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2 commentaires 30/11/2011

Il y a urgence

Traduction d’un essai d’emijrp publié le 24 octobre 2011.

Emilio (User:emijrp) contribue à Wikipédia depuis août 2005, il y est notamment dresseur de robot, et participe à la catégorisation du savoir. Ce texte est adapté de son essai There is a deadline (« Il y a urgence »), dont le titre fait écho à un précédent essai intitulé There is no deadline Il n’y a pas d’urgence »).

Cet essai ne représente que les opinions de son auteur.

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l’incendie de 2006

La cathédrale de la Trinité à Saint-Pétersbourg pendant l'incendie de 2006.
(Oleg Syromiatnikov, CC-BY-SA)

Chaque jour, des pans entiers de la connaissance sont perdus à jamais, dont aucune trace ne subsiste. Lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat quelque part ou qu’une guerre éclate, beaucoup de bibliothèques, archives, musées, monuments, bâtiments de valeur, incunables et objets uniques sont détruits.

De nombreux exemples en attestent, antérieurs à l’existence de Wikipédia. La bibliothèque disparue d’Alexandrie, les encyclopédies chinoises perdues, les églises, monastères, couvents et blibliothèques ravagées lors de la guerre civile espagnole1, l’incendie des chambres fortes de la 20th Century Fox qui détruisit tous les négatifs des films tournés avant 19352, les centaines de bibliothèques et d’archives bombardées et brûlées durant la Seconde Guerre mondiale3,4, les plus de 6000 monastères tibétains dévastés au cours de la Révolution culturelle chinoise, dans lesquels se trouvaient des sculptures, tapisseries et manuscrits uniques5, la bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine bombardée et réduite en cendres avec ses milliers de textes irremplaçables6, pour n’en citer que quelques-uns.

Depuis la création de Wikipédia, la destruction du savoir s’est poursuivie au moins autant qu’avant. La Bibliothèque nationale d’Irak ainsi que d’autres lieux dépositaires de la culture ont été pillés et brûlés lors de l’invasion de l’Irak de 20037, le Tsunami de 2004 dans l’océan Indien a endommagé, voire totalement détruit, les bibliothèques et les archives de plusieurs pays, la majeure partie du patrimoine d’Haïti a été touchée ou anéantie par le tremblement de terre de 20108, de la même manière qu’au Chili suite au séisme de 2010. Récemment, le Musée égyptien du Caire a été pillé au cours de la révolution égyptienne de 20119.

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933

Autodafé de livres à Berlin le 10 mai 1933.
(Domaine public)

Mais les guerres et les catastrophes naturelles ne sont pas les seules à menacer le savoir, ainsi que l’ont prouvé l’incendie de la Bibliothèque de la duchesse Anna Amalia en 200410 ou l’effondrement de l’immeuble qui hébergeait les archives de la ville de Cologne en 200911.

Ces événements font à chaque fois disparaître d’importants témoignages de la connaissance humaine, et parfois des patrimoines culturels entiers. Aujourd’hui, de nombreuses langues dans le monde sont en danger.

Par ailleurs, des centaines de sites sont fermés chaque jour sur Internet, la durée de vie moyenne d’une page web n’étant que de soixante-dix-sept jours12. Ces sites sont utilisés dans bien des cas en tant que références sur Wikipédia, mais bien que des projets tels qu’Internet Archive ou WebCite et des groupes de bénévoles comme ceux d’Archive Team13 fassent des copies de sauvegarde de certains d’entre eux, beaucoup d’autres sont définitivement perdus.

Crapaud doré (Incilius periglenes).

Crapaud doré (Incilius periglenes), espèce désormais éteinte.
(Charles H. Smith / U.S. Fish and Wildlife Service, domaine public)

Wikipédia et ses projets frères peuvent et doivent contribuer à sauver toutes ces formes du savoir, par la création d’articles encyclopédiques, le téléversement d’images sur Wikimedia Commons, la préservation des langues au sein du Wiktionnaire ou encore la transcription de livres dans Wikisource. Des événements tels que Wiki Loves Monuments peuvent permettre d’immortaliser des monuments à travers le monde avant qu’ils ne soient dégradés ou détruits, mais l’édition 2011 ne couvrait que des pays européens14. Il faut d’urgence un Wiki Loves Monuments mondial.

Il y a urgence. C’est une bataille contre le temps.

Notes

  1. [^] El martirio de los libros: una aproximación a la destrucción bibliográfica durante la Guerra Civil (archivé sur WebCite).
  2. [^] $45,000 Fire Drives Families From Homes in Little Ferry », Bergen Evening Record, 9 juillet 1937, p. 1 ; cité par Richard Koszarski in Fort Lee: The Film Town, Indiana University Press, 2005, p. 339–341.
  3. [^] It Has Been Done Before! Reconstituting War-Ravaged Libraries (archivé sur WebCite).
  4. [^] Aftermath of the Warsaw Uprising, Planned destruction of Warsaw et Polish culture during World War II.
  5. [^] Tibetan monks: A controlled life (archivé sur WebCite).
  6. [^] Erasing the Past: The Destruction of Libraries and Archives in Bosnia-Herzegovina (archivé sur WebCite).
  7. [^] Photographies de la Bibliothèque nationale d’Irak (août 2003).
  8. [^] Haiti Cultural Recovery Project (copie archivée sur Wayback Machine).
  9. [^] Breaking: Images of Egyptian Museum Damage -UPDATE 34- King Tut Objects Damaged? (archivé sur WebCite).
  10. [^] Hilfe für Anna Amalia (archivé sur WebCite).
  11. [^] Archive Collapse Disaster for Historians – Spiegel Online International (archivé sur WebCite).
  12. [^] Internet Archive - Foire aux questions (archivé sur WebCite).
  13. [^] Site Archive Team (archivé sur WebCite).
  14. [^] Wiki Loves Monuments 2011 - Site web européen (archivé sur WebCite).
un commentaire 14/10/2011

Utilisation des licences Creative Commons dans l’éducation, la recherche et l’administration : une libération à l’échelle mondiale

Le sommet Creative CommonI

Les participants au Creative Commons Global Summit.
(Kristina Alexanderson, CC-BY)

Il y a quatre semaines, j’ai participé pour Wikimédia France au Creative Commons Global Summit, conférence annuelle mondiale du mouvement Creative Commons, dont l’une des missions est de rédiger les licences utilisées – entre autres – par les projets Wikimédia. Cette conférence se déroulait à Varsovie, en Pologne, et rassemblait environ 300 personnes. L’occasion de constater l’utilisation croissante des licences libres ou ouvertes dans des domaines très divers.

Les ressources éducatives ouvertes constituaient un des thèmes principaux de la conférence. Les ressources éducatives ouvertes sont des manuels, livres scolaires et autres documents utiles à l’apprentissage placés sous une licence libre ou ouverte. Leur financement est généralement assuré en tout ou partie par la collectivité. La création de ces ressources, et leur entrée dans les législations nationales ou régionales, a connu une accélération considérable au cours des dernières années.

  • Au Brésil, pays où 90 % des manuels scolaires sont financés par les pouvoirs publics, la municipalité de Sao Paulo a décidé en 2011 de placer sous des licences Creative Commons toutes les ressources éducatives qu’elle finance en totalité ou en partie.
  • En Australie, l’État fédéral a débloqué 2,4 milliards de dollars australiens pour la mise au point d’un programme scolaire numérique complet.
  • Une demi-douzaine d’États américains préparent actuellement une législation pour placer sous licence Creative Commons Paternité les ressources éducatives qu’ils financent.
  • 32 petits pays anglophones ont décidé de mutualiser leurs efforts pour la création de ressources éducatives libres.

Ces changements, qui concernent de nombreux autres pays, sont soutenus par plusieurs organisations internationales, au premier rang desquelles l’Unesco qui organise une conférence à ce sujet en juin prochain à Paris.

La conférence abordait également le thème du libre accès (ou open access) relatif à la publication d’articles scientifiques sous licence ouverte. 20% des articles scientifiques sont aujourd’hui publiés en open access, mais moins d’un tiers de ces articles sont publiés sous une licence libre. Les chercheurs doivent souvent se battre contre les éditeurs de journaux scientifiques, qui refusent la publication en open access et s’arrogent un droit d’auteur sur les articles qu’ils publient. La Public Library of Science obtient 7 millions de dollars par an en publiant ses articles uniquement sous licence Creative Commons – preuve de la viabilité d’un tel modèle.

Enfin, la libération des données et documents publics (ou open data) connaît elle aussi une accélération rapide, dans la plupart des pays du monde.

  • En Nouvelle-Zélande, le gouvernement fédéral a décidé très récemment que l’ensemble des données et informations publiques qu’il possède devaient être « ouvertes, accessibles, gratuites et réutilisables » ; les états fédérés sont encouragés à faire de même.
  • Le gouvernement polonais a décidé il y a quelques jours de placer sous licences Creative Commons ses productions, sauf dans les domaines dans lesquels il possède un intérêt économique.
  • Le Royaume-Uni prépare quant à lui un document-cadre pour recommander l’usage de licences libres pour les documents et données qu’il produit.

Comme l’a souligné un participant à la conférence, « we’re winning » (« nous gagnons »). Espérons que les mêmes évolutions positives verront le jour en France.

3 commentaires 05/04/2011

Chercheurs : que faire sur Wikipédia ?

L’accueil des spécialistes constitue un sujet récurrent sur Wikipédia, nourri régulièrement par les réactions outragées de spécialistes à qui on demande de justifier leurs ajouts par des références à la littérature scientifique et non à leur qualité.

Un format exigeant

Dans la théorie comme dans la pratique, écrire un article sur Wikipédia constitue un exercice souvent plus exigeant que l’écriture d’un article de recherche. Dans ces derniers, il n’est pas rare de voir mêlés les conclusions de la littérature et celles de l’auteur, des références à un consensus général du champ sur un point donné ou encore des références imprécises (en économie, il est rare de donner la pagination précise pour un résultat dans un article). Rien de tout cela dans Wikipédia : les avis personnels sont à bannir et les références précises sont demandées. Un article de bonne tenue sur Wikipédia exige donc une recherche documentaire au moins égale à celle d’une bonne revue de littérature.

L’exercice est d’autant plus complexe que l’exercice de synthèse et de vulgarisation qu’impose la rédaction d’un article encyclopédique est inhabituel pour de nombreux chercheurs. Il s’agit d’être à la fois précis et accessibles, sur des sujets complexes et demandant parfois un important prérequis qu’on ne peut supposer au lecteur. C’est évidemment très formateur mais également très ardu pour qui veut « simplement » corriger une erreur et va être tenté de faire cela en insérant un fragment de son cours. S’ajoute à cela un problème de ton, l’exigence de neutralité s’étendant au style attendu alors que cours comme articles de recherche peuvent faire la part belle aux opinions tranchées.

La syntaxe particulière du wiki représente une troisième barrière à l’entrée. Si les modèles pour la bibliographie sont d’une immense utilité pour les contributeurs chevronnés, leur utilisation n’est pas intuitive.

Que peut alors faire un chercheur qui souhaiterait participer un peu à Wikipédia ?

Commencer par lire

De même que nous avons appris à rédiger des articles de recherche en les lisant, il n’est sans doute pas de meilleure introduction à ce que doit être un article que la lecture d’un « bon article » ou d’un « article de qualité », deux labels distinguant des articles répondant à un certain nombre de critères. Si on peut critiquer le formalisme de la procédure de labellisation, force est de constater que l’essentiel des articles promus font effectivement honneur à l’encyclopédie et surtout constituent un bon modèle à la fois sur le plan de l’organisation, du style et des outils techniques.

Je vous invite donc à aller parcourir la liste des articles, en trouver un qui vous intéresse (dans votre spécialité ou non, à ce stade ce n’est pas l’essentiel) et le lire avec attention dans l’idée d’un modèle plus que pour le contenu.

Écriture : le choix du sujet

Wikipédia dispose de nombreux moyens de circulation. En plus des hyperliens, il existe des catégories, visibles au bas des articles, ainsi que des portails, dont les palettes sont généralement elles aussi en bas des articles, ainsi que sur les pages de discussion (deuxième onglet en haut de la page).

En parcourant la liste des articles de la plupart des projets, une chose frappe : les articles de bonne tenue sont souvent consacrés à des sujets précis, tandis que les articles les plus généraux sont, au mieux, dans un état discutable. De fait, la rédaction des articles généraux constitue probablement un des problèmes les plus épineux de Wikipédia : c’est là que la qualité des sources est la plus variable (vous en connaissez, vous, de bons ouvrages de synthèse sur Qu’est-ce que l’économie ?) et que les règles du projet imposent de laisser une place à des sources que le chercheur moyen considèrera (à juste raison) comme inacceptables. Pour le contributeur débutant, il s’agit donc d’espaces à fuir.

Choisissez au contraire pour commencer un sujet pointu, bien délimité, pour lequel vous disposez d’une liste maniable d’ouvrages et d’articles, ou mieux, de deux ou trois revues de la littérature de bonne qualité : un chapitre de manuel, un Repères et une revue font parfaitement l’affaire.

Écriture : rédiger

Reste à créer l’article. La solution la plus simple à mon sens est de chercher l’article immédiatement plus général que celui qu’on envisage de créer (s’il n’existe pas déjà), insérer dans la rubrique « articles connexes » un lien vers l’article projeté, et en profiter pour recopier les catégories de l’article-père.

Arrivé à ce stade-là, la rédaction pose en général peu de problèmes : les synthèses sur lesquelles on s’appuie imposent peu ou prou la structure de l’article et on peut alors se familiariser avec l’introduction d’hyperliens ainsi qu’à l’usage des modèles.

Il est possible d’aller demander de l’aide aux contributeurs participant au projet concerné par l’article. Je ne suis pas sûr qu’il faille toujours commencer par là : présenter un article déjà un peu avancé me semble permettre une meilleure intégration qu’une déclaration d’intention, surtout quand on a commencé par prendre la peine de se familiariser avec l’encyclopédie.

Écriture : améliorer

Une alternative à la création d’article pour entrer sur Wikipédia est de dénicher un article sur un sujet qu’on connaît bien où le matériau serait déjà présent mais demandant une réorganisation assez importante ainsi que l’introduction des sources. Théorie des enchères constitue, au moment où j’écris ces lignes, l’exemple d’un tel article : énormément de contenu, tout un tas de références mais un manque criant de structuration, de synthèse des idées essentielles à destination du non-spécialiste et de développement des points plus précis en direction du spécialiste (par exemple le théorème d’équivalence des revenus).

Les contributeurs chevronnés auront remarqué que je propose de commencer par des entreprises de longue haleine. C’est que, il me semble, ces entreprises sont plus formatrices et aussi plus de nature à attirer rapidement l’attention et les respect des autres contributeurs que des corrections ponctuelles. Cela a aussi l’immense mérite, de mon point de vue, de tenir les débutants à l’égard des démoralisantes controverses de neutralité et autres guerres d’édition.

Pourquoi faire tout cela, d’ailleurs ?

Au fait, qu’est-ce qu’un chercheur a à gagner à faire cet effort ? À mon sens, le gain d’une contribution peut être considérable. Tôt ou tard en effet, un bon article ou un article de qualité (et il ne faut pas trop hésiter à se fixer cela comme objectif) va se retrouver en page d’accueil de Wikipédia. Cela signifie une exposition conséquente pour le domaine concerné (voir les statistiques de consultation pour l’article Histoire évolutive des lémuriformes, mis en lumière le 6 mars dernier), en-dehors du trafic provenant des recherches généralistes.

L’exercice constitue en outre un fin en soi : la discipline exigée par la rédaction d’articles sur Wikipédia m’a considérablement servi dans la rédaction de l’opuscule sur le prix unique du livre. Elle oblige aussi à balayer plus large que ce que couvre usuellement une revue de littérature, le cadre de l’encyclopédie obligeant à prendre en compte des éléments d’autres disciplines.

Enfin, inutile de se cacher derrière son petit doigt : l’utilisation d’un article ou d’un ouvrage comme référence pour un article (on parle de « source ») constitue une valorisation de l’ouvrage en question. Ce qui amène à une question : est-il légitime pour un chercheur de rédiger un article en s’appuyant sur ses propres travaux ? Je pense que oui, s’il s’agit effectivement déjà d’une synthèse et si d’autres sources sont également utilisées.

Ce billet étant déjà bien assez long, je parlerai un autre jour de la gestion des relations sociales.

Ce billet est repris du blog « Notes d’un économiste » tenu par Mathieu P. L’original et les commentaires sont disponibles ici. L’auteur a poursuivi sa réflexion dans un billet intitulé « Valoriser son temps de recherche sur Wikipédia ».

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77 commentaires 30/11/2010

Wikipédia, Michel Houellebecq et le droit d’auteur.

Carte de Cassini

Carte de Cassini, Saint-Etienne (XVIIIe siècle).
(domaine public)

Depuis quelques semaines, la question de la réutilisation par Michel Houellebecq d’extraits d’articles de Wikipédia dans son roman « la Carte et le territoire » fait débat.

La récente remise du prix Goncourt à M. Houellebecq a remis en lumière cet épisode, et la médiatisation se fait aujourd’hui à partir de l’action d’un blogueur, Florent Gallaire, qui a soutenu que le roman de M. Houellebecq, en ne respectant pas les conditions de réutilisation de la licence Creative Commons CC-BY-SA (licence s’appliquant au contenu de Wikipédia), devenait par là même soumis à la CC-BY-SA et pouvait être publié gratuitement sur internet sous cette licence.

Cette argumentation, outre qu’elle fait couler beaucoup d’encre depuis des semaines, et pas toujours forcément à raison, a provoqué la réaction de Flammarion, l’éditeur de M. Houellebecq, qui déclare engager des poursuites contre Florent Gallaire.

Étant régulièrement sollicitée depuis plusieurs jours sur le sujet, l’association Wikimédia France, qui soutient et promeut en France le projet Wikipédia, a décidé de réagir officiellement sur le sujet, espérant par là clarifier les choses et apporter une parole d’apaisement.

La question semble être concentrée autour des conditions de réutilisation de Wikipédia.

Rappelons quelques principes à propos de Wikipédia :

  • Wikipédia nest pas un auteur. Wikipédia est une œuvre collective écrite par des auteurs multiples, les contributeurs, qui sont chacun responsables et bénéficiaires de leurs propres écrits.
  • La Wikimedia Foundation est lhébergeur des contenus publiés sur Wikipédia et n’y exerce pas de responsabilité éditoriale.
  • Wikimédia France n’est pas hébergeur de Wikipédia et son rôle est essentiellement un rôle de soutien et de pédagogie autour de Wikipédia.

Quelle est la licence de réutilisation des contenus de Wikipédia et qu’implique-t-elle ?

  • Les contributeurs de Wikipédia, à chaque fois qu’ils valident une contribution, placent celle-ci sous la licence de réutilisation Creative Commons CC-BY-SA.
  • Les contributeurs acceptent donc que leurs écrits puissent être reproduits, modifiés, distribués et communiqués sans restrictions.
  • Mais à la condition que l’auteur soit cité (paternité de l’œuvre) et que le contenu réutilisé soit redistribué sous la même licence.

Si Michel Houellebecq a bien repris quelques passages de Wikipédia dans son roman, comment aurait-il du les créditer ?

Flammation, éditeur de Michel Houellebecq, a indiqué que les « emprunts » relevés relèvent de la courte citation autorisée par la loi. Wikimédia France rappelle cependant à Flammarion que la loi (Code de la propriété intellectuelle, article L122-5, alinéa 3a) impose, pour toute citation de texte provenant d’un autre document, la mention de sa source. Il s’agit bien d’une obligation légale et non d’une simple convenance ou politesse.

Toute réutilisation hors du cadre de la courte citation implique l’autorisation des auteurs, qui, dans le cas des textes placés sur Wikipédia, est accordée selon les termes d’une licence-type. Or, la licence Creative Commons CC-BY-SA, la réutilisation impose que l’auteur soit cité et que le contenu repris soit redistribué sous la même licence.

Michel Houellebecq aurait donc dû, à tout le moins, indiquer soit en bas de page, soit en fin d’ouvrage, que le contenu provenait de l’article X ou Y de Wikipédia, et donner l’URL des articles en question. Cela permet de remonter facilement à la liste des auteurs, accessible par l’onglet « historique » en haut de chaque article de Wikipédia.

Cela aurait également pu régler le problème de la licence du roman de Michel Houellebecq : en identifiant exactement quels sont les contenus de son roman qui restent publiés sous licence CC-BY-SA, les questions de respect des conditions de réutilisation seraient bien plus claires, notamment en permettant de rapporter la quantité de contenu réutilisé au livre dans son ensemble et à la façon dont les contributeurs de Wikipédia ont été crédités.

Nous doutons que Florent Gallaire ait le droit de décider seul que le roman de M. Houellebecq peut être distribué sous licence Creative Commons CC-BY-SA. Mais alors, qui peut le faire ?

Ce sont les personnes qui pourraient s’estimer lésées par l’utilisation que M. Houellebecq a fait de leurs contributions qui peuvent se retourner contre lui et/ou son éditeur par le biais d’un recours en justice. « Wikipédia » ou Wikimédia France n’ont pas à se substituer aux contributeurs, mais Wikimédia France est dans son rôle en rappelant les conditions de réutilisation du contenu de Wikipédia.

Pour conclure

Nous nous réjouissons de voir que le débat sur les licences libres est porté sur la scène publique.

Nous nous réjouissons de voir le contenu de Wikipédia réutilisé : il est fait pour ça, le but étant l’accès de tous à la connaissance, c’est une des raisons pour lesquelles il est produit sous licence libre.

Mais nous souhaitons que ce débat et les actions en cours se fassent dans le plus strict respect des droits d’auteurs, des droits d’auteur de M. Houellebecq comme de ceux des contributeurs de Wikipédia : en respectant le travail de tous, une meilleure compréhension de la richesse incroyable apportée par l’utilisation des licences libres pourra être obtenue et bénéficier à tous.

Wikimédia France ne soutient donc pas l’initiative de Florent Gallaire, qui a mis en ligne une version de l’œuvre de Michel Houellebecq et l’a placée sous licence Creative Commons CC-BY-SA.

Les licences Creative Commons s’appuient sur le droit d’auteur pour donner à chacun la liberté de partager ses productions intellectuelles. Elles ne peuvent en aucun cas servir de prétexte au fait de bafouer le droit moral d’un écrivain. Personne n’a à se faire justice soi-même, nous avons un système judiciaire pour cela.

Aucun commentaire 25/05/2010

La documentation et Vikidia

Il y a maintenant plus de 80 ans, alors que l’échec scolaire posait déjà problème, des enseignants furent conscients des insuffisances du cours magistral obligeant tous les élèves d’une classe à travailler au même instant sur le sujet imposé, sans qu’on tienne compte ni de leur rythme individuel, ni de leurs intérêts personnels qui auraient pu stimuler leur enthousiasme au travail.

D’autre part, le cloisonnement par disciplines étanches, traitées dans des manuels distincts, ne permettait pas de tisser des liens divers entre toutes les connaissances et de susciter un élan imprévu vers d’autres aspects du sujet, non seulement le comment, le pourquoi, le combien, mais aussi le regard sur ce qu’il en était autrefois ou actuellement ailleurs, ainsi que les traces dans notre langage, parfois imagé, et même des ouvertures vers certaines œuvres littéraires ou artistiques.

Ces enseignants qui voulaient moderniser l’école imaginèrent de créer coopérativement des fiches documentaires sur papier que chaque enfant pouvait étudier à son gré. Certaines apportaient une information, généralement illustrée, d’autres une incitation à l’observation ou à l’expérimentation (ne présentant aucun danger), enfin certaines signalaient diverses pistes de prolongement du sujet. Parmi ces fiches diverses, étalées sur une table, les enfants choisissaient, s’échangeaient les documents et, lors de la mise en commun de ce qu’ils avaient appris, ils retenaient avec enthousiasme beaucoup plus de connaissances qu’après un bon cours magistral.

Des enfants qui choisissent des livres de la petite bibliothèque de leur école près de La Forge dans le Missouri aux États-unis.

Le coin bibliothèque d’une classe.
(Russell Lee, domaine public)

Cette documentation était alimentée par les apports de nombreuses classes, grâce à des enquêtes, des recherches multiples. Par exemple, un enfant racontant le va-et-vient des hirondelles dans leur nid, construit sous le rebord de son grenier, suscitait l’envie des autres, selon leur goût et sans obligation systématique, de rechercher à quoi sert ce nid et comment la couvée permet l’éclosion des oisillons, de comparer les nids de divers oiseaux, leurs différentes façons de se nourrir, de se questionner sur les migrations des hirondelles et d’autres oiseaux, de demander à des amis alsaciens de parler des cigognes, d’étudier si les oiseaux sont les seuls à se reproduire en pondant des œufs, etc. Aux fiches déjà existantes s’ajoutaient parfois de nouvelles, issues de ces recherches.

Autre exemple: sur l’éléphant avaient été créées de multiples fiches, d’origines diverses, proposant sa description, les chiffres de sa taille, de son poids, mais aussi de son alimentation, l’usage de sa trompe, ses défenses (y compris l’utilisation de l’ivoire), sa vie en groupe dans la brousse, sa domestication comme bête de somme en Asie et même son utilisation pour la guerre par Hannibal (avec un extrait de Salammbô de Gustave Flaubert). On connaissait moins bien qu’aujourd’hui son cousin le mammouth et on ignorait encore les ravages du braconnage mettant en péril son espèce africaine.
L’utilisation de cette documentation était simple, à condition de veiller au classement et au rangement rigoureux après usage. Le principal problème pour obtenir une large collection se trouvait sur le plan de l’édition et de la mise à jour de certaines fiches. Ce qui amena à abandonner les fiches documentaires pour se limiter à une bibliothèque de travail, formée de brochures dont la gestion était alors plus facile, mais fut confrontée bien plus tard aux difficultés générales de l’édition.

L’informatique permet maintenant de classer et de retrouver de nombreux documents, mais ne résout pas magiquement tous les problèmes. Devant le déferlement permanent d’images et d’informations, parfois douteuses, les jeunes ont besoin de repères et de réponses à leurs questionnements auxquels les programmes scolaires n’apportent pas toujours de réponse non rébarbative. D’où l’importance d’une encyclopédie gratuite en ligne que l’on puisse consulter librement, en allant d’un article à l’autre sans avoir à manipuler plusieurs volumes imprimés.

Un garçon devant son ordinateur

Un garçon devant son ordinateur.
(Marisa Ravn, CC-BY-SA)

C’est ce qu’apporte avec succès Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans. Cette tranche d’âges correspond au début de la maîtrise du raisonnement et de la lecture et s’arrête au seuil de l’adolescence qui a d’autres besoins et dispose d’autres moyens documentaires. Néanmoins le refus d’infantiliser le jeune lecteur permet à Vikidia d’être utilisable par toute personne, quel que soit son âge, désireuse de trouver des explications simples sur un sujet qu’elle ne connaît pas encore.
Il ne s’agit pas seulement de répondre par une simple définition, mais de proposer des pistes différentes, étroitement reliées au sujet, sans rester cloisonné dans une discipline scolaire, car les liens sont évidents, par exemple, entre l’abeille (insecte), le miel (aliment), l’apiculture (élevage), la pollinisation (botanique), le danger de certains pesticides (écologie). Et toutes ces ouvertures sont faciles à trouver en cliquant sur l’un des chapitres du sujet ou sur un lien interne.
Dans l’esprit wiki, chacun peut apporter ses contributions, y compris les jeunes qui peuvent poser des questions et proposer, si possible en groupe, le résultat de leurs recherches et enquêtes sur le sujet qui les intéresse. Le tout étant revu par des adultes compétents connaissant bien les besoins et les capacités des 8-13 ans pour réaliser une encyclopédie qui leur corresponde vraiment.

C’est ce que réussit Vikidia depuis plus de 3 ans et cela mérite d’être largement connu et reconnu de tous ceux qui s’intéressent à l’éducation.

Michel Barré
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Michel Barré est un enseignant à la retraite, il a pris part au mouvement de la pédagogie Freinet et est l’auteur du livre L’aventure documentaire disponible en ligne sur son site.

Vikidia est un projet qui ne dépend pas de la Wikimedia Foundation