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Archives pour la catégorie ‘Wikipédia’
12 commentaires 03/03/2010

Appréhender la véritable taille de Wikipédia

Wikipédia est un projet véritablement gigantesque, tant d’un point de vue technique que humain. On compare souvent ce projet à d’autres encyclopédies qui seraient, au choix, plus fiables, plus pertinentes, mieux illustrées, etc.  Ce faisant, on oublie que la comparaison est délicate, tant elle traite de sujets différents en définitive.

Un des aspects de cette différence est la taille. Il existe des Wikipédia en 250 langues (avec des contenus différents). 250 langues différentes, deux-cent cinquante langues. Considérant toutes ces langues, Wikipédia est formée [1] de 28 500 000 articles, vingt-huit millions cinq-cent mille articles. On peut y ajouter la médiathèque (Wikimédia Commons), formée de 5,6 millions de fichiers [2]. Tout cela est visité chaque mois par 346 000 000 visiteurs uniques, trois-cent quarante-six millions de visiteurs.

Pris ensemble, ces chiffres sont énormes et n’ont rien de commun avec tout autre projet encyclopédique existant. Comment appréhender une telle différence d’échelle ? Avec un dessin !

Des bâtiments représentants Wikipédia paraissent beaucoup plus imposants que ceux représentant Britannica, Universalis et l'Encyclopédie.

Ce graphique représente la taille de wikipédia ainsi que celle de trois autres encyclopédies généralistes « classiques ». (Cliquez pour agrandir)

La surface du toit des bâtiments est proportionnelle au nombre d’articles. Affiché dans sa taille originale, un pixel représente un article. La hauteur des bâtiments est fonction du pourcentage de conflits dans la catégorie correspondante. Les catégories et les conflits ne sont pas montrées pour les encyclopédies classiques.

Chaque fenêtre rouge correspond à 1000 éditeurs très actifs (avec plus de 100 éditions par mois), les bleus représentent 1000 contributeurs actifs (plus de 5 éditions par mois).
Chaque bonhomme bâton représente un million de visiteurs uniques par mois. Du fait du manque d’information concernant les encyclopédies classiques, il n’y a aucun visiteur dessiné près d’elles.

Certains bonhommes transportent de petits carrés, qui représentent chacun 21 nouveaux articles par mois (un pixel par article dans les proportions originales).

Les données concernant la taille et la fréquentation proviennent de la page de statistiques de la Wikimedia Foundation, celles sur la couverture thématique de l’étude de Kittur et al. dont nous avons déjà parlé.

L’image est diffusée sous licence « Creative Commons – Attribution – Partage à l’identique », vous pouvez l’améliorer en utilisant le fichier SVG source.

[1] statistiques datant de décembre 2009

[2] et est passée à 6 millions de documents le 1er février 2010

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par Johann Dréo
Categories: Wikimedia Commons, Wikipédia
2 commentaires 17/02/2010

L’expertise est-elle sur Wikipédia autant que dans les bibliothèques ?

Les « services de référence virtuels » (SRV ; reference desk en anglais) se sont dernièrement beaucoup développés dans les bibliothèques. Il s’agit de proposer sur internet le même service de conseil qu’à l’intérieur d’un établissement : réponse directe aux questions posées, pistes de recherche, proposition de bibliographie, etc.

Le « Guichet du savoir » de la bibliothèque municipale de Lyon a été pionnier en France, mais « Rue des facs » des bibliothèques universitaires parisiennes, le réseau « BiblioSésame » piloté par la BPI ou « Sindbad » de la BnF proposent des services proches.
Dans tous les cas, des bibliothécaires mettent leur expertise et leur expérience de la recherche documentaire au service des usagers.

Alvar Librarian 1940

Une bibliothécaire à La Nouvelle-Orléans, en 1940 (source : Wikimedia Commons, AlvarLibrarian1940)

Wikipédia propose un service équivalent, appelé l’Oracle en français  et Reference desk en anglais : ce ne sont plus là des professionnels qui répondent mais des wikipédiens volontaires.

Une chercheuse de la School of Library and Information science de l’université d’Indiana, Pnina Shachaf, a étudié la qualité comparée des SRV de Wikipédia et des bibliothèques. Ses résultats ont été publiés dans une revue universitaire, le Journal of Documentation (2009, vol. 65, n°6, p. 977-996).

Elle se fonde sur 434 messages (77 questions et 357 réponses) du service de la wikipédia anglophone et utilise SERVQUAL, méthode servant à évaluer la qualité des services rendus, à partir de trois variables qualitatives : la fiabilité (pertinence, complétude, vérifiabilité, qualité des sources), la réactivité (rapidité de réponse), l’« assurance » (donner une réponse courtoise, rédigée et signée). Le premier message de chaque jour du mois d’avril 2007, sur chacune des sept thématiques proposées, a été prélevé afin de servir d’échantillon, puis onze jours ont été analysés.

Les résultats obtenus sont comparés à des études semblables portant sur les services offerts par les bibliothèques (Saxton et Richardson 2002 ; Arnold et Kaske 2005 ; Janes et Mon 2006 et 2008 ; Shachaf et Horowitz 2008 etc.).

La conclusion est sans appel (p. 988) : « Les deux [les bibliothèques et Wikipedia] fournissent la même qualité de réponse avec des variations minimes et, excepté pour l’usage des sources, le service de référence de Wikipédia est meilleur que les bibliothécaires » (« both provide the same level of answer quality with minor variatons and except for the use of sources, the Wikipedia Reference Desk outperforms librarians »)

Wikipedia vs. Librarians

Wikipedia vs. Librarians

La chercheuse tente alors d’expliquer le phénomène et pose quatre hypothèses :
1/ le système du wiki donne un avantage sur les autres outils et permet de donner de meilleures réponses
2/ l’expérience et les compétences des wikipédiens répondant aux questions équivalent ceux des bibliothécaires
3/ les résultats reflètent des différences dans le type de questions posés aux deux systèmes
4/ La réponse collaborative de Wikipédia donne de meilleures résultats que celle, dyadique, des bibliothèques

Les première et troisième hypothèses ne peuvent être soutenues ni infirmées en l’absence d’étude scientifique.
La seconde reçoit une réponse nuancée. L’auteur pense que la réponse d’un wikipédien unique est inférieure à celle d’un bibliothécaire, mais que c’est l’ensemble des réponses qui sera meilleur. Le risque étant que le lecteur se satisfasse de la première réponse correcte, qui sera alors souvent inférieure à celle du bibliothécaire. Il n’est pas impossible que les wikipédiens pris individuellement soient tout simplement aussi bon que les bibliothécaires, mais cela demanderait une étude qui n’existe pas jusqu’à maintenant

L’auteur favorise cependant la quatrième hypothèse pour expliquer la supériorité de Wikipédia : « In an amagamated answer, responses can be improved, refined, verified, expanded, discussed and challenged; in fact many of the responses included elaboration on the first response ».

Le chercheur appelle néanmoins à approfondir les recherches sur le sujet : plusieurs des questions qu’elle se pose ne trouvent pour l’instant pas de réponse. En tout état de cause, l’article ne vise pas à dévaloriser le travail des bibliothécaires mais leur demande de s’interroger sur l’avenir des services de référence et de prendre en compte les expériences probantes qui existent par ailleurs.

Et le service de référence de Wikipédia en est une.

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5 commentaires 06/02/2010

Réflexions nocturnes autour de Wikipédia

Le risque quand vous devenez contributeur à Wikipédia est d’en devenir rapidement accro, ce qui dans le jardon wikipédien s’appelle un wikipédiholique (dérivé du mot-valise anglais workaholic, un drogué du boulot). Il existe même un test pour savoir si vous êtes atteints, et à quel degré, par ce symptôme. Contributeur actif à Wikipédia, je m’étais déjà amusé à faire ce test humoristique de 119 questions pour un  résultat attendu : « Accro à Wikipédia  » ce que quelques nuits à « wikifier » ou à corriger des articles les plus divers m’avaient déjà laissé deviner.

Sauf que cette nuit je n’étais pas sur Wikipédia : J’étais plongé dans les différents statuts juridiques et fiscaux  pour une création d’entreprise, bien loin de l’univers encyclopédique. Mais un chemin improbable allait m’y ramener.  Ayant un petit creux et une envie de pain, j’ai le réflexe de faire une rapide recherche sur Google avec comme phrase clé   « trouver du pain la nuit à Versailles ». Le célèbre moteur de recherche cette nuit là avait décidé de ne pas « être mon ami » : il ne me proposa aucun lien pertinent. Plus curieux, avant même la liste des boulangeries de la ville, le lien qu’il fit apparaître en second était un article de Wikipédia avec au premier abord peu de rapport avec ma recherche : « journées des 5 et 6 octobre 1789 !  »

Toute personne tiraillée par la faim, aurait immédiatement cliqué sur la liste des boulangeries mais le Wikipédiholique repenti que je suis ne put s’empêcher de cliquer sur le premier. On sait que Google place souvent les articles de Wikipédia en tête de son classement mais qu’est ce qui avait pu faire qu’un article sur la Révolution française me soit proposé dans les premiers résultats pour une recherche d’une boulangerie ouverte la nuit ? L’entête de l’article allait vite me donner l’explication et me rafraichir la mémoire (programme de seconde à mon époque) : Des Parisiennes sont venues au château de Versailles  réclamer du pain à Louis XVI  lors des journées révolutionnaires du 6 et 7 octobre 1789 !

Lafayette baisant la main de la Reine Marie Antoinette sur un balcon du château de Versailles pour apaiser la foule. Source Wikimédia Commons.

Et me voila parti à lire l’article, curiosité qui peut caractériser tout à chacun, corriger la petite faute d’orthographe, ce que peut faire un simple amoureux d’une encyclopédie bien écrite.  Le rajout de liens internes caractérise déjà plus le réflexe wikipédien mais quand j’ai commencé à cliquer sur le Modifications récentes de la colonne de gauche, je savais que je retombais dans le travers du wikipédiholisme…

Ce lien vous permet de voir «  en direct » toutes les modifications, corrections ou créations d’articles sur l’encyclopédie en ligne.  Et il permet de constater que Wikipédia n’est pas une encyclopédie figée mais un projet bien vivant où chaque minute plusieurs dizaines d’articles sont corrigés, modifiés, créés mais aussi  (et beaucoup) discutés.  Chaque jour, entre 400 et 500 nouveaux articles apparaissent sur la Wikipédia en français,  nuit incluse. Je devrais dire nuit en France car Wikipédia en français est un projet sur lequel contribuent  des personnes du monde entier. Si une majorité d’entre eux  se trouvent en France (environ 70%)  ou dans la francophonie proche (Suisse, Belgique, Luxembourg), on trouve des contributeurs et encore plus des lecteurs sur les différents fuseaux horaires du globe  (Québec, France d’Outre-mer, Afrique et autres pays francophones) sans oublier les amoureux de notre langue des pays non francophones qui constituent une part non négligeable des contributeurs. Ainsi Wikipédia, sans faire de bruit, est probablement devenue un vecteur important de la diffusion du français dans le monde et un exemple réussi de ce que l’on pourrait appeler la « Francophonie 2.0 ». A l’exemple de ce professeur russe,  rencontré à Toula une ville située à 180 km au sud de Moscou (connue pour Tolstoï et sa manufacture d’armes)  qui, lecteur de Chateaubriand,  avait découvert ma ville de Saint-Malo  au travers des articles de Wikipédia.

Si le rythme de corrections, contributions ou créations d’article est moins actif à 4h00 GMT, il n’en reste pas moins de plusieurs par minute.  Les modifications défilent. Les Québécois sont présents,  l’actualité du monde aussi avec un vandalisme anonyme sur l’article Toyota aussitôt révoqué par le contributeur Alphos en patrouille RC. Il a été plus rapide que  le fidèle Salebot, ce génial petit logiciel robot présent 24 heures sur 24 pour lutter contre le vandalisme. Un contributeur mathématicien,  probablement un futur Wikipédiholique qui s’ignore, corrige des articles dont rien que le titre me rappelle de douloureux souvenirs.  Je cherche quelques contributeurs des  antipodes,  Tahitiens, Néo-Calédoniens ou Australiens francophones qui en cette fin d’après-midi  débuteraient leur WE sur l’encyclopédie.

Village de la Petite Diomede à flanc de volcan avec l'école du village sur la gauche. Source Wikimédia Commons.

Cela me rappelle que sur ce même fuseau horaire,  se trouvent les îles Diomède,  deux petites îles glacées au milieu du détroit de Béring, partagées entre la Russie et les Etats-Unis.  J’étais rentré en contact avec l’une des institutrices de l’unique village, accroché au raz de l’eau sur un flanc abrupt de la Petite Diomède, l’île  américaine de l’archipel. Je souhaitais vérifier la superficie de l’île (en plein dans ma période alaskienne de wikipédiholisme aggravé). Les versions russe et anglophone de Wikipédia donnaient deux chiffres différents et les autres encyclopédies ignoraient ces îles ou donnaient des chiffres fantaisistes (on devrait parler plus souvent des erreurs ou omissions des encyclopédies dites classiques, j’essayerai d’y revenir un jour sur ce blog).

J’avais été étonné que même dans cet endroit reculé, on utilisait Wikipédia. Quelques écoles d’Alaska se servent des versions en langue amérindienne locale pour que les jeunes Inupiaks, Yupiks ou Gwich’in  n’oublient pas leur langue et leur culture. Wikipédia existe en plus de 260 langues et pour certaines, elle est la seule encyclopédie disponible voire le seul support électronique. Wikipédia, sauvegarde des langues en danger 2.0 !

Je décidais d’arrêter là au risque de passer le reste de ma nuit sur Wikipédia.  Avec une pensée à tous les wikipédiholiques anonymes qui contribuent 24 h/24 sur ce projet passionnant. Si un  Wikipédiholisme sévère peut sans doute nuire à la vie sociale réelle du contributeur,  il faut reconnaitre que cela contribue grandement à la qualité de l’encyclopédie. Pour la fin de l’histoire, j’ai réussi à trouver dans Paris, une boulangerie avec un distributeur automatique de pain 24/24  avec cuisson rapide à la demande. Mais le temps d’un long crochet sur les articles pain et boulangerie pour voir si cette providentielle invention était mentionnée puis d’écrire ce billet et … la boulangerie de mon quartier s’apprête à ouvrir. Juste le temps de prendre un café sur le bistrot de Wikipédia !

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par Thierry Coudray
Categories: Wikimedia, Wikipédia
, ,
3 commentaires 25/01/2010

Wikipédia par… Roland Moreno

J’ai le plaisir, ce soir, de mettre en ligne sur ce blog un texte de Roland Moreno parlant de Wikipédia. Roland Moreno est un inventeur, celui de la carte à puce. C’est également quelqu’un qui prend beaucoup de temps pour réfléchir aux choses du monde.

Nous sommes entrés en contact en décembre, au moment de la levée de fonds, par le biais d’OTRS, ce système de gestion de mails où les internautes posent des questions très diverses sur Wikipédia ou sur le mouvement Wikimedia. Roland Moreno cherchait à faire un don, et naturellement j’ai répondu à ses questions, comme nous sommes plusieurs à le faire tous les jours.

De là a commencé entre nous une conversation très intéressante tournant autour de Wikipédia et du mouvement Wikimedia. Mr Moreno aime Wikipédia. Il aime y trouver réponses à ses questions les plus diverses, il aime son dynamisme et sa générosité. Après bien des mails de discussion, je lui ai demandé s’il serait d’accord pour qu’on regroupe toute cette correspondance et que nous la publions sur le blog de Wikimédia France. Finalement, c’est un condensé de ses réflexions que vous trouverez ici.

Pourquoi faire cela ? Pour une raison simple : Roland Moreno est un lecteur de Wikipédia, bien plus qu’un contributeur (même s’il a déjà contribué). Le lecteur, c’est celui pour qui nous donnons chaque jour de notre temps. Le lecteur, c’est la finalité de tous nos projets : construire une encyclopédie ou un corpus de connaissance libre est bien, ça pourrait presque être une fin en soi. Mais le construire pour le mettre à la disposition du public lui donne un aspect nettement plus ouvert, et justifie encore plus toute l’énergie que nous mettons tous à ces projets.

Roland Moreno n’est pas « n’importe qui » non plus. Avec toute sa gentillesse, sa bonhommie et sa simplicité, il est cependant une des personnalités importantes du monde de la technologie actuelle, par l’importance fondamentale qu’a prise son invention. Il est donc important aussi pour nous de montrer que nos actions sont soutenues par des personnalités aussi fortes que lui.

Je ne souhaite qu’une chose, c’est que ce billet soit le premier d’une longue série de prise de parole des lecteurs au sujet de Wikipédia et des projets Wikimédia.

Bonne lecture !

Notes sur Wikipedia (par Roland Moreno)

C’est assez simple, en somme.
Wikipedia représente pour moi rien moins que l’inaccessible, le but ultime de toutes choses auxquelles j’aurais rêvé de consacrer ma vie.
• Un effort collectif considérable
• le talent inouï d’avoir su faire converger toutes ces générosités (ici : la générosité d’écrire)
• le talent et le mérite, non moins inouïs, d’avoir su organiser ça en un projet d’encyclopédie,
merveilleusement cohérent
• d’avoir, sur la durée, maintenu l’étincelle du bénévolat

• il n’y a pas que le bénévolat rédactionnel : il y a aussi l’organisationnel et même et surtout — disons le mot — informatique
- Wikipedia est une véritable cathédrale du XXIe siècle (c’est de son fonctionnement électronique que je parle ici) : la gestion de l’onglet HISTORIQUE doit représenter à elle seule des millions de lignes de code
- qui dit bénévole dit pas un rond : ça, c’est le miracle
- que ça se puisse

Wikipedia nous en offre à chaque minute la parfaite démonstration

- que ça ne soit pas éphémère
• c’est donc utile (le contraire de futile)
• pérenne (je n’ai plus aucune inquiétude à ce sujet)
• et c’est un succès — le mot est même un peu faible !
À la beauté et à l’intelligence, il faut absolument ajouter la gratuité, encore plus belle que celle de Google : non-profit organization, l’inaltérable Wikipedia n’a pas d’actionnaires à qui rendre des
comptes, de gouvernement chinois ou iranien devant qui s’incliner afin que ne soient pas
(justement !) contrariés lesdits
À la différence de Google (autre merveilleuse réalisation qui plusieurs fois par jour nous fait aimer
l’humanité), Wikipedia n’est pas une cash-machine
• aucune circulation d’argent, pas le moindre dollar en profit ou en perte
• pas de factures, aucun chiffre d’affaires, ni Nasdaq ni Wall-Street
• ni bonus, ni golden-parachutes, ni retraites-chapeau
• ne se répartit, de niveau en niveau, que le seul flux des dons

• enfin, apothéose du génie humain devant laquelle finir par se taire : aucune publicité d’aucune sorte,

– ni entrante
– ni sortante
– ni about
– aucun Sponsored link
– aucun souci lié au référencement.
Ne subsistent bavant mollement dans leurs coins que quelques grincheux, les inévitables sceptiques-à-qui-on-ne-la-fait-pas, éructant d’une voix de plus en plus inaudible que l’information de Wikipedia n’est même pas vérifiée et qu’on ne peut d’ailleurs être sûr de rien.

Le critère de loin le plus important, et donc le plus passionnant à observer de tous nos yeux émerveillés est celui du succès.
(L’utilité va un peu de soi, dès lors qu’on a réussi à éliminer du débat les sceptiques-à-qui-on-ne-la-fait-pas), et quant à la pérennité soyons simplement superstitieux et souhaitons que jamais ne se brise la boucle vertueuse : succès -> dons -> succès,
parce que le succès de l’entreprise Wikipedia est indépendant de son audience.

Voilà toute l’affaire : n’y aurait-il de part le monde que 11 utilisateurs de Wikipedia (onze en tout et pour tout), représentant un total de 33 connexions par mois que la réussite du projet Wikipedia serait quand même exemplaire, et que les cinquante bénévoles pourraient continuer, identiquement, le travail qu’ils font merveilleusement bien depuis dix ans.

Car Wikipedia n’a pas dans sa boucle la sanction de la publicité.

S’il n’y avait plus que onze téléspectateurs à regarder TF1, et onze Internautes à consulter Google
• le chiffre d’affaires de TF1 s’annulerait (en même temps que le cours de bourse), l’entreprise plierait instantanément

• le chiffre d’affaires de Google idem (cours de bourse idem), l’entreprise ne vivrait plus que du revenu des petites bannières Google (1/1000e du CA actuel ?), plus de Gmail gratuit, plus de Gearth gratuit, plus de Gmaps gratuits, etc. On plie. Et ce malheureusement, malgré l’immense intérêt de la prestation offerte par Google. (ce qui n’est pas le cas de TF1, à propos de quoi on peut vraiment parler de divertissement lambda.)

Situation résumée par ce récapitulatif

tableau récapitulatif

tableau récapitulatif

Incidence du contenu sur l’Audience

Voilà pourquoi Wikipedia constituera un précédent-clé dans l’histoire des médias.
Ceux qui occupent la scène sont ceux qui ont à voir avec le contenu :
• les consommateurs de contenu
• les moyens de fourniture du contenu

sachant que les annonceurs ne font pas partie du jeu, ce sont de purs parasites, la preuve :
• ils sont quasi-invisibles chez Google, béni soit Google
• il n’y en a pas chez Wikipedia.

D’une part, donc, les fournisseurs de contenu
• rédacteurs chez Wikipedia
• développeurs chez Google :
– créant des outils de référencement
– assurant la logistique du référencement
– et permettant l’exploitation d’une énorme bande passante.

D’autre part les consommateurs de contenu, c’est-à-dire the rest of us — chacun d’entre nous

Une fois payés
• le salaire des créateurs de contenu (zéro chez Wikipedia because bénévolat, ceci est un pur
détail)
• et la bande passante (machines, disques, bande passante proprement dite),

Les deux machines tournent, à la différence près d’un troisième personnage, l’annonceur, qui n’a pas
à voir avec la prestation, avec ce précieux contenu dont on fait bénéficier l’audience.

Google publierait-il, au lieu de ses résultats de recherche, les résultats sportifs, l’horoscope ou des textes pornographiques, cela ne changerait rien à la conduite des annonceurs (à audience égale) : ils paieraient l’espace pour insérer de la publicité.

Preuve ? Les chaînes de télévision, « bonnes » ou « mauvaises », dès lors qu’elles ont une audience décente, sont toutes saturées d’annonceurs, il en va exactement de même pour les journaux.

Au contraire, Wikipedia ferait-il la même chose (horoscope, etc.) que les donations cesseraient
aussitôt.

Google et Wikipedia offrent chacun une prestation merveilleuse ; ce mot un peu plat au souci de qualifier la situation suivante : cette prestation est bonne pour tout le monde, c’est à dire tous les éléments constituant l’audience, chacun, unanimement, serait prêt à payer une somme significative (p ex 1 euro) pour la prestation si par malheur celle-ci devenait subitement payante (voir Canal+ qui prospère alors que le vulgum pecus regarde une télévision brute, c’est à dire gratuite)

Ce qui leur permet d’offrir cette prestation c’est a minima l’argent (et subsidiairement dans le cas de Wikipedia, la bonne volonté des bénévoles), sauf que ce n’est pas le même argent :
- c’est dans Google une rémunération de l’audience
- et dans Wikipedia une récompense pour la satisfaction.

Énormes nuances entre les 4 termes de ce vocabulaire précis :

    • rémunération = contrat, = règles, = commerce, = tribunal
      récompense = intitiative du donateur sans aucun incitatif
      audience = mesures, critères, contestations, autorité
      satisfaction = contentement, satiété, plénitude.
  • Le cas intéressant est évidemment celui de Wikipedia qui offre comparativement à Google :

    *       approximativement la même puissance de feu (bande passante, fréquentation)

    *       une même satisfaction quasi-infinie quant à la qualité de la prestation (et, dans le cas de Wikipedia, celle-ci étant unique au monde),

    mais présentent surtout, des caractéristiques opposées en termes de vulnérabilité/longévité en raison de l’absence, dans le logiciel (comme on dit désormais) Wikipedia de sanction publicitaire.

    Quant au critère de Satisfaction nombreuse :

    *       il ne bénéficierait sans doute pas à TF1

    *       et s’appliquerait sûrement à Google, mais reste (superbement) ignoré.

    (Ce sera le mot de la fin.)

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    par Adrienne Alix
    Categories: Focus sur, Wikimedia, Wikipédia
    4 commentaires 08/12/2009

    Anh Đào Traxel porterait plainte contre Wikipédia selon l’AFP

    Depuis le début du mois d’octobre plusieurs articles font état du fait que Mme Traxel porterait plainte contre Wikipédia pour diffamation. Au fil des jours plusieurs journalistes nous ont contactés pour avoir des détails et à chaque fois les mêmes réponses ont été faites.

    Tout d’abord les faits. Au début du mois de septembre des propos injurieux ont été déposés sur l’article relatif à Mme Traxel. À ce moment là son article est vu, en moyenne, moins d’une centaine de fois par jour. Dès qu’un article de presse est publié sur le sujet, la fréquentation grimpe à 400 vues dans la journée. Les contenus injurieux ne sont alors déjà plus visibles, car retirés par des contributeurs à l’encyclopédie libre le 9 septembre, soit trois jours avant la publication des articles de presse.

    Fréquentation de l'article relatif à Anh Dao Traxel

    Fréquentation de l'article relatif à Anh Dao Traxel

    Le 13 septembre, jour de publication d’un article de presse, l’article reçoit à nouveau des contenus injurieux. Contenus qui sont retirés par un contributeur à Wikipédia dans la minute suivant leur ajout.

    Historique de l'article relatif à Anh Dao Traxel

    Historique de l'article relatif à Anh Dao Traxel

    Donc, premier constat, les contenus ont été médiatisés non pas par Wikipédia mais par les médias qui ont relayé la communication de Mme Traxel. C’est ce qu’on appelle un effet Streisand.

    Deuxième chose, l’AFP annonce que :

    Dans cette plainte déposée contre X, le conseil de Mme Traxel estime que l’auteur de l’article et le site internet Wikipedia ont agi « de concert » avec l’intention manifeste de nuire au couple Traxel.

    On va commencer par le plus évident. Wikipédia est une marque et non une personne d’un point de vue juridique. Un nom ne peut pas agir de concert puisqu’il « n’existe pas ».
    En admettant que ce soit un abus de langage et que le « conseil » de Mme Traxel veuille en fait parler de l’hébergeur du site internet Wikipédia, son allégation reste surprenante. Tout d’abord aucun des employés de Wikimedia Foundation, donc les personnes capables d’agir en son nom, n’a interagi avec les contenus de l’article sur Mme Traxel. Ensuite, à ma connaissance, Wikimedia Foundation n’a reçu ni mail ni fax en bonne et due forme. Dès lors que Wikimedia Foundation n’a eu aucun contact ni avec l’article relatif à Mme Traxel ni avec Mme Traxel ou son conseil, il est surprenant d’affirmer que Wikimedia Foundation a agi de concert avec l’auteur des propos injurieux.

    Dernière précision apportée aux journalistes insinuant que la législation française est lacunaire par rapport à Internet. La France s’est dotée en 2006 d’une loi très précise sur la responsabilité des hébergeurs Internet qui les responsabilise très fortement sous certaines conditions. Je vous laisse le plaisir de lire l’article 6 de la Loi de la Confiance en l’Économie Numérique pour plus de détails.

    Bref, comme une fois par an, une personnalité voit des propos injurieux à son encontre déposés sur Wikipédia.
    Si il est communément admis qu’il est important de porter plainte contre X afin que l’auteur des propos réponde de ses actes, il n’a pas encore été compris que loin d’être une zone de non-droit, Internet bénéficie d’un lot de lois assez complet concernant la responsabilité de chacun.

    Il est important de rappeler que sur Internet la responsabilité de l’hébergeur est équivalente à celle des imprimeurs. Et même potentiellement plus grande puisque les hébergeurs ont plus de responsabilité sur les contenus qu’ils impriment numériquement que les imprimeurs vis-à-vis des journaux qu’ils impriment.

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    par Christophe Henner
    Categories: Focus sur, Wikipédia