moins bien qu’aujourd’hui son cousin le mammouth et on ignorait encore les ravages du braconnage mettant en péril son espèce africaine.
L’utilisation de cette documentation était simple, à condition de veiller au classement et au rangement rigoureux après usage. Le principal problème pour obtenir une large collection se trouvait sur le plan de l’édition et de la mise à jour de certaines fiches. Ce qui amena à abandonner les fiches documentaires pour se limiter à une bibliothèque de travail, formée de brochures dont la gestion était alors plus facile, mais fut confrontée bien plus tard aux difficultés générales de l’édition.

L’informatique permet maintenant de classer et de retrouver de nombreux documents, mais ne résout pas magiquement tous les problèmes. Devant le déferlement permanent d’images et d’informations, parfois douteuses, les jeunes ont besoin de repères et de réponses à leurs questionnements auxquels les programmes scolaires n’apportent pas toujours de réponse non rébarbative. D’où l’importance d’une encyclopédie gratuite en ligne que l’on puisse consulter librement, en allant d’un article à l’autre sans avoir à manipuler plusieurs volumes imprimés.

Un garçon devant son ordinateur

Un garçon devant son ordinateur.
(Marisa Ravn, CC-BY-SA)

C’est ce qu’apporte avec succès Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans. Cette tranche d’âges correspond au début de la maîtrise du raisonnement et de la lecture et s’arrête au seuil de l’adolescence qui a d’autres besoins et dispose d’autres moyens documentaires. Néanmoins le refus d’infantiliser le jeune lecteur permet à Vikidia d’être utilisable par toute personne, quel que soit son âge, désireuse de trouver des explications simples sur un sujet qu’elle ne connaît pas encore.
Il ne s’agit pas seulement de répondre par une simple définition, mais de proposer des pistes différentes, étroitement reliées au sujet, sans rester cloisonné dans une discipline scolaire, car les liens sont évidents, par exemple, entre l’abeille (insecte), le miel (aliment), l’apiculture (élevage), la pollinisation (botanique), le danger de certains pesticides (écologie). Et toutes ces ouvertures sont faciles à trouver en cliquant sur l’un des chapitres du sujet ou sur un lien interne.
Dans l’esprit wiki, chacun peut apporter ses contributions, y compris les jeunes qui peuvent poser des questions et proposer, si possible en groupe, le résultat de leurs recherches et enquêtes sur le sujet qui les intéresse. Le tout étant revu par des adultes compétents connaissant bien les besoins et les capacités des 8-13 ans pour réaliser une encyclopédie qui leur corresponde vraiment.

C’est ce que réussit Vikidia depuis plus de 3 ans et cela mérite d’être largement connu et reconnu de tous ceux qui s’intéressent à l’éducation.

Michel Barré
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Michel Barré est un enseignant à la retraite, il a pris part au mouvement de la pédagogie Freinet et est l’auteur du livre L’aventure documentaire disponible en ligne sur son site.

Vikidia est un projet qui ne dépend pas de la Wikimedia Foundation

Aucun commentaire 17/05/2010

Wikimédia France accueilli à la Bibliothèque Mazarine

Wikimédia France a fait des institutions patrimoniales (ce que les Anglo-saxons appellent « GLAM » pour « galleries, libraries, archives and museums ») sa priorité pour cette année 2010. L’un des buts est de parvenir à obtenir des contenus multimédias – entre autres des photographies – afin d’enrichir les articles de Wikipédia.

Or la Bibliothèque Mazarine est sans aucun doute l’une des plus belles bibliothèques de Paris, voire du monde. Son intérêt historique, architectural, esthétique et intellectuel exigeait une action spécifique.

C’est en 1643 que le cardinal Mazarin charge Gabriel Naudé – que les bibliothécaires d’aujourd’hui reconnaissent encore comme un père spirituel – de constituer une grande bibliothèque. Dispersée pendant la Fronde, cette dernière est rapidement reconstituée et léguée au Collège des Quatre-Nations à la mort de Mazarin en 1661 : cela fait donc 350 ans qu’elle se trouve à son emplacement actuel (aujourd’hui quai de Conti dans le 6e arrondissement parisien).  Elle voit son destin lié à l’Institut de France quand ce dernier vient prendre la place du Collège et, voisinage oblige, plusieurs membres de l’Académie française deviennent administrateurs de la Mazarine au XIXe siècle.

En dehors de ce prestigieux passé, la Bibliothèque Mazarine peut s’enorgueillir d’être la première bibliothèque publique de France : elle met ses collections à disposition des visiteurs depuis le XVIIe siècle et tout le monde peut aujourd’hui encore y venir travailler sans aucune condition d’âge ni de diplôme !

La bibliothèque a donc accueilli deux membres de Wikimédia France pour une visite exceptionnelle au cours de laquelle Marie-Lan Nguyen a pu prendre des photographies de l’ensemble des espaces

La salle de lecture en forme de L

Salle de lecture de la Bibliothèque Mazarine

Salle de lecture de la Bibliothèque Mazarine
(Remi Mathis & Marie-Lan Nguyen, CC-BY-SA, Wikimedia Commons)

Les magasins (dont les célèbres « Grandes échelles »)

Les « grandes échelles »

Les « grandes échelles »
(Marie-Lan Nguyen, CC-BY, Wikimedia Commons)

L’extérieur

Fronton de la Bibliothèque Mazarine

Fronton de la Bibliothèque Mazarine
(Marie-Lan Nguyen, CC-BY, Wikimedia Commons)

des détails, telles ces boiseries aux armes de Mazarin,

Boiserie aux armes de Mazarin

Boiserie aux armes de Mazarin
(Marie-Lan Nguyen, CC-BY, Wikimedia Commons)

et des œuvres d’art conservées par la bibliothèque, comme ce buste de Buffon par Pajou.

Buste de Buffon par Pajou

Buste de Buffon par Pajou
(Marie-Lan Nguyen, CC-BY, Wikimedia Commons)

Cela s’est accompagné de la remise de reproductions numériques de photographies et estampes anciennes destinées à illustrer les articles sur les bibliothécaires célèbres de la Mazarine.

Nous vous invitons à admirer les richesses de cette bibliothèque en cliquant ici… et à utiliser, diffuser et faire circuler ces documents qui sont à l’entière disposition de tous !

un commentaire 12/05/2010

Wikimedia Commons, la médiathèque libre utilisée par Wikipédia supprime des contenus pornographiques

Alors que le nombre total de contributions pour l’ensemble des projets Wikimédia vient de dépasser le milliard, la chaîne conservatrice américaine Fox News a entamé une campagne de lobbying auprès des donateurs au mouvement Wikimédia, parmi lesquels figurent de grands noms comme Google, Yahoo!, l’Open Society Institute ou la Fondation Ford. Il s’agit de les interpeller par des lettres ouvertes leur demandant si “elles sont conscientes de l’étendue” des images “illégales” et “pornographiques” stockées sur les serveurs de Wikimédia.

Une image parmi celles hébergées sur Commons
(Neitram, CC-BY-SA)

Ce n’est en fait pas Wikipédia qui est mise en cause, car son contenu est plus étroitement surveillé par la communauté, mais certaines images parmi les cinq millions de fichiers hébergés sur Wikimédia Commons. Cette base de données multimédia centralise des médias libres, tels que des photographies, des dessins, des schémas, des musiques, des animations ou bien encore des vidéos qui ont une utilité pour au moins un des projets de Wikimédia (Wikipédia bien sur mais aussi Wikisource, Wikiversité, Wikispecies, etc.). La richesse et la variété de son contenu, placé sous licence libre, fait que cette médiathèque en ligne est aussi utilisée par certains sites d’informations en ligne pour illustrer leurs articles.

De fait, la communauté de Wikimédia Commons est depuis longtemps consciente du problème et mène des actions ayant pour objectif de supprimer les images pornographiques sans dimension culturelle ou éducative. Cette tâche est compliquée car la sexualité constitue un pan entier de nos civilisations sur lequel on ne peut faire l’impasse. Sa perception est différente suivant les cultures, les religions ou les générations. La question de la limite entre art et pornographie est également posée, ainsi que celle de la censure. En effet, Commons est une médiathèque internationale et les législations varient selon les pays, certains d’entre eux censurant des images autorisées par d’autres. Quant aux serveurs de Wikimédia Commons, ils sont hébergés en Floride et voient en moyenne chaque jour un import massif de dizaines de milliers de nouvelles images.

Cette polémique, lancée en avril par l’un des deux co-fondateurs de Wikipédia, Larry Sanger, qui a depuis quitté le projet, et avivée par Fox News a relancé ce débat de longue date… et provoqué la suppression immédiate de certaines catégories d’images qui avaient été identifiées comme potentiellement choquantes. Mais le débat se poursuit parmi les contributeurs de Commons pour savoir si ces suppressions, notamment effectuées par Jimmy Wales, l’autre co-fondateur de l’encyclopédie en ligne, n’ont pas été trop larges et si certaines images doivent être restaurées.