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Archives pour la catégorie ‘Wikisource’
2 commentaires 30/11/2011

Il y a urgence

Traduction d’un essai d’emijrp publié le 24 octobre 2011.

Emilio (User:emijrp) contribue à Wikipédia depuis août 2005, il y est notamment dresseur de robot, et participe à la catégorisation du savoir. Ce texte est adapté de son essai There is a deadline (« Il y a urgence »), dont le titre fait écho à un précédent essai intitulé There is no deadline Il n’y a pas d’urgence »).

Cet essai ne représente que les opinions de son auteur.

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l’incendie de 2006

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l'incendie de 2006.
(Oleg Syromiatnikov, CC-BY-SA)

Chaque jour, des pans entiers de la connaissance sont perdus à jamais, dont aucune trace ne subsiste. Lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat quelque part ou qu’une guerre éclate, beaucoup de bibliothèques, archives, musées, monuments, bâtiments de valeur, incunables et objets uniques sont détruits.

De nombreux exemples en attestent, antérieurs à l’existence de Wikipédia. La bibliothèque disparue d’Alexandrie, les encyclopédies chinoises perdues, les églises, monastères, couvents et blibliothèques ravagées lors de la guerre civile espagnole1, l’incendie des chambres fortes de la 20th Century Fox qui détruisit tous les négatifs des films tournés avant 19352, les centaines de bibliothèques et d’archives bombardées et brûlées durant la Seconde Guerre mondiale3,4, les plus de 6000 monastères tibétains dévastés au cours de la Révolution culturelle chinoise, dans lesquels se trouvaient des sculptures, tapisseries et manuscrits uniques5, la bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine bombardée et réduite en cendres avec ses milliers de textes irremplaçables6, pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis la création de Wikipédia, la destruction du savoir s’est poursuivie au moins autant qu’avant. La Bibliothèque nationale d’Irak ainsi que d’autres lieux dépositaires de la culture ont été pillés et brûlés lors de l’invasion de l’Irak de 20037, le Tsunami de 2004 dans l’océan Indien a endommagé, voire totalement détruit, les bibliothèques et les archives de plusieurs pays, la majeure partie du patrimoine d’Haïti a été touchée ou anéantie par le tremblement de terre de 20108, de la même manière qu’au Chili suite au séisme de 2010. Récemment, le Musée égyptien du Caire a été pillé au cours de la révolution égyptienne de 20119.

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933.
(Domaine public)

Mais les guerres et les catastrophes naturelles ne sont pas les seules à menacer le savoir, ainsi que l’ont prouvé l’incendie de la Bibliothèque de la duchesse Anna Amalia en 200410 ou l’effondrement de l’immeuble qui hébergeait les archives de la ville de Cologne en 200911.

Ces événements font à chaque fois disparaître d’importants témoignages de la connaissance humaine, et parfois des patrimoines culturels entiers. Aujourd’hui, de nombreuses langues dans le monde sont en danger.

Par ailleurs, des centaines de sites sont fermés chaque jour sur Internet, la durée de vie moyenne d’une page web n’étant que de soixante-dix-sept jours12. Ces sites sont utilisés dans bien des cas en tant que références sur Wikipédia, mais bien que des projets tels qu’Internet Archive ou WebCite et des groupes de bénévoles comme ceux d’Archive Team13 fassent des copies de sauvegarde de certains d’entre eux, beaucoup d’autres sont définitivement perdus.

Crapaud doré (Incilius periglenes).

Crapaud doré (Incilius periglenes), espèce désormais éteinte.
(Charles H. Smith / U.S. Fish and Wildlife Service, domaine public)

Wikipédia et ses projets frères peuvent et doivent contribuer à sauver toutes ces formes du savoir, par la création d’articles encyclopédiques, le téléversement d’images sur Wikimedia Commons, la préservation des langues au sein du Wiktionnaire ou encore la transcription de livres dans Wikisource. Des événements tels que Wiki Loves Monuments peuvent permettre d’immortaliser des monuments à travers le monde avant qu’ils ne soient dégradés ou détruits, mais l’édition 2011 ne couvrait que des pays européens14. Il faut d’urgence un Wiki Loves Monuments mondial.

Il y a urgence. C’est une bataille contre le temps.

Notes

  1. [^] El martirio de los libros: una aproximación a la destrucción bibliográfica durante la Guerra Civil (archivé sur WebCite).
  2. [^] $45,000 Fire Drives Families From Homes in Little Ferry », Bergen Evening Record, 9 juillet 1937, p. 1 ; cité par Richard Koszarski in Fort Lee: The Film Town, Indiana University Press, 2005, p. 339–341.
  3. [^] It Has Been Done Before! Reconstituting War-Ravaged Libraries (archivé sur WebCite).
  4. [^] Aftermath of the Warsaw Uprising, Planned destruction of Warsaw et Polish culture during World War II.
  5. [^] Tibetan monks: A controlled life (archivé sur WebCite).
  6. [^] Erasing the Past: The Destruction of Libraries and Archives in Bosnia-Herzegovina (archivé sur WebCite).
  7. [^] Photographies de la Bibliothèque nationale d’Irak (août 2003).
  8. [^] Haiti Cultural Recovery Project (copie archivée sur Wayback Machine).
  9. [^] Breaking: Images of Egyptian Museum Damage -UPDATE 34- King Tut Objects Damaged? (archivé sur WebCite).
  10. [^] Hilfe für Anna Amalia (archivé sur WebCite).
  11. [^] Archive Collapse Disaster for Historians – Spiegel Online International (archivé sur WebCite).
  12. [^] Internet Archive – Foire aux questions (archivé sur WebCite).
  13. [^] Site Archive Team (archivé sur WebCite).
  14. [^] Wiki Loves Monuments 2011 – Site web européen (archivé sur WebCite).
Aucun commentaire 19/10/2011

Wikimédia France à la Novela de Toulouse

Crâne de Babouin Cynocéphane

Babouin Cynocéphale Papio hamadryas cynocephalus.
(Didier Descouens, CC-BY-SA)

Dans le cadre du partenariat avec la mairie de Toulouse, Wikimédia France participera à de nombreux évènements lors de la Novela, le festival des savoirs partagés qui se tient du 7 au 23 octobre.

Muséum d’histoire naturelle

Ce mercredi 19 octobre, à 18h30, Amphithéâtre Picot de Lapeyrouse, Didier Descouens fera un état des lieux du Projet Phoebus qui vise à la mise en ligne sur Commons, la médiathèque libre, de photographies des collections du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse accompagnée de notices d’explications trilingues (français, anglais et allemand). Cet état des lieux sera suivi d’une conférence de José Braga sur « Les Crânes » puis de la remise des prix du concours « le Crâne de Mon cousin ».

Ateliers scolaires

Vendredi 21 octobre, au musée des abattoirs de Toulouse, auront lieu des ateliers d’initiation à Wikipédia à l’intention d’élèves de CM1. Le but est de leur donner les clefs pour profiter au mieux et avec esprit critique de l’encyclopédie participative.

Convergence bibliothèques et projets Wikimédia

Toujours le vendredi 21 octobre aux Abattoirs, des membres de l’association discuteront avec des bibliothécaires des collaborations possibles entre les projets Wikimédia et les bibliothèques : présentation des projets Wikimédia (Wikipédia, Commons, Wikisource) et des licences OpenData ainsi que réflexion sur les ateliers passés (partenariat avec le château de Versailles ou le centre Pompidou) et à venir.

Ateliers pour tous

Enfin, le samedi 22 octobre aux Abattoirs, des bénévoles accueilleront le grand public pour un atelier découverte de Wikipédia.

Aucun commentaire 11/04/2011

François Bon – sa vision de Wikipédia

Wikimédia France suit avec intérêt les réflexions et expériences innovantes dans le domaine de la culture numérique. Nous sommes donc honorés de publier ici ce texte de François Bon, écrivain et éditeur, fondateur de publie.net, déjà publié sur son blog le tiers livre, à l’occasion de la parution de Vie et mort de Tina l’exilée de Patrick Deville.

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu sur Wikipédia ?

Parce que nos encyclopédies étaient depuis l’enfance nos possessions les plus précieuses, familiales ou collectives. Chez Borges, l’article manquant dans une réimpression du tome Tlön-Uqbar de la Britannica génère l’existence de tout un peuple et son énigme. Et voilà qu’on prend le risque que tout s’écroule. Où était le scandale ? Ce que validait le processus de fabrication était confié à la foule des contributeurs, et accessible à tous, sans achat préalable. Il y a eu des histoires, pages détournées, attaques diffamatoires discrètement glissées, imprécisions dont il était facile de se moquer – mais quelle proportion par rapport au surgissement qui semble désormais accompagner la totalité de nos curiosités ? Wikipédia apprendrait progressivement à se doter d’une mécanique parallèle de validation : traçage des contributeurs, pertinence des révisions.

Mais pour le mécanisme même, pas de retour en arrière possible.

Et nous-mêmes, dans nos permanentes recherches, trions du premier coup d’œil la référence Wikipédia des ressources éventuellement plus spécialisées que nous recherchons. Mais la référence Wikipédia, on s’en servira comme synthèse, et de plus en plus comme répertoire de liens, réouvrant vers le web à un autre niveau que le moteur de recherche généraliste. Ainsi, l’encyclopédie ouverte, anonyme et gratuite a trouvé sa permanence et sa pertinence dans nos usages quotidiens, privés ou professionnels.

Wikipédia est une sorte de compagnon de proximité : non pas forcément pour les choses les plus pointues (comme on plaisantait autrefois du Monde que nous lisions tous, disant que c’était le meilleur journal, sauf en ce qui concernait la discipline de chacun). Là encore, des disparités, selon ce que les chercheurs en saisissent : il m’arrive des explorations complètement stupéfaites concernant des points scientifiques ou techniques. Je m’en sers pour retrouver instantanément un point de bibliographie, date de parution de tel livre de Duras, même si ensuite je prolonge ailleurs mes recherches. Les autres sources seraient à un niveau de validation plus fiable ? Je sais bien que là où elles s’élaborent, dans les maisons d’édition notamment, c’est Wikipédia et Google qui sont ouverts sur les ordinateurs.

Comme il était magique, autrefois, notre Petit Larousse, d’aller dans la page des noms propres et de trouver, même pour son propre village, après l’indication de la sous-préfecture dont nous dépendions, le nombre précis des habitants : on habitait nous-mêmes un peu le dictionnaire. Wikipédia est un outil spatial aussi puissant dans son genre que Google Earth dans le sien. Chaque lieu a son histoire, son bassin de liens, et une relation d’intimité aux contributeurs encore plus marquée que pour les points techniques ou culturels. J’ai affaire à une ville ou un lieu dans mes écritures personnelles, même une toute petite ville loin à l’étranger, et j’irai voir l’article Wikipédia.

Je ne suis jamais intervenu dans la page Wikipédia qui me concerne, je trouverais ça indiscret, vaguement obscène même. Quand on m’a communiqué les 4 ou 10 lignes que me valait mon travail dans l’Universalis ou le Quid, j’étais content de les transmettre à ma maman, ça vaut toujours mieux que vos propres livres pour votre réputation, mais l’article Wikipédia est bien plus renseigné. À voir comment y sont mises en avant mes activités dans la région ouest, j’imagine que le ou les contributeurs (pas cherché à déplier les liens) sont arrivés par là. Posant récemment cette question à un ami enseignant les bases informatiques dans une fac de lettres et langues, j’ai découvert qu’un des exercices obligatoires, et un moment fort du cours, que ce soit langues ou lettres, c’était de proposer collectivement aux étudiants (et les évaluer en conséquence) une contribution, ajout ou développement, à Wikipédia, en rapport avec le thème de leur section ou études. La prise en charge anonyme, large et collective de la validation même de Wikipédia, comme propriété commune, s’établit donc selon des processus vérifiables.

Un autre déplacement, en lui-même peu signifiant, mais qui me semble déterminant, c’est la pluralité des langues. Si nous avions accès aux dictionnaires et encyclopédies, à la maison, à l’école ou en bibliothèque, et quand bien même on trouvait (le Grand Larousse du XIXe siècle se lit comme un roman, tout rempli de crimes et d’horreurs) d’infinis prolongements à nos requêtes, c’était toujours dans notre propre langue. Wikipédia propose de lui-même l’extension à une recherche multilingue (Global Wikipedia), et le savoir intuitif de comment est construit un article, fait qu’on atterrit souplement dans la langue étrangère, et qu’on s’y reconnaît presque comme chez soi. On apprend, pour une information qui nous concerne de près, que la langue support compte peut-être moins que cette proximité même. Je ne parle ni ne lis l’espagnol, mais j’arrive parfaitement à me débrouiller d’un article Wikipédia en espagnol, si ma requête concerne un lieu ou un personnage d’Amérique du Sud.

Gardons-nous nos colères, nos impatiences ? Oui, bien sûr. Mais nous savons d’avance la réponse qui les désamorce : ah bon, l’article Wikipédia en français sur Julio Cortázar n’est pas à la hauteur de l’importance, la complexité, la richesse de cet écrivain ? Eh bien, que ne le complètes-tu toi-même… C’est une leçon du web que nous avons en permanence à réapprendre : le lire et l’écrire vont ensemble, et c’est ce qui dérange même les grandes figures artificielles de l’écrivain, du copyright et du droit d’auteur, de la publication – à nous de l’investir, humblement, anonymement, via notre mot de passe de contributeur.

Finalement, l’écran disparaît. Il est dans toutes les strates de notre relation au monde, de la recette de cuisine au voyage à préparer, du livre qu’on lit aux horaires du bus ou du train qu’on doit prendre. Nous utilisons d’ailleurs, téléphone ou tablette ou notre ordinateur fixe, une suite plurielle d’écran – depuis le musée, une interrogation sur une date, un nom, et l’article Wikipédia nous rejoint sans qu’on ait à attendre, interagit avec ce que nous regardons en temps et situation réels. En disparaissant, l’écran laisse une suite de strates transparentes : le moteur de recherche en est une, le dictionnaire Littré dans mon disque dur une autre, les ressources que je sais déposées dans mon disque dur (y compris les archives e-mails, les photographies) encore une autre. Wikipédia s’est imposé pour nous tous comme une de ces couches, familières, fines, mobile, plus ou moins pertinente qu’est-ce que cela fait, on la traverse nécessairement.

Questions qui se démultiplient pour un auteur : les textes proposés sur Wikisource sont extrêmement précis, puisque d’une part chaque contributeur a bichonné le texte proposé, d’autre part chacun peut apporter ses corrections, qu’on compare aux numérisations du Projet Gutenberg ou de Gallica pour voir. Et que Gallica (la Bibliothèque nationale de France) intègre cette collaboration, quelle bonne nouvelle. En même temps, ce ne sont pas des textes qui bénéficient du processus d’éditorialisation que nous apprenons à mettre en place : structuration de la table des matières oui, mais insécables, ergonomie de lecture, facilité à transporter ces textes sur des supports comme l’iPad, ce n’est pas le rôle des contributeurs de Wikisource. Pourtant, ces textes appellent cette éditorialisation pour que lire devienne vraiment plaisir, et pas consultation comme on le fait des articles. Et pour nous, auteurs, la question n’est pas principalement celle de la gratuité des ressources : nous proposons sur nos sites des ressources gratuites, elles s’associent avec les ressources rémunérées (livres numériques inclus), nous aident à nous positionner dans la vie sociale pour faire de notre écriture un métier (via autres commandes, lectures publiques etc.). Plutôt une question sur l’identité numérique : un texte que nous déposerions sur Wikisource ne séparerait-il pas nos visiteurs de notre site ? En même temps, j’ai l’impression que cette frontière devient fatalement poreuse : il n’y a pas un web de création, débat et polémique, complètement séparé d’un web de ressources validées et pérennes, les deux sont appelés de plus en plus à interférer.

Voilà ce qui m’a traversé la tête, quand Patrick Deville m’a proposé Vie et mort de sainte Tina l’exilée. Les romans de Patrick Deville, chez Minuit puis au Seuil, ont un soubassement commun : l’enquête, le voyage. C’était déjà chez Hérodote, très vieille fonction originelle de la littérature. Patrick Deville a trouvé depuis quelques années son point d’assemblage : d’un livre à l’autre, il remonte vers l’est, et ses romans vont ainsi recouvrir la terre. Pour chacun, l’Afrique noire l’an passé, le Cambodge dans celui qui vient, l’enquête s’ancre dans le contemporain, mais soude les livres l’un à l’autre par ce passé où interfère en permanence, en n’importe quel point du monde, l’histoire mondiale.

Sous ce grand voyage de fictions tournant autour de la terre, pour chacune les personnages réels interfèrent avec la fiction, quand seule l’autonomie de la langue permet d’inventorier l’inconnu du monde. Ces personnages ont une résistance, le roman ne les épuise pas, on les retrouve parfois passant de l’un à l’autre.

Ainsi de Tina Modotti : italienne, son père exilé aux États-Unis, elle le rejoint et devient petite couturière anonyme dans le grand brassage de Los Angeles. Puis taillant les costumes pour les tournages d’Hollywood, puis figurante, puis modèle du peintre Richard Weston. Elle vit au Mexique, devient elle-même photographe, laisse Weston pour le peintre en pleine ascension qu’est Diego Rivera. Alors c’est l’Histoire avec majuscule que croise la vie de Tina, de Trotsky à Malcolm Lowry ou Dos Passos, des danseurs de tango aux sombres affidés de Staline, des dictatures chamboulées aux anarchistes nomades, tout se rejoint parfois en un lieu, une poignée de jours – et la vie de ceux-là brûle.

Lorsque j’ai avancé dans ma première lecture du texte de Patrick Deville, que la lecture numérique autorise ce jeu permanent, dans l’intérieur du livrel, entre le texte et le réel source, j’en étais immédiatement sûr. Qu’il s’agisse de Mata Hari, du Komintern, du café Sorocabana de Buenos-Aires ou du cimetière Panteon de los Dolores de Mexico, si nous aimons lire numérique c’est pour cet axiome : plus on propose de sortir d’un texte, plus on aura plaisir à y revenir. Après tout, les livres imprimés qui ont été pour nous les plus précieux sont ceux qui nous ont fait le plus rêver pendant leur lecture même.

Ce que je ne savais pas, c’est comment Wikipédia me proposerait pour ce texte bref (36 pages), un parfait miroir du monde. Choisir tour à tour des liens dans Wikipédia et dans le web : mais ces liens sont dans les articles Wikipédia, qui intervient non pas comme tour de contrôle, mais presque comme un outil de dispersion, et libre à chacun d’aller vers telle piste ou telle autre. Le texte littéraire source alors troué de liens soulignés en bleu ? L’hypertexte ne doit pas abîmer la surface du texte, elle est un tissu aussi précieux que ces tissages des femmes mexicaines d’Oaxaca. Dans la version PDF, ils sont invisibles. Sur votre ordinateur, vous saurez le lien, sous le nom propre ou le mot technique, parce que le curseur de la souris deviendra une main, et sur votre tablette, une discrète inflexion de couleur. Mais avec 140 liens sous les 36 pages, c’est presque doubler le texte, comme un tissu (qu’on m’excuse de la redondance, les deux mots ont même étymologie), d’une nappe transparente, qui diffracte le texte vers le réel, avec chemin garanti de retour, au point même de lecture où vous étiez.

Il me semble qu’on ouvre ainsi à l’écriture non pas une technique (l’hypertexte, ce n’est pas d’aujourd’hui !), mais un autre espace de relation au monde, pour la raison suivante : c’est dès l’écriture, dans le temps de conception même, que l’auteur utilise ce miroir du monde, l’accroche à ses notes, sa documentation. On ne fait que sauver le processus même, rêve et recherche, de sa gestation.

Pris en défaut, Wikipédia ? Passe brièvement dans le texte un personnage au très étrange nom (il est canadien) Roubaix de l’Abrie Richey, aventurier et poète, « manière de Dylan Thomas ou de Thomas de Quincey », dit Robo. Un contributeur a ouvert une page à son nom dans Wikipédia anglophone, mais on en sait si peu sur ce personnage que la page est restée vierge. J’ai fait le lien quand même : et si un contributeur indiquait demain, dans la page de Robo le dandy, que le texte de Patrick Deville sur Tina Modotti en raconte un peu sur lui ? Et si au contraire, parce que ce lien est là comme un appel, quelqu’un complétait la page de Robo le dandy, nous-mêmes puissions actualiser le livrel de Patrick Deville (et chacun de nos lecteurs a bien entendu accès à cette mise à jour) ?

Gageons aussi que les contributeurs Wikipédia qui auront lu cette page iront d’eux-mêmes compléter la page de Patrick Deville.

Il me semble que nous sommes, ensemble, Wikipédia, l’auteur, et aussi l’éditeur numérique, dans un jour favorable. Et que le livrel, en se chargeant souterrainement de ses liens Wikipédia comme de ce miroir du monde, lui rend tout aussi bien hommage.

Merci de partager cette expérience.

Aucun commentaire 26/07/2010

Wikisource s’enrichit de livres donnés par la BnF

La Bibliothèque nationale de France (BnF) et Wikimédia France ont signé un partenariat il y a quelques mois pour enrichir Wikisource, bibliothèque numérique libre, de 1400 livres, accompagnés du texte généré par reconnaissance optique de caractères (OCR). Aujourd’hui, ces livres font leur apparition sur Wikisource et sont prêts à être corrigés et mis en forme par la communauté Wikisource.

Logo Wikisource

Wikisource

Depuis la signature du partenariat il y a quelques mois, une poignée de bénévoles s’est chargée de créer les livres dans un format facilement utilisable par Wikisource, le DjVu, sorte de PDF alternatif contenant à la fois l’image de chaque page du livre et sa version OCR fournie par la BnF. Maintenant, la communauté Wikisource prend le relai et se charge de vérifier l’OCR (de qualité variable selon les livres), de mettre en forme selon la syntaxe propre à Wikisource et de valider les métadonnées (auteur, éditeur, nombre de pages, etc.).Logo BnF

Pour cela, il y a besoin de beaucoup de petites mains ! Le travail n’est pas difficile mais peut être chronophage, aussi toute aide sera la bienvenue :-)

Aucun commentaire 17/06/2010

Les activités de Wikimédia France en mai 2010

Les activités des projets Wikimédia

Une fleur de muguet

Du muguet !
(Meneerke bloem, CC-BY-SA)


Partenariat de Wikimédia France avec la Bibliothèque nationale de France
Après l’officialisation du partenariat avec la BnF le 7 avril dernier, les premiers livres commencent à apparaître sur Wikisource. À terme, ce ne sont pas moins de 1 400 livres qui seront importés. Pour le moment, la communauté Wikisource donne son avis sur les premiers exemplaires. Pour suivre les discussions relatives à cet import, vous pouvez allez jeter un coup d’œil sur le scriptorium de Wikisource.
Photographies avec le Musée de Toulouse
Le projet toulousain avance : de nouvelles photographies des objets du fonds paléontologique du Museum de Toulouse ont été prises en mai, avec l’aide de Didier Descouens, Commonsien averti.

Des nouvelles des groupes régionaux

La « cabale » toulousaine
À Toulouse, le projet de vulgarisation scientifique « Wikipeplum » se poursuit. Encadrés par des Wikimédiens toulousains avec le soutien de l’association Plume!, des doctorants participent à Wikipédia sur des sujets liés à leurs thèses respectives (et plus si affinités) : ce travail s’intègre dans un atelier-projet dans le cadre de leur formation de moniteur par le CIES (Centre d’initiation à l’Enseignement supérieur) Midi-Pyrénées).
La Non-Cabale de l’Ouest fait la Nuit des musées
Cinq valeureux représentants de la NCO (Benoît, Nicolas, Pym, Sébastien et Sylvain) ont profité de la Nuit européenne des musées pour aller arpenter des lieux de culture rennais afin d’en tirer quelques images encyclopédiques.

Préparation de la levée de fonds

Amélioration de l’interface de donations
L’interface de dons en ligne à Wikimédia France a été améliorée. Un journal des donateurs permet désormais de consulter les dons effectués par Internet avec le nom du donateur (s’il le souhaite) et son éventuel commentaire.
Participation de l’association à la rencontre sur la levée de fonds
Du 14 au 16 mai, deux membres du conseil d’administration se sont rendus au fundraising summit 2010 à Bristol, sommet qui a réuni des participants de la fondation Wikimédia et des chapitres. Cette rencontre, la première du genre, était organisée par Wikimédia UK : son but est de développer une stratégie commune à la fondation et aux chapitres pour les levées de fonds et de partager les bonnes pratiques le plus tôt possible.

Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à les poser !
Et pour vous investir dans nos actions, il vous suffit d’adhérer à Wikimédia France !