Archive

Archives pour la catégorie ‘Actualité Wikimédia France’
3 commentaires 24/05/2013

Retours sur l’Opération Libre de Brocas

Wikimédia France – en partenariat avec huit organisations travaillant autour des contenus, données, outils et licences libres (Creative Commons France, Framasoft, Libre Office, LiberTic, Open Knowledge Foundation France, Open Street Map France, Regards Citoyens) – a organisé l’Opération Libre à Brocas, les 6 et 7 avril derniers.

Retour sur l’événement !

Photographie aérienne du centre de Brocas - photo de Claude Monfort - CC-BY-SA 3.0

Photographie aérienne du centre ville de Brocas par Claude Monfort, CC-BY-SA-3.0 sur Wikimedia Commons.

L’équipe des Wikipédiens et Commonistes était chargée de participer, avec les habitants de la commune, à l’amélioration des articles de Wikipédia autour de Brocas et leur illustration avec des photos prises et publiées sous licence libre. Six Wikipédiens (Benoît Prieur, X-Javier, Symac, Auregann, Rafael Sanchez, Kvardek) étaient sur place pour accueillir, former les participants, et travailler directement sur les articles.

Avec une couverture médiatique conséquente (voir l’article publié par Jean-Marie Tinarrage sur le site du Sud-Ouest, ou l’article sur La Gazette des communes), les retours ont été très positifs. Le format d’une Opération Libre sur trois jours a conquis les participants, leur ayant permis de s’immerger pleinement dans le contexte, l’histoire et la vie de Brocas et de ses habitants.

« Une réelle satisfaction pour les organisateurs et un vrai plaisir pour de nombreux passionnés qui ont pu apprendre à numériser des images et faire des montages en mixant des photos anciennes et actuelles prises sous le même angle. Tout en apprenant à utiliser des outils facilitant le partage des données et des savoirs. » Jean-Marie Tinarrage — Sud-Ouest.

Fort en rencontres, l’événement a su rassembler des libristes (ou non) en tout genre, certains venus de très loin, qui ont pu mieux se connaître, échanger et discuter autour des objectifs et des réalisations de l’opération.

« Le fait de pouvoir travailler avec des collègues d’autres mouvements libristes (OSM, Tela Botanica), personnes que nous croisons régulièrement sur des évènements mais sans pouvoir prendre le temps de nous connaître réellement, a été un vrai plus. J’ai notamment beaucoup apprécié l’équipe mappeurs-wikiphotographes que nous avons formée lors des sorties dans le village. J’ai pris plaisir à échanger avec ces passionnés qui étaient tous là dans le but d’élargir les données et les connaissances autour de Brocas. À commencer par mes collègues wikipédiens que je ne connaissais pas tous, et que je suis enchantée d’avoir rencontrés : le facteur humain est définitivement ce qui m’a plu dans l’expérience. » — Léa (Auregann).

Les organisateurs, très investis, étaient eux aussi désireux de partager et d’apporter leurs connaissances, outils de travail, savoirs et expériences autour de la commune (faune et flore, monuments et objets).
Outre la participation très remarquée de ces derniers, il est à noter celle des habitants : parfois peu nombreux mais très motivés, ils ont été plusieurs à partager leurs archives, connaissances et photos. De plus, l’aide à distance des autres Wikimédiens, qui se sont rassemblés en l’espace du week-end afin d’aider à la catégorisation des photographies ainsi qu’à la création ou l’amélioration d’articles, a été fortement appréciée.

En définitive, quatre articles ont été créés sur Wikipédia :

Lagunes de Brocas
Château d’Aon (Brocas)
Adolphe Larreillet
Gare de Brocas

Sept articles ont été améliorés :

Brocas
Robert Bézos
Église Saint-Jean Baptiste de Brocas
Frères Mazzetti
Anciennes forges de Brocas
Arènes de Brocas
Estrigon

De plus, 484 photos autour de la commune ont été téléversées sur Wikimedia Commons, alors qu’il n’en existait que douze avant l’opération.

L’Opération Libre aura donc tenu ses promesses en démontrant les opportunités de l’ouverture des données et contenus libres, pour des communes comme Brocas, à travers une mobilisation inédite et sur un territoire pilote. Elle se présente aujourd’hui comme la première d’une série d’autres projets du même type, avec déjà de nouvelles propositions par les acteurs du projet, tel une Opération Libre autour, pourquoi pas, d’une ville de plus grande importance.

Merci à tous les collaborateurs, participants et acteurs de l’opération, mais aussi à tous les Brocassais et Wikimédiens qui ont su démontrer, en l’espace de trois jours, l’intérêt du partage de la connaissance libre au profit de la communauté.

par Aymeric Geoffre-Rouland
Categories: Actualité Wikimédia France, Wikimédia France
,
un commentaire 15/05/2013

Wikimédia France et la mission Lescure

La mission « Acte II de l’exception culturelle » a rendu son rapport le lundi 13 mai. Wikimédia France avait été auditionnée en octobre 2012 afin de faire part de sa vision des choses.

Nous avions alors souligné que nous ne désirions pas intervenir sur les questions de piratage ou de financement de la création, qui ne concernent pas les projets Wikimedia de manière directe.

En revanche, nous sommes heureux de lire dans ce rapport que l’importance du domaine public pour la diffusion de la culture et de la connaissance, comme base pour la création actuelle et comme support d’une activité économique à venir a été entendue.

La commission préconise ainsi une définition positive du domaine public dans la loi française et affirme : « la loi doit empêcher que la simple reproduction numérique, sans ajout de services nouveaux, donne lieu à l’apparition de nouveaux droits exclusifs, au titre du droit de la propriété intellectuelle ou de droits connexes, tel le droit des bases de données ».

Nous nous félicitons de cette prise de position, qui représente la position officielle de Wikimédia et qui permettra d’enfin donner à la culture française la place qu’elle mérite sur les réseaux. La richesse doit être créée en inventant des services qui mettent en valeur les œuvres et leur numérisation, mais sans jamais s’opposer à la diffusion et à l’appropriation de ces œuvres.

Nous avons également été sensibles à la volonté marquée de promouvoir l’usage des licences libres – encore que le flou demeure sur les moyens mis en œuvre, et sur l’identité de ces licences (toutes les licences Creative Commons ne sont pas des licences libres au sens propre). Il semble en tout cas raisonnable (proposition 78) qu’un projet subventionné par de l’argent public donne lieu à des productions qui reviennent au public, qui soient réutilisables par lui, et donc qu’elles soient placées sous licence libre.

Le passage sur le nécessaire partage des métadonnées montre que les enjeux d’interconnexion des ressources ont été compris, travail dans lequel Wikimédia prend également toute sa part, étant à la fois producteur et utilisateur de métadonnées extérieures.

Nous regrettons en revanche que la liberté de panorama ne fasse pas partie des propositions d’aménagement du code de la propriété intellectuelle, alors même qu’une directive européenne l’a proposée il y a plus de dix ans et que cette exception existe dans la quasi-totalité des pays européens, sans aucune conséquence négative connue. Une telle mission aurait également pu être l’occasion de repenser le droit d’auteur des fonctionnaires afin que ce qui est produit par la fonction publique bénéficie pleinement à tous en appartenant automatiquement au domaine public − ce qui est le cas dans certains pays.

Aucun commentaire 29/04/2013

Lauréat 2013 du Prix Wikimédia France de la recherche

Wikimédia France a le plaisir d’annoncer le premier lauréat du Prix Wikimédia France de la recherche.

Il s’agit de Roy Rosenzweig pour ses travaux d’historien spécialiste de l’histoire numérique à l’université George Mason en Virginie.

Ce choix a été fait parmi une trentaine d’auteurs de publications scientifiques portant sur les projets Wikimedia et la connaissance libre. Il résulte de plusieurs mois de sélection, de discussions et de votes de la communauté Wikimedia, et de propositions faites par un jury de spécialistes.

L’histoire peut-elle être “open-source”? Wikipédia et le futur du passé

(titre original : Can history be open source? Wikipedia and the future of the past)

de Roy Rosenzweig, publié dans The Journal of American History, en 2006.

Dans cet article de 2006, l’auteur a analysé Wikipédia avec un point de vue d’historien, en mettant  l’accent  sur l’exactitude des faits, mais aussi sur la qualité de l’écriture et le contexte historique des thèmes concernés.

Après avoir détaillé la naissance de Wikipédia et les enjeux de ce projet collaboratif, Roy Rosenzweig a comparé plusieurs entrées historiques de l’encyclopédie en ligne Encarta et de l’American National Biography Online (ANBO) avec des entrées de Wikipédia.  Résultat : concernant le degré de fiabilité des articles,  Wikipédia s’est révélé plus riche qu’Encarta, mais la longueur des articles n’y atteint pas le niveau de ANBO. Sur la précision des entrées, l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia et Encarta sont équivalents.

Roy Rosenzweig a ensuite analysé l’influence de l’écriture collaborative sur la qualité des articles. Il a conclu que l’écriture collaborative à plusieurs mains est souvent moins convaincante et cohérente. Cela est dû au mélange de plusieurs styles, à une rédaction par à coups et  à des intérêts et motivations divergents conduisant souvent à une moindre cohérence (comparativement aux entrées ANBO, bien conçues et rédigées par des historiens professionnels et reconnus).

Les entrées Wikipédia peuvent être, pour la plupart, exactes mais sont encore souvent mal rédigées voire historiquement non pertinentes. Roy Rosenzweig considère cependant qu’il existe un challenge consistant à associer qualité d’écriture et accessibilité.

Sur la place des historiens professionnels sur Wikipédia, il n’a aucun doute :

Est-ce que les professionnels de l’histoire doivent se joindre à ces historiens amateurs et venir écrire des articles dans Wikipédia ? Ma réponse est oui.

Pour Roy Rosenzweig, les historiens ont le devoir de contribuer à améliorer ce media très consulté et en pleine expansion afin de fournir aux utilisateurs une information de qualité. Roy Rosenzweig pense aussi que les historiens peuvent apprendre de ce modèle de production ouvert et collaboratif.

Vous pouvez consulter l’article intégral de Roy Rosenzweig (en anglais), sa traduction en français et une synthèse de ses travaux.
Site Internet dédié au Prix Wikimédia France de la recherche : http://researchaward.wikimedia.fr

Roy Rosenzweig est décédé en 2007. Wikimédia France accordera la récompense de 2 500 euros au Roy Rosenzweig Center History and New Media qu’il a fondé en 1994.

Par ce prix international de la recherche sur Wikipédia et la connaissance libre, Wikimédia France souhaitait mettre en valeur des travaux de recherche notamment dédiés à Wikipédia, et leur offrir une plus large visibilité auprès de l’ensemble de la communauté Wikimedia. Une nouvelle édition du Prix aura lieu en 2014.

2 commentaires 19/02/2013

Prix Wikimédia France de la Recherche : récompenser les travaux de recherche sur Wikipédia

Logo Prix Wikimédia France de la recherche

Impact de l’écriture collaborative sur la qualité des articles de Wikipédia, méthodes facilitant le suivi des contributions pour lutter contre le vandalisme, nature et qualité des contenus selon le statut des contributeurs, le domaine abordé, etc : ces sujets concernent au premier plan les bénévoles qui participent à la construction de Wikipédia.. mais aussi de plus en plus de chercheurs !

En lançant un prix international de la recherche sur Wikipédia et la connaissance libre, Wikimédia France souhaite donner un coup de projecteur à ces travaux de recherche, les encourager et les rendre accessibles à l’ensemble de la communauté Wikimedia.

Débutée en juillet dernier, la première étape consistait à recueillir les articles scientifiques en libre accès, dédiés notamment à Wikipédia et estimés par la communauté Wikimedia notamment par leur influence ou leur impact sur la compréhension et l’amélioration du fonctionnement de Wikipédia. Nous avons recueilli plus de 30 propositions de travaux de recherche, chacun respectant les critères de sélection : être en libre accès et publié dans des revues à comité de lecture, c’est-à-dire évalué par les pairs, entre 2003 et 2011. C’est grâce à un jury de qualité, composé de chercheurs œuvrant sur ces thématiques, que nous avons pu sélectionner 5 articles scientifiques.

Vous pouvez découvrir les résumés et les textes complets en anglais ci-dessous :

Pour les départager, Wikimédia France souhaite encourager chaque participant aux projets Wikimedia à donner leur avis et voter pour le travail de recherche qui leur paraît le plus stimulant et pertinent. La date limite pour voter est le 11 mars. L’annonce du lauréat est prévue pour fin mars. Les auteurs de la publication se verront attribuer une bourse de 2500 € dont ils pourront disposer librement pour faciliter et aider d’autres travaux de recherche en lien avec la connaissance libre.

Voir le site dédié au Prix Wikimédia France de la recherche : http://researchaward.wikimedia.fr/

9 commentaires 23/01/2013

Numérisation de fonds anciens de la BnF avec exclusivité temporaire pour le prestataire privé

(Coyau / Wikimedia Commons / CC-BY-SA)

Il y a quelques jours, le ministère de la Culture annonçait la signature de deux partenariats public / privé entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et des prestataires de numérisation. Ces deux partenariats ont pour objectif d’assurer la numérisation de fonds de livres anciens, de presse, de littérature et d’un fonds sonore de la Bibliothèque nationale de France, tous ces documents appartenant au domaine public.

Cette annonce a soulevé de vives polémiques dans le monde professionnel des bibliothèques et chez les organismes défenseurs des « biens communs ». Une lettre a été diffusée pour dénoncer cet accord BnF/partenaire privé et les clauses de cet accord. Sollicitée par des partenaires, Wikimédia France a finalement décidé de signer cette lettre.

Cette décision a fait l’objet de longues discussions car nous n’avons pas l’habitude de réagir à chaque annonce dans ce domaine. Wikimédia France cherche à libérer la connaissance par des actions concrètes, par des partenariats, par la formation ; et ne constitue pas une force politique ou de lobbying. Nous souhaitons donc éclaircir notre position par ce billet de blog, et réaffirmer la mission que nous nous sommes donnée : défendre la libre circulation du savoir, de manière raisonnée et efficace.

Qu’est ce que la numérisation de documents du domaine public ?

La numérisation consiste à scanner des documents, à y joindre une description (métadonnées) et à les mettre à disposition sur un site Internet, de manière pérenne. Pour des raisons de droit, elle concerne souvent les documents du domaine public et présente un double intérêt : d’un point de vue de la conservation des dits documents et de celui de leur diffusion et réutilisation. En effet, ces documents vieux de plusieurs siècles sont souvent extrêmement fragiles, rares et précieux. Consulter une copie numérique permet de ne pas avoir à manipuler physiquement ces documents et de les protéger. Cela permet aussi de réutiliser plus facilement leur contenu voire même de l’augmenter, par exemple avec l’ajout de paratextes, d’annotations et de permettre au lecteur de zoomer.

Les termes du partenariat BnF/prestataire privé

Les budgets des organisations culturelles ont tendance à diminuer et les financements publics sont extrêmement difficiles à trouver, notamment lorsqu’il s’agit de fonds anciens, difficiles à mettre sous les feux de l’actualité. Avec cet accord public / privé, la BnF a choisi de se tourner vers des sources de financement et prestataires externes.
Ce partenariat aura pour résultat la mise à disposition payante des œuvres dans un format numérique. La consultation de ces documents sera gratuite depuis les espaces de la BnF, à Paris. La diffusion et l’exploitation en ligne des copies numériques fait en effet l’objet d’une clause d’exclusivité en faveur des partenaires chargés de la numérisation, afin que ceux-ci puissent les mettre à disposition sur Internet. L’accès sera alors payant.

Cette clause d’exclusivité est prévue pour une durée variable selon les fonds, de 7 à 10 ans en moyenne. Les œuvres numérisées étant dans le domaine public, elles rejoindront progressivement Gallica et seront toutes disponibles passés ces 10 ans. Cette manière de faire correspond notamment aux recommandations de l’Association of Research Libraries.

L’exclusivité concerne le scan proprement dit. Elle n’a bien sûr pas d’influence sur l’accès au document original ni à tous les usages qui peuvent être faits des textes eux-mêmes. Ces documents étant issus du commerce (il ne s’agit pas d’œuvres uniques comme dans les musées ni de documents officiels comme dans les archives), il est fréquent qu’une autre bibliothèque possède un exemplaire des éditions concernées, qui peuvent être numérisés au besoin (au risque de faire doublon à terme).

De tels partenariats sont menés par ProQuest depuis plusieurs années dans les bibliothèques nationales de plusieurs pays européens. La base de données ainsi constituée, appelée EEBO (Early European Books Online), a fait l’objet de l’achat (dans sa première mouture) d’une des premières « licences nationales » par l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES), ce qui signifie que tous les établissements publics français du supérieur y ont accès de manière égale et localement gratuite (financement national). Cette licence, récemment signée, n’a pas fait l’objet de contestations particulières en France.

Pourquoi une telle levée de boucliers ?

L’annonce par le ministère de la Culture de la signature des clauses de cet accord entre la BnF et des prestataires de numérisation ont soulevé de vives polémiques au sein d’associations et de collectifs œuvrant pour la diffusion libre de la culture, ainsi que dans des associations professionnelles liées au monde des bibliothèques.

Les associations et partis politiques signataires soulignent le danger de cette clause d’exclusivité, qui “enclot” les œuvres, pourtant dans le domaine public, dans une exploitation exclusive pendant de nombreuses années avant qu’elles ne puissent être réellement librement diffusables. Plusieurs associations liées au milieu du « libre » ont co-signé une lettre dénonçant l’action menée par la BnF, parlant de « privatisation du domaine public ». Le caractère exemplaire d’une institution nationale telle que la BnF a certainement donné à l’action une valeur symbolique supérieure à sa signification véritable.

Comment Wikimédia France se positionne par rapport à tout cela ?

Après de longs débats internes, il a été décidé de co-signer cette lettre bien que sa forme, et notamment son ton, n’ait pas fait l’unanimité au sein de Wikimédia France.

Sur le plan des principes, Wikimédia France adhère aux protestations qui ont pu s’élever, dans la lignée de l’Association des bibliothécaires de France ou de l’IABD. Ces livres appartiennent au patrimoine culturel commun. Il est temps que leur usage ne soit plus réservé à quelques chercheurs et érudits mais que la numérisation soit l’occasion de permettre leur accès à tous − depuis n’importe quel point du territoire français ou de l’étranger − accompagné d’une médiation efficace qui les rende compréhensibles et les remette en contexte.

Nous nous étonnons également du modèle économique choisi. Non à l’échelle de la BnF : cette dernière est appelée à obtenir des fonds propres ; c’est donc ce qu’elle fait. Mais l’État, lui, devrait être conscient que les principaux acheteurs d’une telle base de données seront les universités, dont les budgets d’acquisition de ressources documentaires sont déjà largement grevés par l’achat des revues scientifiques dont le coût augmente sans cesse. Au final, à petite échelle, cette solution ne consiste pas tant à créer de la richesse qu’à en transférer des universités à la BnF − toutes étant des institutions publiques dont les ressources reposent essentiellement sur l’impôt. Wikimédia France n’est pas opposée à une exploitation commerciale : nous avons toujours souligné au contraire l’extraordinaire levier de richesse que constitue le domaine public.

Nous contestons plutôt l’exclusivité offerte à ProQuest – au détriment d’un libre accès à ses œuvres ou de la recherche d’autres partenaires qui auraient été capables d’offrir un service plus ouvert. Nous regrettons également que la politique culturelle ne comptabilise que les coûts et recettes directs, en faisant fi des retombées indirectes que permet la mise en ligne immédiate (ne serait-ce que les économies faites par les étudiants et chercheurs qui n’ont plus à se rendre à Paris exprès). En oubliant aussi l’importance pour les institutions nationales françaises de diffuser notre culture dans un Internet qui risque de devenir exclusivement de culture anglo-saxonne. Ce type de partenariat ne peut servir le rayonnement des collections de la BnF parce qu’il freine la diffusion des collections, alors même que de plus en plus de grandes institutions internationales, notamment américaines, misent sur l’ouverture totale pour attirer vers leurs richesses de plus en plus d’utilisateurs et de réutilisateurs.

Pourtant, Wikimédia France a toujours cherché à accompagner les institutions dans la libération de leurs ressources et à proposer des solutions raisonnées, crédibles et viables économiquement. Dans une période de moindre financement, nous pouvons entendre qu’il vaut mieux mettre à disposition les scans de ces ouvrages dans dix ans que ne pas les numériser du tout.

Nous accueillerions donc avec joie un effort de transparence de la part de la BnF afin que soient présentées les pistes suivies afin de démontrer que le partenariat public/privé a été choisi en dernière instance car seule solution réellement implémentable.

Nous pensons également que le partenariat peut être amendé. En particulier, si nous nous réjouissons que les scans soient disponibles dans les murs de la BnF (où se trouvent déjà l’exemplaire originel), il nous semble important que des points d’accès existent dans les autres régions afin de promouvoir le principe d’égalité d’accès des citoyens aux services publics et à la connaissance. Or, la BnF travaille avec un réseau de bibliothèques, qui doivent donner accès au dépôt légal du web : y proposer les scans nous semble un projet raisonnable qui concilie les besoins des lecteurs et les contingences du prestataire.


Note : En raison du devoir de réserve auquel il est soumis, Rémi Mathis, président de Wikimédia France mais également conservateur en poste à la BnF, ne s’associe à aucun des propos de Wikimédia France en ce qui concerne cet accord de la BnF pour la numérisation de ses fonds anciens. Il n’a pas participé aux votes du Conseil d’Administration sur ce sujet.